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Un regard différent sur la vision
«En moyenne 60 personnes perdent la vue à Maurice par an. La perte peut être partielle, ce qui fait que la personne ne peut se déplacer sans aide extérieure. Ou alors elle est totale.» C?est le constat que fait le Dr Leckhrajsingh Dhunnoo, ophtalmologue consultant à l?hôpital des yeux de Moka.
La plupart de ces cas de cécité partielle ou totale sont liés à des complications du diabète. Le Dr Vassen Pauvaday, Chief Medical Officer au ministère de la Santé entend réduire ce chiffre de moitié. Comme a pu le faire la Grande-Bretagne.
Ainsi, au ministère de la Santé, c?est une autre? vision qui a surgi sur les yeux. Les autorités s?équipent de nouveaux équipements, dont deux caméras digitales pour le dépistage des complications diabétiques liées aux yeux.
En attendant, les autorités tentent de parer au plus pressé. Car il n?y a pas que les diabétiques et les hypertendus qui développent des complications pouvant mener à la cécité. En effet, Maurice est un pays où il y une forte prévalence de myopie et les grands myopes, comme ceux qui se blessent à l?oeil, développent d?autres complications, dont le décollement de la rétine qui, elle aussi, rend aveugle.
Quand on ajoute à cela le fait que Maurice a une population vieillissante, donc un fort taux de personnes atteintes de cataracte, on découvre que l?infrastructure en place n?arrivera pas à répondre aux besoins.
Déjà, l?hôpital de Moka travaille sous haute pression. L?hôpital a été agrandi mais il n?y a pas de la place pour circuler pendant la journée, tant il est bondé.
Environ 600 personnes se rendent en moyenne chaque jour dans ce seul hôpital pour les yeux à Maurice.
«Nous faisons 35 opérations par semaine, de lundi à vendredi, dont 25 pendant la journée et dix durant la nuit», explique le Dr Leckhrajsingh Dhunnoo.
L?hôpital a recherché et obtenu l?aide du Canton de Génève et des spécialistes suisses pour pouvoir mener à Maurice une chirurgie de pointe, principalement la vitrectomie, opération pratiquée sur les diabétiques pour leur sauver la vue.
Mais le gros des patients sont toujours envoyés en Inde pour ces types d?opération. En attendant que ce type d?opération soit bien maîtrisé par le personnel de l?hôpital de Moka.
Quoi qu?il en soit, Maurice est loin d?être entièrement équipée pour faire face à la situation actuelle. Et les prévisions ne sont pas pour arranger les choses.
Le ministère de la Santé dispose de moins de dix spécialistes pour une population de 1,2 million avec une forte prévalence de diabétiques.
De fait, devant la situation actuelle, le pays aurait dû disposer d?au moins une vingtaine d?ophtalmologues spécialisés, expliquent depuis longtemps des techniciens du ministère.
Mais ces spécialistes sont introuvables et les nouveaux qui se spécialisent ne veulent pas rentrer au pays, les conditions de travail et la pression étant insupportables.
« Ce n?est que le dévouement du personnel de l?hôpital de Moka, du simple cuisinier aux spécialistes, en passant par les infirmiers et les spécialistes, qui arrive à donner des résultats. C?est ce dévouement qui permet 35 opérations par semaine. Et si vous faites 34 opérations, vous avez des reproches et vous avez à répondre et à vous expliquer», nous explique un spécialiste de l?hôpital.
Dans de telles circonstances et en attendant des jours meilleurs, le ministère de la santé mise sur la prévention. Son succès sera une arme qui pourrait s?avérer plus efficace que le renforcement du personnel de Moka ou la construction d?un deuxième hôpital du genre.
Raj JUGERNAUTH</B>
<B>Maurice obtient deux caméras de dépistage en cadeau</B>
Maurice disposera bientôt de deux caméras digitales, d?une valeur de Rs 1,2 million pour aider à dépister les rétinopathies et autres types de complications que les diabétiques développent aux yeux, a confirmé le Dr Vassen Pauvaday, «chief medical officer» au ministère de la Santé. «Nous avons demandé ces caméras dans le cadre du programme national contre le diabète (National Service Framework for Diabetes) afin d?arriver à des diagnostics précoces des complications que développent principalement les diabétiques aux yeux et qui donnent lieu à une cécité partielle ou totale du malade. Les deux caméras seront utilisées dans les hôpitaux régionaux et ceux dépistés positifs seront pris en charge par l?hôpital de Moka», explique le Dr Vassen Pauvaday. Les deux caméras permettront un examen du fond de l?oeil et une détection précoce, d?où de meilleures chances de stopper la progression de ces complications. Une caméra vient de la Grande-Bretagne alors que la deuxième sera achetée à partir d?un don obtenu par le ministère de la Santé de la «World Diabetic Foundation». La Grande-Bretagne qui a adopté une politique agressive en utilisant ces caméras et en sensibilisant les diabétiques à la nécessité de se faire dépister a pu réduire de moitié le nombre de personnes qui sont frappées de cécité annuellement, affirme le Dr Pauvaday. Le don de ces deux caméras implique également la formation d?un personnel nécessaire non seulement pour la manipulation de la caméra, mais également pour l?interprétation des clichés obtenus.
