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Un Indien pour successeur ?

3 avril 2005, 00:00

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Le pape est, d?abord, l?évêque de Rome. Cela n?implique pas que le titulaire du poste soit un Romain, ni un Italien. Toutes les origines nationales peuvent être envisagées, depuis 1978. Mais il est exclu que le conclave choisisse demain un évêque de Rome qui ne connaisse pas parfaitement Rome et la langue italienne. Avec vingt cardinaux en âge de voter, l?Italie sera encore le pays le mieux représenté, loin devant les Etats-Unis (11), le Brésil (4) ou la France (5), etc. Mais elle ne pèse plus qu?un sixième du collège électoral, ce qui ne constitue même pas une minorité de blocage dans le cas d?une élection qui se joue à la majorité des deux-tiers.

L?Italie possède deux bons « candidats », théologiens classiques et « pasteurs » expérimentés, qui ont l?avantage de se trouver sur les deux sièges épiscopaux de la péninsule, traditionnels pourvoyeurs de papes. Dionigi Tettamanzi, 71 ans, archevêque de Milan, et Angelo Scola, 63 ans, patriarche de Venise.

Après un pontificat long, un pontificat court. Après le pontificat flamboyant de Jean Paul II, les électeurs vont s?interroger sur l?option d?une « pause » à la tête de l?Eglise, sur l?opportunité de revenir à une papauté plus « romaine », de respecter une sorte de « transition », confiée à un administrateur plutôt qu?à un grand voyageur. (...) Les deux noms, déjà cités, de papables italiens, garanties d?expérience et de continuité, capables de quelques audaces réformistes (surtout chez Tettamanzi) répondent à ces critères. Mais un autre Italien, Giovanni-Battista Ré, 71 ans, qui connaît sur le bout des ongles les mécanismes de l?Eglise, ferait aussi bien l?affaire. Dans ce contexte d?une papauté de transition, les rumeurs portent aussi en avant un homme archi-connu à Rome : l?Allemand Josef Ratzinger, 77 ans, dit « intellectuellement et spirituellement supérieur à tous les autres ». Le cardinal Ratzinger a été élu en 2002 doyen du collège des cardinaux, ce qui fera de lui le « grand électeur » du prochain conclave, le « faiseur de roi », s?il ne devient pas roi lui-même ! Mais les « internationalistes » ont du poids. Et à l?heure d?une « mondialisation » accrue, on entend dire à la secrétairerie d?Etat comme dans les milieux diplomatiques, que les cardinaux seraient bien stupides d?élire comme pape un petit gestionnaire. A l?ouverture du conclave, 54 pays seront représentés. Pour la première fois, l?Europe n?aura plus la majorité absolue, avec 58 électeurs (sur 117). L?Amérique latine compte un solide bataillon de 21 cardinaux électeurs - plus que l?Italie - et l?Amérique du Nord quatorze. Avec onze électeurs, l?Afrique aussi a progressé et avec onze aussi, l?Asie compte une proportion de cardinaux supérieure à l?importance réelle du christianisme dans ce continent des multitudes. Lorsque les électeurs s?enfermeront dans le secret de la Sixtine, jamais le collège n?aura paru aussi éclaté, pour des raisons géopolitiques, linguistiques et culturelles, et l?éventail du choix aussi ouvert.

La personnalité et le charisme de l?homme joueront un rôle plus décisif que son origine nationale. L?Amérique latine compte de grosses pointures comme cardinaux. Mais Jean Paul II a si souvent répété que l?Asie était le continent d?avenir de l?Eglise qu?on ne peut exclure le choix d?une personnalité asiatique. Le papable en flèche est Ivan Dias, 68 ans, archevêque de Bombay (Inde), qui aurait le mérite de venir d?un de ces grands pays pauvres et d?y joindre une expérience déjà longue de la diplomatie de l?Eglise.

Bref, les clivages des anciens conclaves - choix d?un Italien ou d?un étranger, d?un « pasteur » ou d?un fonctionnaire de Curie, d?un conservateur ou d?un progressiste - sont brouillés dans l?Eglise de Jean Paul II. Et si la tentation est grande de parier sur la continuité (114 cardinaux électeurs sur 119 ont été nommés par Jean Paul II), on serait coupable d?oublier la liberté totale dont disposent ces hommes dans ce scrutin unique au monde.

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