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Triolet élit en tête de la liste Marcello d?Unienvielle
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Triolet élit en tête de la liste Marcello d?Unienvielle
L?on dit volontiers que des élections, précédées de campagnes électorales, sont, à Maurice comme ailleurs, un temps d?agitations et même de violences politiques et populaires. Cela peut se révéler exact pour des élections générales, éventuellement pour une partielle législative, à la rigueur pour des municipales, mais point du tout pour des élections villageoises. En fait, le scrutin du 10 avril 1983, éminemment rural, se présente comme un oasis de fraîcheur, de spontanéité et même de fraternité au milieu d?un mois (mi-mars/mi-avril 1983) particulièrement tumultueux qui voit successivement le limogeage de Gaëtan Essoo, éphémère directeur de la MBC, la démission d?une douzaine de ministres MMM et indépendants (Ruhee et Seenyen, dissidents PSM), réunions orageuses du comité central mauve avec agressions verbales, bousculades, crachats contre Anerood Jugnauth et Lutchmeeparsad Ramsahok, nomination d?un 2e gouvernement Jugnauth, meeting inaugurant le nouveau parti d?Anerood Jugnauth, le MSM (qui ne célèbre toujours pas le 25e anniversaire de sa fondation... En aurait-il honte ?).
Et pendant ce temps, 90 villages se préparent fiévreusement mais dans un calme, dans une camaraderie exemplaires, à choisir leurs neuf conseillers pour les trois ans à venir. Campagne électorale certes à l?amiable mais âprement disputée, sans jamais dépasser les limites de la bienséance et du respect de l?adversaire. L?humour est, bien sûr, présent au sein de cet enjeu, notamment au niveau des emblèmes. Ces élections villageoises c?est, non pas la lutte du pot de fer contre le pot de terre, mais bien celle de l?arrosoir contre le cadenas, de la faucille contre la pioche, du robinet contre le lampadaire, de la pirogue contre la bicyclette, du camion contre l?aéroplane, du soleil contre la lune ou l?étoile, bref de la carpe et du lapin.
Le plus bel enseignement des villageoises du 10 avril 1983 c?est qu?un village comme Triolet n?hésite pas à élire en tête de liste un candidat nommé Marcello d?Unienville. Sur 4 274 votants, cet habitant de la Pointe aux Piments/Balaclava (mais encore vierges de tout établissement hôtelier), cet ancien membre de l?état-major de l?établissement sucrier de Solitude, obtient 2 164 voix, soit 50,63% des voix. Il réédite, en fait son exploit de 1969, après avoir posé aux législatives du 7 août 1967, sous la bannière PMSD contre Sir Seewoosagur Ramgoolam. On en reparlera quand un club huppé des Plaines Wilhems ou encore le diocèse de Port Louis nommera à sa tête un Mauricien d?origine indienne.
Nos réminiscences ont fait état, hier, de l?indifférence crasse et du mépris avilissant manifestés par les journaux politiques et partisans, tant travaillistes que militants, pour les résultats des élections villageoises du 10 avril 1983. L?on peut en dire tout autant du ministère de l?Information qui ne prend aucune disposition pour centraliser, pendant la journée du dépouillement, celle du lundi 11 avril 1983, les résultats électoraux disséminés dans 90 villages. Cela rend encore plus méritoire le travail abattu, ce jour-là, par les journalistes et les rédacteurs de service de l?express pour publier, sur une pleine page, les résultats détaillés, y compris des candidats n?ayant obtenu qu?une dizaine de voix, pour 37 des villages. Et dire que c?est la direction de l?express que la presse socialiste du PSM qualifie de raciste. La MBC/TV accomplit également une couverture exemplaire.
Quelques résultats surprennent. Ainsi à Petite Rivière, D. Suddul et N. Tahal arrivent tous deux en tête de liste avec chacun 888 voix sur 1 753 votants. A Cinq Arpents, la lutte est particulièrement serrée car seulement 32 voix séparent le premier de la liste, L. Mungur, et le 18e et dernier non élu, B. Itoo. Celui-ci obtient 213 voix et celui-là 245 sur 480 votants. L?on y note deux autres cas de dead-heat aux 9e places et 11e places. Elections également très serrées à Saint-Julien où 63 voix séparent le premier (M. Boodhoo, 549 voix) et le dernier (M.J. Sunnassee, 17e, 486 voix). A Chamarel, L. Quint justifie son patronyme en prenant... la 5e place. A Mare-Chicose, Nanoo n?obtient que 82 voix mais surtout une belle première place car sa localité ne compte que 157 inscrits et 138 votants. Rares sont les électeurs villageois ayant voté en bloc pour ou contre une des listes en présence. Très intelligemment, ils optent pour le panachage, en accordant leurs préférences aux meilleurs éléments des listes en présence. C?est un cas exemplaire où une bonne dose de bon sens et d?intelligence remplace avantageusement la dose de représentation proportionnelle faisant défaut.
Quand on vous disait que nos politiciens ont tort de se désintéresser des élections villageoises. Agiraient-ils autrement qu?ils pourraient recevoir une fructueuse leçon de convivialité, de respect de l?adversaire, bref de mauricianisme.
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