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Un défi à la source

8 décembre 2007, 20:00

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«Peut-on imaginer un seul instant qu?en tant que directeur de la CWA je puisse opposer un ?non? catégorique à une proposition d?investissement étranger en invoquant le fait que nos ressources en eau sont limitées ? ». Cette phrase est d?Harry Boolauck, directeur général de la Central Water Authority, répondant à l?express-dimanche sur la posture qu?adopte cet organisme face à la pression d?investissements étrangers qui ont besoin d?une forte consommation d?eau.

En effet, l?établissement d?un système rationnel de répartition de nos ressources entre les différents pôles de demande (secteurs domestique, industriel et touristique : 22 % ; agriculture : 48 % ; hydroélectricité : 30 % ; nappes phréatiques :1 %), et qui soit compatible avec les priorités de développement du pays, constitue un des plus grands défis à nos gouvernements présents et à venir.

La raison est simple, l?équation aussi : Maurice compte un peu plus d?un million d?habitants, alors que le nombre de touristes que le pays accueille a déjà frôlé la barre du million. En parallèle, avec le développement, la demande en eau va crescendo. Il faut ajouter à cela, l?appel du pied que font les autorités aux investisseurs étrangers, comme, par exemple, pour la venue du géant chinois Tianli.

Et rien n?indique que cette tendance va fléchir. Selon les estimations officielles, la consommation d?eau, qui est actuellement de 900 millions de m3 par an passera à 1 200 millions de m3 dans 33 ans, soit une hausse de 33 %. Quant à la capacité du pays à satisfaire cette demande croissante, elle s?amenuise de jour en jour. De nombreux facteurs expliquent cela.

Maurice dépend entièrement de la nature pour constituer ses réserves en eau pour un an. Le pays compte surtout sur la période de novembre à avril pour faire le plein de ses réservoirs, car deux tiers des précipitations pluviales sont enregistrées durant cette période.

Manque à gagner de Rs 1 million par jour

Cette dépendance sur la nature a aussi ses revers. Depuis ces cinquante dernières années, la pluviosité n?a cessé de baisser. Une étude, effectuée par le service météorologique des années 50 à aujourd?hui, le confirme. « Cette baisse se situe entre 10 et 15 % », souligne Suresh Boodhoo, le directeur de la météo. Il n?est pas interdit de penser que cette situation puisse être une conséquence directe du réchauffement de la planète. Un phénomène mondial auquel Maurice n?échappe pas.

Autre handicap : le pays n?a malheureusement pas augmenté sa capacité de stockage des eaux pluviales. La mo-yenne des précipitations est de 3 900 millions de m3. Mais le pays n?en utilise, en moyenne, que 23 % seulement. Même si on peut arguer qu?une partie de ces précipitations sert à remplir les nappes phréatiques, une grande quantité s?en va à la mer, vu la topographie de l?île qui ne favorise pas toujours l?accumulation des eaux pluviales.

Autre facteur : l?incapacité de la CWA, aussi paradoxal que cela puisse paraître, à expliquer comment, par exemple, sur dix litres d?eau qu?elle distribue, elle ne recueille de l?argent que sur six seulement. Dans le jargon des experts-comptables, cela s?appelle unaccounted for. Autrement dit, la vente de cette partie du produit n?a pas ramené un sou dans les caisses de la CWA.

« Le manque à gagner est de Rs 1 million par jour », s?inquiète Harry Boolauck. Raisons évoquées : les connexions illégales au réseau, les fuites en raison de la vétusté du système de tuyauterie, constitué en partie de matériel à base d?amiante, surtout dans la région de Port-Louis.

La sérénité des parties concernées

Tout cela a eu un impact négatif sur l?indice du montant d?eau disponible par tête d?habitant à Maurice et a valu au pays d?être classé par le Programme des Nations unies pour le Développement (UNDP) sur la liste des pays qui souffrent d?un manque d?eau.

Bien qu?il soit source d?inquiétude, et à raison, le défi que posent nos ressources en eau est analysé avec beaucoup de sérénité par les parties concernées, à commencer par Harry Boolauck lui-même.

« Il n?y a pas lieu de s?inquiéter. Il n?y a aucun problème pour satisfaire la demande de Tianli, par exemple. Il s?agit d?augmenter la capacité de traitement des eaux à La Nicolière, qui va passer de 66 000 m3 à 100 000 m3. Il faut surtout mettre de l?ordre au niveau des 45 à 46 % de pertes. Outre l?aide de la Banque européenne de développement sur le plan technique, nous avons mis en place un système pour traquer les fraudeurs, et nous en avons épinglé 5 000. Les sanctions auront valeur d?exemple. »

Même posture pour Abu Kasenally, le ministre des Services publics. « La vision du gouvernement est d?assurer une fourniture en eau adéquate dans le pays à l?avenir. Une National Water Policy est en préparation. Ce document nous permettra de satisfaire la demande tributaire du progrès économique actuel, tout en tenant compte des changements climatiques. »

Le ministre évoque aussi la construction du barrage de Bagatelle qui fournira de l?eau aux régions des basses Plaines-Wilhems et qui devrait être achevé d?ici 2013. La mise en route d?une étude pour déterminer les projets de construction de barrages susceptibles de satisfaire les besoins des régions sud jusqu?en 2050, le recours à des eaux traitées pour les besoins d?irrigation, des études de prospection pour repérer les gisements potentiels d?eau douce sous-marine dans des régions comme Flic-en-Flac, sont aussi au programme.

Pour Cyril Monty, responsable du desk de diversification agricole à la Chambre d?agriculture, « la croissance économique que le pays a connu comporte des inconvénients, notamment au niveau d?une compétition accrue entre les différents secteurs économiques et domestiques pour les besoins en eau. » Il estime qu?il est primordial d?adopter une approche holistique de l?eau et « d?intégrer des programmes et des plans sectoriels sur l?eau dans le cadre de la politique économique et sociale du pays ».

EN CHIFFRES

L?île Maurice consomme annuellement 982 millions de mètres cubes (Mm3) d?eau. Le plus gros consommateur est le secteur agricole, avec 468 Mm3.

Suivent ensuite dans l?ordre le secteur de l?hydroélectricité et les utilisateurs d?eau potable avec 305 Mm3 et 209 Mm3 respectivement.

La situation ne changera guère dans les années à venir. Selon les prévisions officielles, en 2020, le secteur agricole sera toujours le plus gros consommateur d?eau, avec une estimation de 810 Mm3 suivi du secteur de l?hydroélectricité avec 420 Mm3. Les dernières statistiques pour le mois de mars indiquent que le volume d?eau consommé est 7 613 781 mètres cubes. Ce qui idéalement devrait rapporter quelque Rs 74 millions dans les caisses de la Central Water Authority.

Le secteur qui a utilisé, toujours pour le mois de mars, la plus grosse quantité d?eau, c?est celui des ménages avec un peu moins de 6 millions de mètres cubes d?eau. La pluie nous apporte chaque année, une moyenne de 3 900 Mm3. Seulement 24 % de cette eau (982 Mm3) est utilisée. 145 Mm3 d?eau proviennent des nappes souterraines. Le nombre de personnes qui disposent de l?eau potable est de 1 195 200 soit 99,6 %. Ceux qui disposent d?un point d?eau à l?intérieur de leur maison sont 1 020 000, soit 85 % de la population.

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