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Un climat de guerre pour des premières élections

28 janvier 2005, 00:00

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Le 30 janvier, 14 millions d’Irakiens sont appelés à élire les membres de l’Assemblée nationale intérimaire et leurs délégués aux conseils provinciaux. Les chiites, qui se présentent en ordre dispersé, sont les plus chauds partisans de ces élections boycottées par la plupart des formations et partis sunnites. Dans un Kurdistan épargné par les violences, les partis kurdes sont également décidés à peser fortement pour arracher une plus grande autonomie de leur province. De son côté, George Bush a demandé au Congrès, mardi 25 janvier, une rallonge de 80 milliards de dollars pour l’armée américaine.

Dans un climat lourd de menaces d’attentats terroristes, 14 millions d’électeurs irakiens sont supposés aller aux urnes le dimanche 30 janvier, pour les premières élections multipartites dans ce pays depuis près d’un demi-siècle. Ils doivent élire simultanément les 275 membres de l’Assemblée nationale intérimaire et leurs délégués aux conseils provinciaux.

Des attaques contre des bureaux de vote

Un troisième scrutin est réservé aux Kurdes, qui doivent élire les 111 membres de leur Parlement autonome, institué en 1992, lorsque, grâce au havre de sécurité assuré par une aviation multinationale basée à Incirlik, en Turquie, ils avaient acquis une autonomie de gestion de la partie du territoire située au-delà du 36e parallèle.

Dans ce pays pluriethnique et multicommunautaire, la participation de la minorité arabe sunnite devrait être limitée, compte tenu de l’appel au boycottage du scrutin lancé par les formations politiques et religieuses les plus influentes de cette communauté, des menaces proférées par des groupes clandestins supposés sunnites, compte tenu de leurs appellations, et de la “guerre sans merci” que le terroriste jordanien, Abou Moussab Al-Zarkaoui, “émir” du groupe irakien du réseau terroriste Al-Qaida, a promis de livrer à tout ce qui touche de près ou de loin à ces élections. Il n’a pas tardé à passer à l’acte, en ordonnant des attentats contre des mosquées et des personnalités chiites et des attaques contre des bureaux de vote.

Le spectre des attentats inquiète au demeurant tous les Irakiens, en dépit des mesures draconiennes destinées à assurer la sécurité du scrutin : renforcement des effectifs des troupes britanniques et américaines, déploiement de milliers d’agents de l’ordre irakiens, couvre-feu, routes barrées, frontières fermées. Pour les mettre à l’abri des attaques, les noms des plus de 7 000 candidats n’ont été officiellement publiés que le mardi 25 janvier, cinq jours seulement avant le scrutin.

Parce qu’ils ont la possibilité, depuis douze ans, d’organiser et de sécuriser leur propre espace dans le nord du pays, les Kurdes – dont on oublie souvent qu’ils sont majoritairement sunnites eux aussi, pour ne retenir que leur appartenance ethnique – ne semblent pas être inquiétés outre mesure par ces menaces. Pour avoir subi, pendant des décennies, le joug et l’exclusion de la dictature baasiste, ils sont favorables au processus électoral.

Une pluralité de visions

Majoritaires, mais exclus des vrais centres de décision pendant près d’un siècle, les chiites sont les plus ardents défenseurs du scrutin. Mais leurs candidats reflètent une pluralité de visions du monde, de la plus rigoriste à la plus libérale. Une guerre des mots les oppose même, comme en attestent, à titre d’exemple, les insinuations, voire les accusations qu’échangent des candidats chiites tels le ministre de la défense, Hazem Chaalane et le chef du Congrès national irakien, Ahmed Chalabi, ou encore le premier ministre, Iyad Allaoui. La liste dite favorite, parce qu’elle est soutenue par le grand ayatollah Ali Al-Sistani, groupe, entre autres, les candidats des formations chiites historiques, telles que la Daawa et le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak.

La participation des Arabes sunnites à la vie politique du pays est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie à laquelle les Irakiens disent aspirer. D’où la politique de la main tendue exprimée à l’envi par les candidats des deux autres communautés les plus grandes, chiite et kurde.En boycottant le scrutin, les sunnites n’auront pas dit leur dernier mot. L’Assemblée provisoire qui doit être élue dimanche a en effet pour tâche, outre de former un gouvernement, celle d’élaborer une Constitution et de préparer les élections législatives en bonne et due forme, programmées pour décembre 2005. Trois étapes pour lesquelles les Arabes sunnites seront sollicités avec insistance.

Leur “arme” principale est la future Constitution : en aval, à l’heure de la rédaction du texte, et en amont, à l’heure de son adoption. La loi fondamentale adoptée en mars 2004 prévoit en effet que trois provinces sur un total de dix-huit peuvent, au terme d’un référendum, opposer leur veto au texte.

Les sunnites sont majoritaires dans trois provinces du centre. L’ironie de l’histoire veut que lors de l’adoption de la loi fondamentale, les chiites aient exprimé des réserves, de crainte d’un veto non pas arabe sunnite mais... kurde, les Kurdes étant partisans d’un Etat fédéral.

L’Irak n’en est pas encore là. Pour l’heure, à en croire Tony Blair, le premier ministre britannique, Washington et Londres ont l’intention d’examiner avec le futur gouvernement irakien un calendrier de transfert des tâches de sécurité aux forces irakiennes au moins dans les régions les moins troublées.

<B>Mouna Naïm

@ Le Monde News Service

Distribué par - The New York Times Syndicate</B>

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