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Un nouveau sursis ?
<B>Par Stéphane SAMINADEN</B>
Ainsi donc les Etats-Unis ont enfin réagi face à l’invasion des vêtements “Made in China”. La première chose à noter est que l’administration de George Bush n’a pas été motivée par des pressions électorales. N’étant plus éligible pour un troisième mandat, le président américain n’a d’ailleurs plus de pressions électorales du tout.
Il est même surprenant – selon nos coutumes locales – que le président américain ait, avant les présidentielles de l’année dernière, résisté au puissant lobby de l’industrie textile de ce pays qui réclamait l’imposition des mesures de sauvegarde pour juguler l’expansion chinoise et sauver des emplois.
C’est donc uniquement à la lumière des chiffres concernant les exportations chinoises sur le marché américain durant le premier trimestre de 2005, soit juste après l’abolition des quotas sur le textile le 1er janvier, que les autorités américaines ont décidé de réintroduire les quotas sur les vêtements chinois.
Elles ont été surprises et frappées par l’ampleur de la hausse du volume de vêtements importés de Chine, qui dans certains cas, ont atteint une croissance de 1500 %. Ces chiffres ont accrédité la thèse des producteurs américains et de Maurice quant à la menace que représente l’industrie textile chinoise.
La Chine proteste en suggérant à mots couverts que cela pourrait mener à un différend commercial avec les Etats-Unis. Pour faire simple, Beijing met en balance les t-shirts contre les Boeing.
Aux Etats-Unis même, le lobby des importateurs de vêtements s’insurge contre ce qu’il appelle une poussée du protectionnisme.
On aurait pu épouser cette thèse pour dire que les champions du libéralisme commercial s’arc-boutent derrière des mesures de sauvegarde pour protéger les jobs américains. La Chine argue que l’initiative américaine est en violation des règles de libre-échange de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Mais c’est la Chine qui a exagéré en élaborant une stratégie de développement de son industrie textile à grands renforts de subventions étatiques. La notion de profit n’existe pas pour les entreprises d’Etat. De plus, la politique monétaire chinoise, qui consiste à sous-évaluer sa monnaie, contribue à conférer aux usines de textile et de confection de Chine un avantage déloyal. Elle fausse les règles du jeu.
Mais qu’on se le dise, les conditions concernant l’accession de la Chine à l’OMC prévoient que des mesures de sauvegarde sont possibles jusqu’en 2008 seulement. Passé cette date, les vannes seront ouvertes.
On peut déplorer que la réintroduction des quotas d’exportation par les Etats-Unis intervienne trop tard. La plupart des exportateurs locaux sur ce marché étaient les entreprises hongkongaises qui ont pratiquement toutes plié bagages pour s’implanter en Chine ou en Asie.
Il est vrai que l’initiative américaine donnera à réfléchir aux donneurs d’ordre qui seront obligés de revoir leurs stratégies d’approvisionnement. Mais pour combien de temps encore ? Jusqu’à 2008, pas plus.
Il est dangereux pour les industriels locaux de se réfugier derrière le fait que, pour le moment, la Chine n’est pas capable de produire des vêtements qui sont de la même qualité que Maurice peut produire.
La déconvenue subie par la Chine sur le marché américain l’incitera davantage à se positionner dans le moyen de gamme, une stratégie qui était déjà à l’agenda pour éviter les mesures de sauvegarde.
Les industriels locaux ont bénéficié de trois ans de répit. Espérons qu’ils seront plus prompts pour les mettre à profit. L’industrie textile avait bénéficié d’un préavis de dix ans depuis l’accord de Marrakech en 1994… Et pourtant.
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