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TRAQUEUR DE TERRES

15 mai 2004, 20:00

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Comment Vinay Deelchand s?est-il enrichi ? Le plus notoire des notaires du pays persiste à tout nier en bloc. Mais aux Casernes centrales, le nombre de témoignages recueillis contre lui est saisissant : le dossier à charge s?épaissit de jour en jour. Et pour démêler l?écheveau, l?enquête est divisée en trois différents volets : trafic d?héroïne, tentatives de meurtre (et autres agressions physiques) et, le plus volumineux de tous, les ventes frauduleuses de terrains.

Aujourd?hui, après une cinquantaine de jours d?enquête et d?interrogatoires, les contours de la nébuleuse affaire Deelchand commencent à se dessiner. Tout indique que c?est à partir des transactions immobilières illégales, couchées sur des faux actes notariés, que Vinay Deelchand a construit sa fortune, avant de se lancer par la suite dans d?autres transactions?

À la Land Fraud Squad de la police, les dossiers contre le notaire Deelchand s?entassent. Depuis son arrestation, le 28 mars dernier, les différentes transactions effectuées devant le notaire sont scrutées. Et c?est ainsi que plusieurs cas de faux et usage de faux ont été mis au jour. « C?est à se demander comment tout cela a été dissimulé pendant tout ce temps », s?interrogent ceux mis en présence des pratiques du notaire. Quant aux avocats d?Antoine Chetty ils parlent de « cover up » d?enquêteurs dans le passé?

Pour comprendre le modus operandi de Vinay Deelchand, il est important de saisir le rôle de ses partenaires d?affaires d?Agnis Property Ltd. Cette compagnie immobilière a été fondée par des hommes de confiance du notaire : Sandeep Appadoo, Mahendra Chooneea et Dharmanandah Sambon. Le groupe, qui dispose d?une équipe d?hommes de main, travaille régulièrement avec deux arpenteurs jurés et a des contacts professionnels au bureau de l?enregistrement, à la police, dans différents ministères et dans les collectivités locales.

Les malheurs d?un vieux couple, qui vient de consigner une déposition contre Vinay Deelchand, est un exemple qui illustre la tactique employée par la bande au notaire pour s?octroyer un terrain et le vendre, sans que ses propriétaires ne soient au courant. Le cas échéant, elle s?organise pour empêcher que la transaction soit ébruitée. Philippe Calou, Laldeo Gujadhur et Anwar Toorabally ont failli payer de leur vie le prix du silence? Et c?est aujourd?hui seulement que tout cela remonte à la surface.

Ils reviennent de loin

Le vieux couple, lui, revient sans doute de loin. S?il n?a pas été attaqué jusqu?ici, c?est parce qu?il ne se doutait de rien, estime un enquêteur. L?histoire est renversante : il y a quelque temps de cela, l?époux, un nonagénaire et son épouse, une octogénaire qui habitent les Plaines-Wilhems, se sont rendus à Pointe-aux-Sables pour visiter un proche malade. En route, comme ils n?ont pas souvent, en raison de leur âge, l?occasion de se déplacer, ils décident d?aller jeter un ?il sur leur terrain de Petit-Verger. C?est un lot d?un peu plus de 300 toises qu?ils ont acheté il y a plus de 25 ans.

Et là surprise? Des appartements sont en construction sur leur terrain ! Le vieux couple n?en croit pas ses yeux. Mais pourtant c?est bel et bien leur terrain? qu?ils n?ont jamais vendu !

Une semaine plus tard, après maintes démarches et une déposition à la police, les hommes de loi du vieux couple, Mes Luvirajen Mootoosamy et Nandraj Patten, découvrent le pot aux roses. Le terrain du vieux couple a été vendu, à son insu, le 28 août 2003 devant? le notaire Vinay Deelchand.

« Je n?ai jamais vu ce monsieur Deelchand. Je n?ai jamais été à son bureau. Je n?ai jamais reçu d?argent et je n?ai jamais vendu mon terrain. » Le patriarche ne comprend pas, son épouse non plus.

Pourtant il y a bel et bien un acte de vente (ci-contre). Dans ce document, il est stipulé que le nonagénaire et son épouse « ont comparu » devant le notaire Vinay Deelchand, dans son étude à la Pearl House. Or tel n?a jamais été le cas.

