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Un nid douillet pour enfants abusés

5 décembre 2003, 20:00

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Katia, 13 ans, est à demi-vautrée sur la table de travail de l?officier de liaison de la Child Protection Unit (CPU) du ministère de la Femme. Département figurant dans le bâtiment abritant les services intégrés pour la femme, l?enfant et la famille à Bell-Village. L?adolescente, qui est précoce, attend d?être entendue une nouvelle fois par la psychologue du ministère. Sa mère, une quinquagénaire rondelette, attend, crispée, dans la pièce d?à-côté.

L?enfant fait mine de ne pas s?intéresser à ce qui se passe aux alentours mais le mouvement de ses yeux démontre le contraire. Non, elle ne tient pas à relater le drame dont elle a été victime. Surtout pas à des étrangers. Elle n?en parlera qu?à la psychologue qui a su gagner sa confiance.

Le drame en question s?est produit au mois d?août. Profitant de l?absence momentanée de sa mère, partie faire des courses, son beau-père, un septuagénaire qui est l?unique gagne-pain de la famille, s?est mis à abuser d?elle. Cela s?est produit plus d?une fois, jusqu?à ce qu?elle ait enfin assez de courage de tout avouer à sa s?ur aînée. Celle-ci a aussitôt informé un membre du Child Watch Network, réseau mis sur pied par le ministère de la Femme pour dépister les enfants victimes d?abus ou à risque.

Les officiers du ministère ont dû ruser pour amener Katia à leur dire la vérité. Ils se sont d?abord rendus auprès de l?école complémentaire qu?elle fréquente. Petit à petit, l?adolescente s?est laissée apprivoiser. Katia est désormais prête à déposer officiellement contre son beau-père. L?officier de liaison du ministère n?attend que cela pour enclencher les procédures qui entraîneront l?interpellation du mari de sa mère. Suivra l?examen de l?enfant la faire examiner par un médecin et son suivi psychologique.

Une fois toutes ces procédures complétées, Katia sera envoyée au drop-in centre, centre de jour du ministère de la Femme, géré par Christine Bardottier, officier de liaison de la Mauritius Family Planning Association (MFPA), partenaire du ministère dans ce projet.

Réinsertion sociale

Le but du drop-in centre est d?encadrer les enfants victimes d?abus et d?exploitation sexuelle. Il sonde leurs intérêts afin de les encourager à poursuivre leur scolarité quand cela s?avère possible ou les oriente vers une formation professionnelle. Ce centre de jour ouvert de 8 h 30 à 16 heures en semaine et entre 8 h 30 et midi le samedi, comprend un petit salon pour les entretiens confidentiels et une mini-bibliothèque.

A l?étage du bâtiment, se trouvent un salon au mobilier couleur sable et un cabinet médical où l?enfant qui dénonce un abus peut être examiné s?il le désire. L?officier de liaison sollicitera alors le Dr Briony May. Cette Sud-Africaine a travaillé pendant six ans avec les enfants abusés en Grande-Bretagne et au Pays de Galles. Elle travaille maintenant à la MFPA.

En inaugurant le centre, Arianne Navarre-Marie, ministre de la Femme, a rappelé que la concrétisation du projet intervient neuf mois après l?adoption d?un plan d?action contre l?exploitation sexuelle des enfants. Ce centre démontre, dit-elle, la volonté du gouvernement de combattre ce fléau. Elle dresse un bilan des réalisations de son ministère. Un comité de haute instance s?assure de la mise en pratique du plan et se réunit régulièrement.

Le Protocole de coopération définissant le rôle et les responsabilités des divers partenaires du ministère est déjà en circulation. Les contacts préliminaires pour constituer un réseau régional pour lutter contre l?exploitation sexuelle des enfants et la pédophilie ont été pris.

Le ministère a obtenu un accord de principe du Bostwana et du Malawi. Le hot line du ministère fonctionne 24 heures sur 24. Plusieurs lois concernant la protection des enfants ont été votées, notamment l?Ombudsperson Act. Le document relatif à l?harmonisation des lois concernant les enfants sera envoyé au parquet la semaine prochaine.

Deux cent soixante dix personnes ? fonctionnaires du ministère, policiers, éducateurs de rues, membres d?organisations non gouvernementales ? ont bénéficié d?une formation sur la protection de l?enfant. Un autre programme sur le développement des aptitudes est prévu bientôt. Une consultante sera recrutée pour constituer le Child Info Database. Elle élaborera des programmes pour les enfants et le réseau Child Watch sera étendu au Sud.

La ministre Navarre-Marie s?est dit satisfaite de la collaboration entre les fonctionnaires de son ministère et les policiers. Le commissaire considérerait sérieusement une suggestion du ministère visant à constituer une Brigade des mineurs.

Sanjeet Joosery, président de la MFPA, a mis l?accent sur la collaboration entre le ministère et l?organisme qu?il dirige. Il a donné l?assurance que la confidentialité serait de mise concernant les enfants fréquentant le drop-in centre.

Katia en a terminé avec le psychologue. Elle paraît soulagée. Et pour cause : sa mère qui refusait alors d?admettre les faits, s?est finalement rangée de son côté. La réhabilitation de l?enfant peut commencer?


EN CHIFFRES

De janvier à octobre 2003, 3 160 cas d?abus sur des enfants ont été rapportés dont trois sont sujets à des allégations de prostitution. En l?an 2000, sur les 3 718 cas recensés, il y a eu une seule allégation de prostitution. Selon l?Unicef, qui a fait une étude sur l?exploitation sexuelle des enfants, quelque 2 600 d?entre eux auraient été victimes de prostitution.

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