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Un budget pour séduire
On ne peut trouver mieux que le mot électoraliste pour qualifier le budget présenté hier par le ministre des Finances. Vouloir donner aux Mauriciens un tel pouvoir d?achat supplémentaire alors qu?une campagne électorale a démarré ne peut qu?avoir un mobile électoraliste. C?est incontestable. Mais est-ce vraiment critiquable?
Réserver son budget le plus populaire pour la fin de son mandat est le propre d?un gouvernement dans toutes les démocraties. C?est la règle du jeu électoral : il faut séduire pour assurer sa réélection. Les premiers budgets de l?alliance MSM-MMM annonçaient les réformes douloureuses et la hausse de la TVA pour financer les grands travaux notamment à la cybercité et dans les nouveaux collèges. Avec l?imminence des élections générales, il était prévisible que la besace du ministre des Finances allait être remplie de bonbons. Consommateurs, petits planteurs, pensionnés, jeunes couples à la recherche d?un logement, propriétaires de taxis, chacun a trouvé son compte à l?issue de la distribution de cadeaux hier.
De la même manière, il y a deux semaines, en Grande-Bretagne, le parti de Tony Blair n?a pas hésité à avoir recours à ce que l?on peut appeler le leurre électoraliste. Lors de la présentation de son budget, le chancelier de l?Echiquier britannique, Gordon Brown, a ?annoncé un échantillon de mesures sociales généreuses? (Le Monde du 17 mars) pour câliner l?électeur alors que les législatives auront lieu le 5 mai dans son pays.
Le PTr n?a pas encore réagi mais on peut prévoir qu?il condamnera le budget. Cependant, il serait surprenant qu?il vienne taxer le budget d?électoraliste. S?il emploie ce terme, il concédera que Pravind Jugnauth a réussi une opération qui plaît à tout le monde. Or, le PTr peut-il rejeter des mesures qui font plaisir à toute la population ?
Avec ce budget, l?alliance au pouvoir a distribué des cadeaux sans pour autant alourdir le fardeau des contribuables. Or, quand la générosité d?un budget met en péril la santé financière de la nation, il y a des raisons de s?inquiéter. Par exemple, quand un gouvernement augmente les impôts pour financer les excès de l?Etat-providence, comme c?était le cas il y a deux ou trois décennies de cela, la situation est hasardeuse.
L?opposition va sans doute arguer que la suppression ou baisses des taxes douanières ne sont qu?un gadget électoral inventé par un régime qui a les yeux rivés sur les élections. Il est possible néanmoins que le projet du gouvernement s?appuie en vérité sur un argument économique prônant l?ouverture. Si l?intention est d?émuler le Singapour, il y a là une action ambitieuse susceptible de donner au pays un nouveau souffle. L?avenir dira si le choix était judicieux ou non.
L?annonce de la transformation du pays en une ?duty-free island? étalée dans le temps présente un double avantage pour l?alliance au pouvoir. Non seulement elle crée le sentiment d?une meilleure qualité de vie mais fait craindre à l?électeur qu?un éventuel changement de régime pourrait annuler le processus. D?autant plus que le PTr a déjà fait savoir qu?il changera d?orientation économique s?il était élu.
Reste à savoir si le ?feel good factor? qui découle du budget ne s?estompera pas bien avant la date prévue pour les législatives. Au cas où le gouvernement arrive à cette conclusion, il pourrait être tenté d?avancer la date des élections.
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