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Travailleurs sociaux bénévoles au nom de l?amour

29 janvier 2005, 20:00

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<B>Clet Adolphe, secrétaire des forces vives de Cité Atlee</B>

Tel père, tel fils : nous connaissons bien le dicton. Enfant, Clet Adolphe, originaire de Curepipe, était en admiration devant son père, Clément, qui tendait l?oreille à ceux dans le besoin pour venir à bout de leurs problèmes. C?est sans doute ce qui a provoqué le déclic.

Étudiant aux collèges Eden et St-Joseph, il a grandi au sein d?une famille de six enfants. Employé dans une firme privée, ce père de famille de 42 ans, ?uvre dans le social depuis 12 ans. Secrétaire du mouvement des forces vives de Cité Atlee et membre de la Ligue ouvrière d?action catholique (Loac), un mouvement diocésain, et président de l?organisation Terre nouvelle, visant à sensibiliser les jeunes sur les méfaits de la drogue, il explique que c?est un besoin de regrouper les habitants de la cité pour combattre les fléaux comme la pauvreté et la drogue : « Il fallait qu?on aide les habitants à prendre conscience des problèmes au quotidien et créer une instance pour en discuter avec les autorités. Il y avait un climat d?insécurité, à un point que les chauffeurs de taxis refusaient de se rendre dans la cité. À l?époque, les cités étaient négligées par ces dernières et il y régnait une pauvreté extrême. Je me souviens encore de ces familles manquant de tout. Certaines n?avaient pas les moyens d?envoyer les enfants à l?école. D?autres étaient dépourvues d?eau et d?électricité. Il y avait aussi des personnes âgées livrées à elles-mêmes. Il fallait instaurer cette solidarité parmi les habitants ». L?idée est très bien accueillie.

Clet Adolphe, ainsi que les habitants établissent les priorités de la région : sécurité, infrastructures et scolarisation des enfants. C?est donc une lutte permanente pour redorer le blason de la cité qui est envenimée par la drogue. « Nous avons fait des campagnes de sensibilisation contre ce trafic, aidé des pères et des mères de famille à trouver du travail. Je donne ce que je peux pour aider les autres. À travers ce geste, c?est une joie qui m?envahit. C?est l?amour qui me pousse au travail social ainsi que la sincérité et le droit à la justice pour tous », confie Clet Adolphe.

Après le travail, il ne compte plus les heures qu?il passe à se rendre, en soirée, aux réunions des associations pour discuter des projets d?aide. Mais il y a un prix à payer à ce volontariat : la famille ! « C?est parfois très difficile mais il faut essayer de s?arranger », dit-il. Clet Adolphe n?imagine pas une vie sans se dévouer pour le social. Il continuera, dit-il, tant que la force et le courage le lui permettent.

<B>Allia Syed Hossen Gooljar, vice-présidente du Cercle des dames mourides</B>

C?est dans les années 80 qu?Allia Syed Hossen Gooljar, vice-présidente du Cercle des dames mourides (CDM), et membre exécutif de la Macoss, a débuté dans le social.

« Je voyais beaucoup de gens qui souffraient autour de moi et d?autres qui venaient voir mon père, qui était dans la politique, pour demander conseil. Dans ma famille, ces valeurs étaient très importantes », déclare-t-elle. Aussi, elle a repris le flambeau pendant cinq ans. À travers la Young Farmers Association, elle regroupe les jeunes femmes et organise des cours d?initiation à l?artisanat dans sa maison.

Mais en 1985, cette ancienne étudiante du collège de Lorette de Rose-Hill et de celui du BPS doit tout abandonner pour prendre soin de sa mère souffrante. Mariée et mère de deux enfants, elle doit aussi s?occuper de sa famille. Mais une vie sans le social ne rime à rien. En 1991, elle revient donc à ses premières amours. C?est à cette époque qu?elle rencontre son maître spirituel, le sheik Abdoulaye Dieye. Un an plus tard, celui-ci fonde le CDM et délègue sa responsabilité à notre interlocutrice.

