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Interview
Mathias Ritter : «Le sport devient un secteur économique à part entière»
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Interview
Mathias Ritter : «Le sport devient un secteur économique à part entière»
Pour Mathias Ritter, General Manager (Moka Rangers Sports Club), la diversification de l’offre est essentielle pour répondre aux nouvelles attentes des pratiquants.
L’économie du sport prend progressivement de l’ampleur à Maurice, portée notamment par l’investissement privé, le développement de nouvelles infrastructures et une offre de plus en plus diversifiée. Cette évolution s’accompagne aussi d’une professionnalisation du secteur et de nouvelles opportunités, tant pour les clubs que pour les entreprises et les pratiquants. Mathias Ritter, General Manager de Moka Rangers Sports Club, nous livre son regard sur cette évolution et sur les opportunités et défis qu’elle représente pour le secteur.
⚫ En tant que General Manager de Moka Rangers Sports Club, comment percevez-vous l’évolution de l’économie du sport à Maurice ces dernières années ?
Ces dernières années, on observe une véritable structuration de l’économie du sport à Maurice. Le sport n’est plus perçu uniquement comme une activité de loisir, mais de plus en plus comme un secteur économique à part entière : investissements privés croissants, création d’emplois qualifiés — coaches, gestionnaires d’infrastructures, encadrants sportifs — et diversification des services autour du sport, qu’il s’agisse de fitness, d’événementiel, de restauration ou d’offres corporate.
Cette dynamique est aussi nourrie par les performances de plus en plus remarquées des sportifs mauriciens sur la scène internationale, qui offrent une visibilité accrue au secteur et attirent davantage d’investissements et de partenariats.
Pour Moka Rangers, le sport doit aussi contribuer durablement au bien-être et à un mode de vie plus actif.
Pour que cette croissance se poursuive dans la durée, il est essentiel de disposer d’un encadrement structuré, capable de faire émerger l’élite mauricienne de demain.
⚫ Moka Rangers Sports Club propose aujourd’hui bien plus que la seule pratique compétitive. Comment cette diversification vers le fitness, le bien-être, l’événementiel et les services se traduit-elle concrètement ?
Historiquement, nous avions deux entités distinctes : Synergy, notre centre de fitness, et Moka Rangers, dédié aux disciplines encadrées et à la compétition. Depuis l’ouverture de nos nouvelles infrastructures en juin 2026, nous avons réuni ces deux volets sous une seule marque : Moka Rangers Sports Club.
Concrètement, cela se traduit par une offre complète : des espaces pour s’entraîner en salle, un large calendrier de cours collectifs, des terrains de padel, foot5, football, rugby, volleyball, etc., ainsi qu’un éventail de disciplines — tir à l’arc, badminton, escrime, football, karaté, course à pied, natation, tennis, volleyball, VTT et tennis de table. L’objectif est que chacun puisse trouver son bonheur, quel que soit son niveau ou ses envies.
Il est aussi possible de devenir membre « lifestyle », sans pratiquer de sport, simplement pour profiter de l’ambiance et des espaces du club.
Moka Rangers Sports Club se veut ainsi un véritable lieu de vie social, avec notre restaurant La Mi-Temps, où chacun peut se retrouver après l’effort. Nous organisons aussi régulièrement des événements qui rassemblent les Mokassiens et celles et ceux qui travaillent à Moka. Ces deux derniers mois seulement, nous avons proposé, entre autres, une soirée autour de la finale de la Coupe du Monde de football, un tournoi de mini-golf ou encore le lancement de nouveaux cours Les Mills avec nos coaches certifiés.
⚫ Observez-vous une professionnalisation accrue du secteur sportif à Maurice ? Quelles opportunités cela crée-t-il pour des structures comme la vôtre ?
Oui, très clairement. On observe à Maurice une montée en gamme du secteur et une exigence croissante des pratiquants, qui recherchent davantage un encadrement de qualité, des coaches certifiés et des programmes structurés plutôt qu’une offre générique.
Les nouvelles infrastructures de Moka Rangers Sports Club ont ouvert leurs portes en juin 2026.
Cette professionnalisation touche aussi bien le fitness que la pratique sportive encadrée et la préparation des sportifs de haut niveau.
Pour une structure comme la nôtre, cette évolution crée de réelles opportunités. Elle nous permet de développer des services plus spécialisés, de renforcer la qualité de l’encadrement et d’ouvrir la voie à des collaborations avec des acteurs qui apportent une expertise complémentaire à la nôtre.
⚫ De plus en plus d’entreprises s’intéressent au sport. Travaillez-vous avec des partenaires privés, et en quoi ces collaborations contribuent-elles au développement du club ?
Oui, nous travaillons avec des partenaires privés spécialisés pour certains de nos volets. C’est notamment le cas de The Range, notre offre golf, opérée par The Golf Company, qui apporte son expertise spécifique dans ce domaine. Cette collaboration nous permet de proposer une offre golf portée par des spécialistes.
Nous proposons également des packages corporate destinés aux entreprises qui souhaitent inscrire leurs employés au club ou organiser des activités de team building.
Ces collaborations contribuent directement au développement du club : elles renforcent notre positionnement auprès du monde professionnel mauricien et confirment que le sport devient un véritable levier de bien-être en entreprise.
⚫ Le sport est aussi un levier de bien-être et de cohésion. Comment Moka Rangers intègret-il ces dimensions dans ses activités ?
Le bien-être, nous le favorisons à travers la diversité de nos activités, qui permet à chacun de pratiquer à son rythme et selon ses objectifs, mais aussi grâce à un accompagnement personnalisé. Nos membres peuvent notamment être suivis individuellement par nos coaches à travers des séances de personal coaching adaptées à leurs besoins.
