Publicité
?Un budget pour la relance de l?investissement et l?emploi?
Par
Partager cet article
?Un budget pour la relance de l?investissement et l?emploi?
● <B>Comment voyez-vous le contexte économique dans lequel s?inscrit le prochain budget ? </B>
Le contexte n?est définitivement pas aussi favo-rable. La situation est difficile. Les principaux piliers de l?économie ne sont pas au mieux de leur forme. Le textile plus particulièrement passe par une douloureuse phase de restructuration.
Cela crée un taux de chômage élevé. Les services financiers ou encore les technologies de l?information et de la communication (Tic) ne sont pas des acti-vités susceptibles de créer des emplois massivement. De par leur nature, ces secteurs nécessitent une formation adéquate que n?ont hélas pas un bon nombre de sans-emploi aujourd?hui.
Dans la conjoncture, seul le tourisme paraît en plein essor si l?on en juge par le nombre de nouveaux établissements hôteliers. Il reste toutefois à trouver une solution concernant l?accès aérien pour vraiment donner toutes ces chances à ce secteur.
Le tourisme représente l?avenir du pays. Il faut démocratiser ce secteur. Il faut tout faire pour pousser les touristes à dépenser davantage notamment à travers une plus grande offre en termes de shopping.
Actuellement avec les packages de demi-pension, les touristes ne dépensent presque exclusivement que dans les hôtels.
Les autorités devraient trouver une formule pour que les recettes du tourisme soient plus équitablement distribuées dans l?économie. Il faudrait que les touristes aient davantage de choix. Il faudrait encou-rager le développement du ?nightlife? qui est pratiquement inexistant.
● <B> Pensez-vous que les principaux paramètres macroéconomiques sont sains ? </B>
Quand on parle de ces paramètres, il faut bien se dire que les chiffres ne veulent rien dire sans des repères. Il faut relativiser. Il faut surtout savoir quels sont les indicateurs les plus importants.
Le monde évolue. Le contexte n?est plus le même. C?est dans cette logique sans doute qu?on a changé de méthodologie pour calculer le taux de chômage. Je pense qu?il faut sans cesse réajuster nos méthodes.
Dix ans de cela, le secteur financier n?était pas perçu comme un pilier de l?économie. Le secteur des Tic, les centres d?appels et l?externalisation des services (Business Process Outsourcing) n?existaient pas.
De la même manière, l?économie parallèle n?était pas aussi développée qu?aujourd?hui.
● <B> Le Fonds monétaire international et les analystes du secteur privé auraient-ils raison de s?inquiéter du niveau du déficit public ? </B>
C?est effectivement un problème qui mérite une attention particulière. Mais en même temps, il ne faut pas oublier que les dépenses du gouvernement ont surtout eu pour but de soutenir un programme d?investissement massif dans l?éducation et les Tic notamment.
Il reste toutefois à se demander si le secteur privé va suivre. Le problème à Maurice est que le secteur privé est très frileux quand il s?agit de prendre des risques.
● <B>Malgré tout, on accuse le gouvernement d?être dépensier ... </B>
Il y a eu beaucoup d?investissements qui étaient absolument nécessaires. À mon avis, la vraie question est de savoir si le secteur privé va suivre et si le Foreign Direct Investment va augmenter.
Je note toutefois qu?il y a déjà pas mal d?investissements privés dans les Tic. Les investissements dans le secteur hôtelier sont aussi considérables.
● <B> Justement, le niveau d?investissements privés est une source de préoccupation ?</B>
Il faut comprendre que les grands groupes du pays sont en pleine restructuration.
Fondamentalement Maurice est un pays dépourvu de ressources naturelles. Dans les années 70? on a pu jeter les bases d?une industrie textile, source de revenus en devises et créatrice d?emplois. Nous avons eu de la chance. Pour les nouveaux secteurs la situation est différente. Les services financiers et les Tic requièrent un niveau d?éducation qu?il n?est pas nécessaire d?avoir pour être machiniste dans la confection. De plus, il faut aussi ne pas oublier que si Mauritius Telecom n?avait pas investi dans le câble SAFE, le secteur des Tic n?aurait même pas existé.