L?acte de vente indique que l?acquéreur, qui est également une victime vu qu?il a payé et acheté de bonne foi en faisant confiance au notaire Deelchand, a traité directement avec le vieux couple. Or l?acquéreur avoue aujourd?hui qu?il n?a jamais vu ces derniers à l?étude de Deelchand. Ce qui prouve manifestement qu?il y a eu usurpation d?identité pour conclure cette transaction dont le montant a été tiré au nom du notaire Deelchand?

De son côté, l?acheteur qui a acquis le terrain en août 2003 n?a pas tardé à démarrer un projet de construction d?appartements. Résidant à l?étranger, il a confié les travaux à l?un de ses proches. Depuis la déposition du vieux couple, les travaux ont été stoppés.

Un mécanisme bien huilé?

À partir de leur déposition, le mécanisme employé par le notaire Deelchand a pu être décortiqué. Et il est bien huilé. Des hommes envoyés par le notaire parcourent l?île à la recherche de terrains vagues. C?est un travail de longue haleine, qu?ils abattent méthodiquement.

Une fois qu?ils ont repéré un terrain, ils mènent une petite enquête dans le voisinage, en se faisant passer pour des clients intéressés. Par la suite, ils vont, selon

la location du terrain, soit dans une mairie, soit dans un conseil de district pour obtenir le nom et l?adresse des propriétaires. C?est à ce moment qu?entre en scène l?agence immobilière Agnis Property.

L?agence s?en va à la rencontre des propriétaires et propose ses services pour leur trouver un bon acquéreur. « Je me souviens qu?un monsieur d?Agnis Property est venu me voir il y a deux ans, raconte notre nonagénaire, il voulait à tout prix s?occuper de la vente de mon terrain. Il disait qu?il est en contact avec d?excellents clients ».

C?est ainsi qu?ils obtiennent toutes les informations requises sur les propriétaires : noms, âges, héritiers, autres biens. Par la suite, ils se rendent au bureau de l?enregistrement, d?où ils puisent de précieux renseignements sur les propriétaires.

Puis l?agence trouve un client et le notaire, de faux mandataires. Et l?acquéreur signe devant le notaire. Le tour est joué. En catimini.

« Souvent, les victimes sont des personnes âgées ou vivant à l?étranger. Le cas du vieux couple n?est certainement pas un cas isolé.

On s?attend à ce que d?autres transactions de ce genre soit portées à notre connaissance au fil des mois », confie un officier de la Land Fraud Squad.

Vinay Deelchand en prison, le vieux couple qui n?a pas vendu, et l?acquéreur qui a déboursé de l?argent se retrouvent dans de beaux draps? Les hommes de loi du couple, Mes Mootoosamy et Patten, intenteront cette semaine une action en Cour suprême pour réclamer « l?annulation de la vente et la démolition du bâtiment ».

Le notaire Deelchand aura également à comparaître pour donner ses explications à la justice sur ce cas précis.

À Mesnil et au Hochet, ils sont des dizaines à douter de leur sort. L?année dernière, ils ont versé des sommes d?argent à Vinay Deelchand pour l?achat de terrains. Ils ont payé de la moitié de la somme totale. Mais entre-temps, leur notaire a été écroué et son bureau placé sous scellés. En fait, l?onde de choc des ramifications passée, c?est la saga des terres qui commence?

<B>La « Land Fraud Squad » dénoncée</B>

Antoine Chetty passe à la vitesse supérieure dans ses aveux sur les fraudes immobilières du notaire Vinay Deelchand. Après avoir évoqué les pots-de-vin d?environ Rs 500 000 qui auraient été versés à des officiers de la « Land Fraud Squad» (LFS) du Central CID pour qu?ils ferment les yeux sur les transactions du notaire, Antoine Chetty a fini par citer le nom d?un policier qui figurait sur le « pay roll » de son employeur. Ce dernier venait régulièrement toucher ses « commissions » à l?étude du notaire et serait aussi impliqué dans un cas d?agression. Une dizaine d?officiers de la LFS, dont certains ont été transférés depuis, sont impliqués par Chetty.

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