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Un guet-apens

30 mai 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

A quoi rime cette mascarade ? Le gouvernement a invité mercredi les journalistes à une causerie sur les lois de la presse mais l?exercice a viré au procès de la presse. C?était une occasion de réfléchir ensemble sur la liberté d?expression. Des membres de la majorité politique ont cependant détourné cette plate-forme pour vomir leur venin contre la presse indépendante. Ce fut un guet-apens.

Dès que l?intervenant principal, l?avocat Geoffrey Robertson, avait terminé son discours, «backbenchers» et ministres, puissamment représentés, ont pratiquement accaparé la parole. C?est la députée Nita Deerpalsing qui a bondi de son siège en premier pour engager une offensive en règle contre la presse. Elle a notamment cherché à salir la profession en alléguant qu?un journaliste lui a réclamé de l?argent en échange d?un article de complaisance.

«L?honorable» parlementaire fait preuve d?une légèreté inacceptable en faisant une déclaration de cette nature. On ne peut pas jeter l?anathème sur une profession entière si on n?a pas le courage de révéler le nom du corrompu qu?elle est accusée d?abriter. Renversons les rôles : imaginons qu?un journal avait accusé le gouvernement d?être corrompu sans citer de nom. Cela aurait créé une révolte justifiée.

Quant aux pitreries de certains autres membres de la majorité - dont celle du backbencher Ramloll qui a accusé les journalistes de ne pas révéler leurs sources ? elles n?ont fait qu?ajouter à la grossièreté du spectacle. Les uns et les autres n?étaient manifestement pas venus pour réfléchir sur le droit à l?information et à la libre expression.

Geoffrey Robertson a, certes, fait un discours de haute facture mais sans pertinence pour le contexte mauricien. Il a mis l?accent sur les atteintes à la vie privée. Ce n?est pas notre préoccupation. Si, en Grande-Bretagne, des tabloïds se laissent aller au voyeurisme, la presse mauricienne, elle, ne publie des faits relevant de la vie privée que lorsqu?ils ont une signification publique explicite.

L?avocat s?est prononcé pour un système de régulation défini par une loi. Il ne fait, là, que reprendre une idée émise voilà dix ans par le consultant Ken Morgan, invité à Maurice par le «Media Trust». Celui-ci avait proposé un amendement au «Media Trust Act» pour que cet organisme puisse établir un « voluntary Press Council». Aucune suite n?a été donnée à cette proposition parce qu?il existait à l?époque des désaccords sur la question au sein même de la presse.

Du reste, le «Media Trust», chargé d?organiser la formation des journalistes, est paralysé depuis des années parce que le Premier ministre n?a pas daigné nommer le président de son conseil d?administration. Les gouvernants prétendent que la formation des journalistes est une priorité mais rendent inopérant le «Media Trust». De la même manière, ils tiennent un discours en faveur de la liberté de la presse mais leurs actes ne suivent pas. Le bulletin d?information de la télévision illustre bien la conception qu?ils ont de l?information.

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