<B> ?Nous sommes dans la bonne voie et il faut que le gouvernement continue à soutenir les petits entrepreneurs et créer un environnement propice pour une plus grande justice sociale.? </B>
● <B> L?économie est effectivement en transition. Comment ju-gez-vous ce processus ? </B>
Je crois qu?un des aspects qui mérite une attention est la formation. Qui éduquer et comment éduquer la prochaine génération pour les nouveaux secteurs qui ont été identifiés pour prendre la relève ? Je pense qu?il y a un manque d?investissement dans la formation et dans la réorientation professionnelle de la main-d??uvre.
On ne peut pas permettre que des familles entières se retrouvent sans ressources à la suite de la fermeture d?une usine de confection par manque de formation. Si le gouvernement ne peut pas financer cette nécessaire reconversion des employés licenciés, il peut, à travers le budget, inciter le secteur privé à le faire. Il faut persévérer dans cette démarche et ne pas accepter la fermeture des usines comme une fatalité.
● <B> Lundi, le gouvernement présentera son dernier budget avant les élections générales. Craignez-vous que le souci de se faire réélire puisse pousser le gouvernement à présenter un budget électoraliste ? </B>
Le gouvernement va présenter son dernier budget. Est-ce que ce sera un exercice électoraliste ? Est-ce que la tentation y sera ? Cela dépend des points de vue. Ce qui est une mesure populaire pour les uns peut être interprétée comme une mesure sociale par d?autres.
C?est subjectif. Mais je crois que le pays n?a pas les moyens de se permettre un budget trop généreux socialement.
Je souhaite moi que ce soit un budget responsable pour le pays. Un bon budget doit pouvoir accroître les investissements privés, créer des emplois et assurer la paix sociale.
● <B> Après quatre budgets difficiles, la tentation sera certainement de ?lâcher la ceinture?? </B>
Je pense que d?une manière générale, les budgets qui ont été présentés jusqu?ici étaient acceptables. Il faut noter que les dépenses et la dette publique ont un impact sur les finances publiques qui perdurent pendant plusieurs années. C?est un mal qu?il faut redresser.
● <B> La démocratisation de l?économie sera sans doute un des thèmes forts du budget. Que pensez-vous de ce débat ? </B>
L?interprétation du concept de démocratisation de l?économie varie. Je pense moi que c?est un processus vital pour l?épanouissement de notre économie et de nos citoyens.
Les ressources humaines sont notre seule richesse. Il faut encourager la culture entrepreneu-riale. Si les Mauriciens ne peuvent pas devenir des entrepreneurs, que vont-ils faire ?
Le gouvernement doit absolument soutenir la création d?entreprise et éliminer les obstacles. Je pense que nous avons beaucoup progressé ces dix dernières années. Il n?y a pas longtemps, il fallait passer par un notaire pour créer une compagnie et cela pouvait prendre quatre à six semaines. Aujourd?hui n?importe qui peut aisément créer sa compagnie en seulement une semaine avec un seul actionnaire.
De plus, les taux d?intérêts sont actuellement faibles, ce qui facilite l?accès aux finances qui est le point fondamental. Le gouvernement et les institutions financières doivent démocratiser l?accès au financement.
Je constate aussi qu?il y a eu dans le tourisme par exemple, de nouveaux opérateurs et de nouveaux groupes hôteliers qui ont émergé. Certains monopoles ont aussi été brisés, notamment dans le ciment mais il faut que ce processus continue.
Nous sommes dans la bonne voie et il faut que le gouvernement continue à soutenir les petits entrepreneurs et créer un environnement propice pour une plus grande justice sociale.
Propos recueillis par <B> Stéphane SAMINADEN</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents