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Tristan Bréville - Directeur du musée de la photographie

14 janvier 2008, 00:00

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Pourriez-vous nous parler de l?accident survenu au musée et de l?étendue des dégâts ? Qu?est-ce qui a été perdu lors de cet accident ?

Ce qui est arrivé au Musée est le fruit d?une connerie annoncée. C?était prévisible dans la mesure où maintes fois nous avons attiré l?attention des promoteurs sur le danger qui nous guettait. Imaginez six panneaux de vitres blindées pesant 400 kilos chacun qui se détachent d?une grue au 16ème étage d?un bâtiment, qui planent dans l?air et qui atterrissent sur votre toit! Les poutres 18ème siècle de plus de 30cm d?épaisseur ont volé en éclat! Nous savons qu?un millier de négatifs sur verre se trouvent sous les débris et que toute la collection de films documentaires sur Maurice depuis les années 20 sont en danger sous cette masse de verre. Aujourd?hui nous allons faire le tri.

D?où proviennent les photos exposées au musée ? Comment les avez-vous récoltées et combien de temps cela a-t-il pris ?

Les photos proviennent de partout. Ventes, donations, récupérations et plus de 100 000 négatifs personnels. Cela fait 40 ans que je collectionne.

Les photos représentent une partie de notre patrimoine. Pensez-vous que cet aspect est négligé aujourd?hui ?

C?est négligé ici, pas ailleurs. Il suffit d?aller chez nos voisins les Réunionnais pour comprendre la valeur de la photographie !

Quel est le rôle de la photographie de nos jours à Maurice ?

La photographie représente une grosse partie de la mémoire d?une nation. Elle nous rappelle à nos bons ou mauvais souvenirs et donne une autre dimension à l?humanité. Si vous n?aimez pas la photo, n?en faites pas ! Mais, de grâce, laissez les autres en faire ! Et la protéger !

Qu?en est-il de votre propre passion pour la photographie ? Parlez-nous de votre cheminement.

Pour une passion, c?en est une ! Je suis tombé dans un bain photographique très jeune et je n?en suis toujours pas sorti ! Si le bonheur c?est d?accéder à ses rêves , je suis un homme heureux ! Si en plus vous avez une femme qui épouse cette passion, le bonheur est doublé. Je suis diplômé de l?Institut Nation de l?audiovisuel (France). J?ai été photographe au Centre audio visuel du ministère de l?Education de 1976 à 1982. Quand ce centre a fusionné avec la MCA, on a créé le Mauritius College of the Air. Là-bas on m?a assassiné ! Il y a des guillotines comme ça qui se cachent dans chaque ministère, dans chaque secteur, et sous chaque manteau ! Je suis donc parti comme expert audio-visuel pour les Nations unies au Niger. Le Musée de la photographie que j?avais créé fut alors réparti dans beaucoup de familles. A mon retour en 1988, j?étais à mon propre compte, fier d?avoir fait ce que j?ai fait pour mon pays, c?est-à-dire se battre pour une cause même contre ministres, marées et maires !

La photographie avec un grand «P» est-elle accessible à tous, ou, reste-t-elle un art sélectif ?

La photographie est un art pour tous! Donnez un appareil à un aveugle ou un enfant et il devient grand photographe! Avec le numérique, c?est encore plus facile ! Faites de la photo et la photo vous fête ! Ce n?est pas la photo qu?on doit faire mais la lumière. Une photo ce n?est que lumière. Mon grand ami et photographe Edouard Boubat m?avait posé un jour cette question : Est-ce la même lumière qui enchanta les premiers photographes ? Il avait répondu lui-même: c?est bien la même, voilà quelque chose qui ne s?use pas!

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