« Le CDM est une organisation ?uvrant pour le bien-être des femmes et des enfants indépendamment de leur appartenance ethnique ou religieuse. Le sheik disait que la femme et l?enfant sont deux éléments menacés au sein de la société et qu?il fallait que les femmes sortent de leur cloisonnement et se regroupent pour discuter des problèmes les touchant de près et chercher ensemble des solutions », explique Allia Syed Hossen Gooljar.

Regroupant donc des femmes, elle a commencé avec des enfants défavorisés et a organisé diverses activités récréatives à leur intention. Des foires sont organisées régulièrement pour récolter des fonds pour offrir des repas, visiter des vieilles personnes et assister les démunis dans leurs différentes démarches. « Nous avons aidé deux personnes à fonder leur propre entreprise et venons aussi de lancer des cours d?informatique », indique-t-elle.

Comment concilie-t-elle sa vie familiale et celle de travailleur social ? « Je planifie ma journée la veille et je tâche d?être présente pour le retour des enfants de l?école. J?ai l?intime conviction que nous avons tous une mission sur terre. La mienne est de travailler pour les femmes de mon pays. Il y a beaucoup de problèmes sociaux que l?on peut régler avec un peu de volonté. Il faut juste chercher les solutions. Personnellement, le fait d?écouter les autres m?apporte beaucoup. Je fais du travail social par amour, je le fais aussi pour Dieu sans penser à une quelconque récompense, mais simplement à contribuer au bien-être des autres », répond-elle.

Après avoir terminé son BSC en études sociales, elle poursuit actuellement une maîtrise dans ce domaine.

<B>Decy Arlanda, présidente du centre social de Rose-Belle</B>

Elle ne compte plus le nombre d?années qu?elle a passé à ?uvrer dans le social.

Avec son époux Francis qui a 73 ans, Decy Arlanda, 75 ans, habitante de Rose-Belle et présidente du centre social de cette localité, est toujours à l?écoute. Originaire de Mahebourg, elle se rend régulièrement à l?église pour chanter dans la chorale.

Puis en 1930, elle rejoint la Légion de Marie, un groupement catholique. « On allait voir les pauvres, les enfants qui n?allaient pas à l?école. Chaque vendredi, nous assistions à une réunion et nous nous cotisions pour acheter des cahiers. Après quelque temps, je suis allée suivre des cours en artisanat à Vacoas et je revenais à Mahebourg pour partager ce que j?apprenais », raconte-t-elle.

Quelques années plus tard, Decy Arlanda s?intéresse de près à la politique. Elle devient agent et est candidate aux élections villageoises en 1977. Elle est alors nommée présidente du conseil de village. Lorsqu?elle est prise par ses activités, son mari reste à la maison pour s?occuper des travaux. Ayant créé une association de femmes à l?âge de 50 ans, Decy Arlanda a également rejoint un groupe du troisième âge.

Qu?est-ce qui la pousse à continuer dans le travail social malgré quelques problèmes de santé ? « J?essayais d?aider les gens à régler leurs problèmes. Beaucoup ont des soucis liés à la pauvreté, au logement, ou des problèmes de couple. Quand on entend des gens qui se plaignent, qui disent qu?ils n?ont pas de maison ou des enfants qui sont victimes de racket, on ne peut pas rester insensible », explique-t-elle.

<B>La formation</B>

Plusieurs instances assurent la formation de ceux qui désirent se vouer au social. Selon Ram Nookadee, secrétaire de la Macoss, des cours menant à un degré en études sociales sont dispensés à l?université de Maurice.

