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Trop forts pour lui
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Nous, les contribuables, lui offrons Rs 8 millions pour qu?il s?en aille. Pourtant, il voulait nous protéger. Il a mené une lutte sans merci contre les différentes formes de pègre qui existent parmi l?élite dirigeante du pays. Lui, c?est Bert Cunningham, l?ancien directeur des douanes. Il est vrai qu?il a finalement jeté les armes. Mais non sans avoir livré une bataille honorable.
L?ex-n° 1 des douanes confiait à «l?express» hier que la résistance à son action est venue de tous les milieux et pas seulement des officiers corrompus de son département. Du coup, il dit qu?il ne fait plus confiance à personne, sauf à la presse indépendante, pour continuer le combat qu?il n?a pas pu remporter contre la «mafia institutionnalisée».
Pour comprendre le sentiment de révolte qui anime aujourd?hui Bert Cunningham et qui le pousse à porter un jugement si sévère contre les autorités, il suffit de prendre connaissance du dossier de l?importation présumée frauduleuse de 7 000 caisses de whisky. Les détails de cette affaire sont symptomatiques du mal mauricien.
Pour mener son enquête sur cette importation suspecte, le directeur des douanes avait obtenu la collaboration des autorités britanniques. Ainsi, tous les documents nécessaires étaient réunis pour constituer un dossier à charge contre l?importateur mauricien. Celui-ci a un solide réseau d?amis influents. L?affaire a traîné pendant des années aux Casernes centrales et au parquet. Finalement, quand le directeur des douanes apprend que le DPP a recommandé un non-lieu, il demande à revoir le dossier. Là, il apprend que le dossier a été volé?
Bert Cunningham dit parfois les choses maladroitement et, dans certains cas, parle avec emportement mais ce n?est pas une raison de prendre à la légère ses révélations. Il lève le couvercle sur des miasmes putrides. Il ne faut pas le refermer trop vite sous prétexte qu?il est trop prompt à montrer du doigt les décideurs du public et du privé. En tout cas, le Premier ministre a bien mesuré les risques qui pèsent sur Bert Cunningham après ses dénonciations. Il a personnellement demandé au commissaire de police de s?assurer de la sécurité de l?ancien directeur des douanes en attendant son départ prévu pour vendredi. Même le directeur de la MRA s?est montré prévenant en avertissant Bert Cunningham des dangers physiques qu?il encourt parce qu?il a dénoncé la corruption qui prévaut en haut lieu.
Les tribulations de l?ex-directeur des douanes viennent donner raison, une fois de plus, à l?économiste Percy Mistry qui avait dit que "Mauritians do not like outsiders and foreigners much". A chaque fois qu?ils entreprennent d?appliquer les règles de la bonne gouvernance, ils nous dérangent, nous interpellent dans notre train-train quotidien et finissent par prendre la porte de sortie. Donna Leclair (CEB), Philip Cash (Airports of Mauritius Limited), Bill Duff (Prisons) et Michael Morris (Centre de conférences international Swami Vivekananda) ont connu les mêmes tribulations.
Cela prouve que quand des nombrilistes veulent jouer la partition «world class», cela donne toujours des fausses notes.
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