La cohésion, elle, se construit dans nos cours collectifs, où les Mokassiens se retrouvent régulièrement et apprennent à se connaître au fil des séances. Elle passe aussi par les sports d’équipe, qui créent un véritable esprit de groupe — tant pour les sportifs que pour leurs familles — et un sentiment d’appartenance qui dépasse le cadre de l’entraînement.
Le club mise sur un encadrement structuré et des coaches qualifiés pour accompagner ses membres et les sportifs.
Enfin, nos espaces permettent également d’accueillir des activités de team building, où le sport devient un moyen concret de renforcer les liens entre collaborateurs.
⚫ Maurice a un fort potentiel en matière de tourisme sportif. Voyez-vous des opportunités pour votre club de s’inscrire dans cette dynamique ?
Moka Rangers accueille quelques membres en mission professionnelle à Maurice pour quelques mois, qui rejoignent le club le temps de leur séjour. C’est une clientèle différente, mais qui confirme l’attractivité du club au-delà de notre base de membres locaux.
Le tourisme sportif à proprement parler se structure toutefois aujourd’hui davantage autour d’événements ponctuels que de structures permanentes. Le touriste sportif vient avant tout pour participer à une course, un trail ou un tournoi — un moment fort, limité dans le temps — plutôt que pour s’inscrire dans un club sur la durée.
Dans ce contexte, les visiteurs sportifs sont davantage attirés par des événements comme le Moka Trail ou le Moka Decathlon Night Run, organisés par Moka City pour promouvoir le sport et faire découvrir différentes façons de le pratiquer à Moka et dans ses alentours.
Cette dynamique rejoint aussi le tourisme actif, plus large, que développent déjà d’autres entités du groupe ER à travers leurs offres hôtelières, avec des balades en nature ou du golf. Cela témoigne du potentiel de Maurice comme destination pour les voyageurs en quête d’expériences actives, et pas seulement de farniente.
Nous pensons aussi que Maurice pourrait accueillir davantage de compétitions régionales, notamment grâce à des infrastructures comme le stade de Côte d’Or, qui dispose d’installations remarquables. Pour attirer ce type d’événements — et les délégations que cela implique — il faut cependant pouvoir compter sur des talents locaux capables de rivaliser au niveau régional. C’est précisément l’un des rôles de notre travail auprès des sportifs : contribuer à former et faire progresser ces talents.
⚫ Quelle place occupent aujourd’hui la technologie et la digitalisation dans la gestion et le développement de votre club ?
La technologie est aujourd’hui primordiale pour gérer un club de cette envergure, à la fois côté membres et côté gestion.
Cours collectifs et sports d’équipe contribuent aussi à créer du lien et un sentiment d’appartenance au sein du club.
Côté membres, nous avons développé une application qui permet de réserver facilement les cours collectifs et les terrains de sport, de suivre son historique d’activité et d’accéder à toute l’actualité du club. C’est un outil qui simplifie considérablement leur expérience au quotidien et qui renforce le lien avec la communauté, même à distance.
Côté gestion, la digitalisation nous permet de piloter nos opérations de manière plus fine : suivi des adhésions, gestion des accès, taux d’occupation des terrains et des cours. Ces informations nous permettent d’ajuster notre offre en temps réel selon les besoins de nos membres.
C’est un vrai levier d’efficacité pour une structure qui gère à la fois plusieurs activités sportives, un restaurant et un volet événementiel.
⚫ Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels font face les clubs sportifs à Maurice aujourd’hui ?
Le principal défi, à mon sens, est de maintenir la motivation des membres sur la durée. S’inscrire dans un club est une chose, mais rester assidu au fil des mois en est une autre.
Pour y répondre, il faut proposer un programme suffisamment varié et évolutif : faire évoluer les cours et les disciplines, créer des temps forts et des événements, et permettre à chacun de se fixer de nouveaux objectifs pour ne jamais tomber dans la routine.
Les clubs sportifs mauriciens doivent aussi composer avec une réalité économique : le coût élevé des installations et de leur entretien, surtout sous un climat tropical qui use rapidement les équipements extérieurs et les surfaces. À cela s’ajoute la nécessité de recruter et de former des coaches qualifiés dans un secteur encore jeune sur le plan de la professionnalisation.
Enfin, nous pensons qu’il y a une belle opportunité à construire avec les fédérations sportives, à travers une collaboration plus étroite et continue, au-delà des événements ponctuels. Un partenariat renforcé autour de la formation des coaches et de l’accompagnement des jeunes talents bénéficierait à l’ensemble de l’écosystème sportif mauricien.
⚫ Enfin, quel rôle un club comme Moka Rangers peut-il jouer dans le développement du capital humain et dans la promotion d’un mode de vie plus sain à Maurice ?
Maurice fait face à une forte prévalence du diabète et des maladies cardiovasculaires, qui constituent des enjeux majeurs de santé publique. Dans ce contexte, un club comme le nôtre a un rôle très concret à jouer : permettre à chacun de trouver une activité adaptée et de l’intégrer durablement dans son quotidien.
Moka Rangers Sports Club réunit désormais sous une même bannière fitness, disciplines sportives, loisirs et espaces de vie.
Notre rôle est de créer les conditions qui donnent envie de bouger et surtout de continuer à le faire dans la durée. Cela concerne aussi bien le membre qui souhaite simplement être plus actif que celui qui cherche à progresser ou à atteindre un objectif sportif précis.
Mais l’impact va au-delà de la pratique physique. Le sport favorise aussi la discipline, la persévérance et l’esprit d’équipe, tout en créant du lien social. Ce sont des valeurs qui participent pleinement au développement du capital humain.
C’est à travers cette dynamique sportive et communautaire que nous espérons avoir un impact positif durable sur la santé et le bien-être des Mauriciens, à Moka et au-delà.
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