Il ajoute que diverses instances assurent aussi la formation des travailleurs sociaux : « Des ONG comme Caritas effectuent des cours de formation en alphabétisation, la Natresa fait des formations pour la prévention de la drogue à travers des ateliers de travail, la Macoss forme les travailleurs sociaux en leadership, le project design and management et le Trust Fund forment les gens qui travaillent directement sur le terrain. » La Macoss planche aussi sur le projet d?instituer une académie pour les ONG avec la collaboration des organisations existantes telles que le MIE, l?université de Maurice et l?IVTB.

<B>Les facilitateurs sociaux du Trust Fund</B>

Le Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups compte une dizaine de facilitateurs sociaux, répartis dans l?île selon des zones spécifiques. « Notre rôle est de proposer des projets de l?État existants pour les aider à sortir de leur situation difficile. Nous recueillons les informations grâce aux permanences dans les Citizens Advice Bureau (Cab) sur les cas de vulnérabilité et ensuite, vérifions si ces personnes sont éligibles pour bénéficier du fonds d?aide », déclare Frédéric Augustin, facilitateur social du district de Savanne.

Ayant oeuvré pendant trois ans à la réinsertion des toxicomanes au Centre de solidarité, ce jeune homme de 30 ans ajoute que c?est sa dévotion pour les autres qui l?a poussé vers le travail social : « Je ne me vois pas faire autre chose. C?est vrai que parfois les contraintes sont difficiles, il n?y a pas d?horaires mais j?essaie tout de même de concilier ma vie sociale et celle de travailleur social. » Détenteur d?un degré en travail social, il explique qu?une autre responsabilité du facilitateur social est d?agir comme médiateur entre la section financière et les ONG. Dean Appaya (photo), 28 ans, également facilitateur social, mais pour les régions de Ste-Croix, Baie-du-Tombeau et Montagne-Longue, explique que ses pairs agissent pour la réduction de la pauvreté dans les secteurs suivants : le logement, l?éducation, les infrastructures sociales et la formation. « Nous menons des enquêtes sociales pour établir les conditions des groupes vulnérables avant de leur apporter notre aide. »

S?adonnant au travail social au sein de l?association Anou diboute ensam et ayant exercé comme Welfare Officer au sein de la municipalité de Quatre-Bornes, Dean Appaya, aussi détenteur d?un degré en travail social, a rejoint l?équipe du Trust Fund en mai 2004. « Je crois que le travail social ne se fait pas au hasard. C?est inné ! Parfois c?est difficile surtout pour la famille. Il faut beaucoup de patience, de volonté. Il arrive qu?on se retrouve face à des difficultés lorsqu?on aborde les gens, ou lorsqu?on entre dans une communauté. Il faut savoir comment se faire accepter, comment parler, comment approcher les autres. C?est pour cela que je pense que la formation est essentielle », déclare-t-il.

<B>Anwar Figue, secrétaire de la Muslim Youth Federation</B>

«J e fais du bénévolat au nom de Dieu. Il y a toujours une personne qui frappe à la porte pour nous dire de l?aider, car son mari est en prison ou une autre qui arrive, car elle n?a plus de lait pour le nourrisson. Avec tous les maux qui rongent notre société, je me dois d?aider mon prochain », assure Anwar Figue, 44 ans, habitant de Plaine-Verte. Exerçant comme Security Controller au sein de la MCFI, il a commencé le travail social à 24 ans. « Je prenais des cours de premiers soins avec la St-John Ambulance et un jour j?y ai rencontré le président de la Muslim Youth Federation. J?ai rejoint l?association afin d?écouter et d?assister les plus démunis. »

Au début, il venait en aide aux fidèles revenant du pèlerinage de la Mecque à l?aéroport. Puis il a ?uvré à la prise en charge de l?école maternelle Jean Lebrun, ainsi que des travaux de rénovation d?une salle à l?hôpital civil. Bien souvent, Anwar Figue assiste les orphelins et aide à la préparation des repas pour les groupes vulnérables. « Nous avons aussi effectué des marches contre le tabagisme. Après le passage de cyclones, je me rends dans le quartier pour voir s?il faut reconstruire ou consolider les maisons », indique-t-il.