<B>La cataracte et l?ordinateur </B>
La cataracte se manifeste par une baisse progressive de la vue, des difficultés à bien distinguer les couleurs, une certaine gêne face à la lumière vive. Il y a cataracte quand le cristallin de l?oeil de la victime devient opaque. Les signes de la cataracte apparaissent dans la grande majorité des cas avec l?âge. Normalement après 65 ans dans les pays européens? Mais ils apparaissent en général un peu plus tôt chez les Mauriciens. On n?en connaît pas les raisons. Toutefois, l?exposition de la population aux longues périodes d?ensoleillement, donc aux rayons ultraviolets du soleil, (rayons UV) pourrait être une des causes. Des lunettes solaires ? pas celles vendues dans les foires ? sont en fait recommandées, principalement si on vit ou si on travaille sur le littoral où le sable et la mer reflètent beaucoup plus de lumière. Les écrans des ordinateurs, devant lesquels de plus en plus de jeunes passent plusieurs heures dès leur enfance, émettent aussi des rayons UV. Certains professionnels restent devant ces écrans pendant plusieurs heures par jour, souvent plus de 10 heures en quasi-continu. Quelle serait l?incidence de cette pratique sur le développement des cataractes précoces ? Selon des études très rigoureuses menées par des scientifiques, principalement des Canadiens, il ressort que les écrans d?ordinateurs ne sont pas responsables du développement de la cataracte, mais de bien d?autres maladies. L?exposition à un mois de travail devant un écran équivaut, selon ces scientifiques, à une minute en plein soleil. Quoi qu?il en soit, il ne se passe pas un jour sans que des opérations de cataracte ne soit réalisées à l?hôpital de Moka, ou alors dans des cliniques privées. L?opération de la cataracte consiste à retirer le cristallin devenu opaque et à le remplacer par une version artificielle.
<B>La rétinopathie diabétique</B>
A l?hôpital de Moka, les spécialistes vous expliqueront que votre rétine est identique au film d?une caméra. C?est elle qui capte les images à transmettre au cerveau. Sa partie la plus sensible, celle qui vous permet une vision de précision, qui vous permet de lire, d?écrire, d?enfiler une aiguille ou d?exécuter tout travail minutieux s?appelle la macula. Or, chez les diabétiques, cette macula est malmenée de deux différentes façons. Dans la forme simple de la rétinopathie diabétique, des vaisseaux sanguins anormaux laissent s?échapper du liquide et des graisses pouvant causer ainsi une « enflure » de la rétine. Une autre forme de la rétinopathie, celle appelée proliférante, se manifeste quand des petits vaisseaux se forment pour compenser un manque de sang. La rétine est ainsi envahie par ces petits vaisseaux anormaux qui poussent comme les racines d?un arbre. Ces vaisseaux sont fragiles et s?ils se brisent, ils provoquent des hémorragies. Dans la forme simple de rétinopathie diabétique, il n?y a souvent pas de symptômes. Mais s?il y a «enflure» de la macula, ceci peut causer une perte de la vision des détails. Quant à la rétinopathie proliférante, elle ne donne habituellement aucun symptôme tant qu?il n?y a pas eu d?hémorragie. Celle-ci peut survenir à la suite d?un effort physique, d?une poussée d?hypertension artérielle ou sans cause apparente. Une petite hémorragie pourra se manifester par de simples taches mobiles dans la vision, alors qu?une hémorragie importante peut faire perdre toute vision à l?oeil atteint.
<B>Ne conduisez pas si vous êtes frappé de glaucome?</B>
Le glaucome est une maladie de l??il qui entraîne un dommage (atrophie) du nerf optique et une perte du champ visuel.
Le glaucome ? dont sont victimes principalement les diabétiques, les grands myopes, ceux qui ont été opérés de cataractes et ceux ont subi des blessures aux yeux ? est une maladie redoutée. Il rend aveugle s?il n?est pas traité. Mais avant la cécité, les victimes deviennent des dangers pour elles-mêmes, mais aussi pour la société.
Ceux atteints de glaucome n?ont plus une vision globale. Leur champ de vision est restreint et ils ne voient que ce qui est droit devant leurs yeux; tout ce qui est à la périphérie, droite ou gauche du champ de vision n?est plus visible pour les gens ayant un glaucome avéré. Ils deviennent ainsi un danger potentiel pour eux-mêmes en tant que piétons, mais sont autrement plus dangereux au volant.
Et le secret médical étant absolu, un ophtalmologue n?a pas le droit de révéler qu?un patient proche de la cécité conduit toujours. Mais les choses pourraient bientôt changer, à commencer par l?Europe où l?on envisage de forcer les ophtalmologues à lever le secret médical sur les chauffeurs atteints de ce qu?on appelle à l?hôpital de Moka le «tunnel vision ».
L?évolution du glaucome peut être retardée efficacement si elle est dépistée à temps. Des collyres (gouttes à mettre dans l?oeil à heure régulière) permettent de réduire la quantité d?humeur aqueuse dans l?oeil. Des traitements par laser peuvent aussi diminuer la production de ce liquide ou faciliter son évacuation. Troisième possibilité : la chirurgie, dans les cas très avancés.
Diabétiques, grands myopes ou ceux qui ont une prévalence de glaucome dans la famille doivent se faire dépister régulièrement. Leur tension intraoculaire doit être régulièrement vérifiée.
En effet, il existe plusieurs formes de glaucome où la pression intraoculaire joue un rôle plus ou moins important. La seule prise de la pression intraoculaire n?est cependant pas suffisante pour dire que la maladie existe ou non. Le diagnostic exige d?autres examens plus complexes dont l?interprétation nécessite la compétence d?un médecin ophtalmologiste à l?hôpital de Moka ou dans les hôpitaux régionaux où les ophtalmologues de Moka assurent des consultations au moins deux fois par semaine.
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