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Tsunamis : Vivre avec «la menace»
Dans la nuit du 28 mars 2005, une onde de choc parcourt le sud-ouest de l?Océan indien. Provoquée par un violent séisme à Nias, en Indonésie, elle menace de se transformer en tsunami. L?alerte est donnée par les Américains et relayée par la météo mauricienne. Des bulletins spéciaux sont diffusés et demandent au public de ne pas rester «à moins de 10 m de la plage».
Maurice est endormie. Mais certains habitants du littoral, encore debouts, craignent le pire. Tout le monde a en tête les images choquantes du 26 décembre 2004, en Indonésie, en Inde? Ils sont nombreux à quitter les villages côtiers pour se diriger vers les plateaux. Rien ne se produira. La mer a à peine frémi mais de nombreux Mauriciens ont connu le grand frisson.
«Nous devrons apprendre à vivre avec cette crainte des tsunamis», insiste l?océanographe mauricien Vassen Kauppaymuthoo. Il explique que la Terre passe par des activités magmatiques cycliques et qu?en général les séismes se produisent «par paquets», à un certain intervalle. Il est d?avis qu?il y en aura encore, en Indonésie ou ailleurs?
Et il n?est pas le seul. Depuis quelques semaines, les experts internationaux s?inquiètent. Ils prévoient d?autres séismes majeurs dans l?Océan indien, probablement en avril. Déjà, celui du 28 mars est venu raviver ces craintes. La station météorologique de Vacoas suit de près les données sismiques à travers Internet. La mise en place d?un système d?alerte aux tsunamis dans l?Océan indien est plus que jamais d?actualité.
Les Mascareignes sont-elles à l?abri ?
La réunion prévue sous l?égide de l?Unesco à partir du 14 avril prochain à Maurice devrait permettre de régler certains détails avant la présentation d?un programme de mise en place de ce système d?alerte, en juin. Celui-ci donnera aux pays riverains la possibilité de détecter des séismes sous-marins et de diffuser des avertissements aux communautés côtières de l?Océan indien. Un système qui devrait voir le jour d?ici fin 2006.
Mais en attendant, les Mascareignes sont-elles à l?abri ? Nos îles se trouvent en dehors des zones d?activités sismiques intenses. Le tsunami qui a frappé l?Asie du Sud-Est le 26 décembre dernier a eu peu d?effet sur nos côtes, même si l?amplitude des marées a été complètement bouleversée ce jour-là. Idem pour le séisme du 28 mars qui n?a eu aucun effet.
Mais est-ce une garantie absolue ? Les séismes sont provoqués par des glissements dans les plaques telluriques qui constituent la croûte terrestre. Les activités sismiques sont intenses le long de ces plaques, mais peuvent survenir ailleurs. Les zones les plus actives sont, en gros, le nord de l?Inde, ou encore le Pacifique Ouest et Sud, entre autres.
La croûte terrestre est constituée de douze plaques, dont celle de l?Afrique, où se trouve Maurice et celle, voisine, d?Inde-Australie. Elles bougent, certaines suivant un mouvement de compression (comme pour les plaques eurasienne et indo-australienne), d?autres suivant un mouvement d?écartement (c?est le cas pour les plaques africaines et indo-australienne). Lorsqu?ils sont sous-marins, les mouvements des plaques provoquent des ondes qui se transforment en vagues géantes, les tsunamis. Ceux-ci sont également provoqués par des éruptions volcaniques sous-marines.
La région des Mascareignes a déjà enregistré des séismes, sur une base plutôt irrégulière. Mais les données sont là. «Il y a des séismes qui ont été enregistrés mais ils sont de trop faible amplitude pour être remarqués», insiste Vassen Kauppaymuthoo. Il cite, ces deux dernières années, des tremblements de terre dans la région comprise entre Tamarin et Le Morne. Une zone qui se trouve d?ailleurs en pleine région d?activité volcanique, généralement située entre Maurice et la Réunion.
Pour Nand Sooredoo, ingénieur mauricien, spécialiste de la mécanique des fluides, Maurice pourrait être à l?abri des ondes de choc, du fait qu?elle se trouve à l?ouest d?une immense chaîne de montagne océanique. Sauf que cette zone est aussi la frontière entre les deux plaques africaine et indo-australienne. Et que, comme le fait remarquer Vassen Kauppaymuthoo, la chaîne de montagnes océaniques n?est probablement pas assez haute pour freiner l?onde d?un tsunami.
Maurice n?a pas d?expertise en sismologie. Mais certains spécialistes n?hésitent pas à intervenir. Ils sont plutôt partagés sur la menace des tsunamis. Le géomorphologue Prem Saddul est plus préoccupé par les sautes d?humeurs de l?océan, qui sont provoquées par les phénomènes climatiques et non telluriques. Avec, par exemple, le déplacement éventuel de blocs de glace qui se détacheraient de l?Antarctique, sous l?effet du réchauffement de la planète.
«ne pas fermer les yeux»
Un autre spécialiste comme Gona Soopramania, météorologue à la retraite, monte au créneau. Il plaide pour la réintroduction de sismographes à Maurice. Ce type d?appareil avait été utilisé à Maurice entre la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle. Mais très peu de données furent recueillies et il fut «abandonné», comme l?explique Hedley Michaud, un «amateur passionné», membre de la Société Météorologique de Maurice. Valérie Ferrazzini, sismologue à l?Observatoire volcanologique de la Réunion, ne trouve pas inutile l?idée d?installer des sismographes dans la région.
Pour Brian Yanagi, spécialiste hawaïen, la mise en place d?un système d?alerte nécessite «une coordination et une intégration gigantesques». Dans un article publié par l?hebdomadaire Courrier International dans son édition datant du 6 au 12 janvier 2005, il affirme qu?une fois informé, le public doit savoir comment réagir.
Où frappera le prochain séisme ? Provoquera-t-il un tsunami ? Impossible de le savoir. Avant qu?il ne se produise, souhaiter être suffisamment éloigné de l?épicentre pour avoir un temps de réaction? «Il faut surtout apprendre à ne pas fermer les yeux», insiste Vassen Kauppaymuthoo. L?exode forcé de nombreux Mauriciens vers les plateaux, le 28 mars, ne relève pas, selon lui, d?une hystérie collective mais bien plus d?un sens de la prudence un peu exacerbé. «L?important c?est de se mettre d?accord sur les procédures à suivre en cas d?alerte», insiste l?océanographe mauricien. Comme en cas de cyclone, un phénomène naturel avec lequel Maurice a finalement appris à vivre.
L?onde du tsunami est épaisse de plusieurs centaines de mètres et gagne en énergie à chaque fois qu?elle heurte le plancher sous-marin. Les vagues peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur et leur vitesse de déplacement dépend de l?épaisseur de l?eau. A Banda Aceh, près de l?épicentre du séisme, elles ont atteint 17 m, 30 minutes après le séisme. Elles n?étaient plus que de deux mètres à Malé, aux Maldives, quatre heures plus tard, mais elles étaient encore suffisamment fortes à Rodrigues pour envahir le littoral de Port-Mathurin.
SYSTEME D?ALERTE POUR L?OCEAN INDIEN
Le système d?alerte aux tsunamis devrait voir le jour d?ici fin 2006. Dans un premier temps, des détecteurs seront installés, d?autres seront réhabilités, dans une vingtaine de régions de l?Océan indien. Ils seront à même de détecter des vagues plus grosses que la normale. A terme, un réseau de détecteurs sera connecté à des centres répartis dans plusieurs pays, eux-mêmes reliés à un centre d?alerte régional.
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