Il allie également les femmes à cette cause. Régulièrement, ces dernières participent aux activités, surtout aux mobilisations contre la drogue. Marié et père de deux filles, Anwar Figue est très soutenu par sa famille.

« Elles m?aident dans la rédaction des lettres officielles pour aider les gens et heureusement, même si ce n?est pas facile, j?ai une épouse qui me comprend », ajoute-t-il.

<B>Pascaline Alexandre, membre du groupe Tonnelle</B>

C?est la curiosité qui a poussé Pascaline Alexandre vers le travail social. Cette jeune fille de 21 ans, étudiante en communication à la DCDB Business School, a débuté alors qu?elle n?avait que dix ans. Après sa confirmation, elle s?engage dans l?Action catholique des enfants (Ace). Suivant des formations, elle devient accompagnatrice et chapeaute diverses activités pour les enfants jusqu?à ses 18 ans. Étudiante du collège de Lorette de Port-Louis, Pascaline Alexandre devient également membre du groupe Joie de servir dans cet établissement scolaire.

Un dimanche, elle se rend au centre Marie-Reine de la Paix avec ses amis, pour donner à manger aux clochards. C?est le déclic : « Pendant cette rencontre, j?étais fascinée par l?humanité des jeunes volontaires qui oeuvraient contre la pauvreté, par cette simplicité, par les mams sans baze (clochards), qui ne venaient pas là uniquement pour manger, mais pour qu?on leur accorde de l?attention. C?était merveilleux. Depuis, je n?avais qu?une seule envie : y retourner. »

Cela fait donc quatre ans qu?elle a rejoint le groupe Tonnelle, qui s?occupe des sans domicile fixe. Ainsi chaque dimanche, Pascaline se rend à leur chevet mais aussi à celui des jeunes enfants qui sniffent de la colle et d?autres qui sont dans le besoin. « Ces personnes sont comme ma deuxième famille. C?est formidable de voir le sourire d?un enfant, c?est ma plus grande joie. Si on ne peut pas réinsérer les parents, on peut encore aider les enfants, en leur donnant des leçons.» Entre ses études et sa famille, elle avait du mal à gérer son travail social, mais aujourd?hui, elle a su faire des concessions. « Mes parents savent que mon dimanche est consacré au travail social et avec les membres du groupe Tonnelle, on fait aussi plusieurs activités », explique-t-elle.

<B>Le social dans les centres sociaux Dans les 52 centres sociaux </B>

de l?île, une trentaine de travailleurs sont à l??uvre. En premier lieu, des techniciens formés assurent une permanence pour s?occuper des activités à l?intention des personnes âgées, des associations de femmes telles que des cours en artisanat, couture, cuisine, yoga, et l?éducation des adultes. Plusieurs jeux sont organisés tels que les dominos, la pétanque, et le volley-ball.

Le travail est aussi effectué par des Social Welfare Officers qui sont responsables de la gestion de deux centres sociaux. Ils doivent être détenteurs d?un degré en travail social. Et finalement, le Senior Social Welfare Officer qui s?occupe de quatre à cinq centres sociaux dans une région définie. « Nous faisons la coordination entre le ministère de la Sécurité sociale et conseillons aussi le comité du centre social qui chapeaute les activités.

Il faut veiller à une bonne communication avec les habitants, être à leur écoute, identifier leurs besoins, les informer des services mis à leur disposition par l?État, et aux ressources disponibles pour les canaliser », confie un Senior Social Welfare Officer.

Faisant partie d?un mouvement de jeunes depuis son plus jeune âge notre interlocuteur ajoute que les travailleurs sociaux des centres effectuent également la sensibilisation au don de sang et à des causeries sur d?importants projets de loi, comme celui du don d?organes. Ils ont également fait du porte-à-porte pour récolter des fonds pour les victimes du Tsunami.

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