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Trancheurs de débats

1 mars 2008, 20:00

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La flambée du débat autour de la question du ciblage au sein du Parti travailliste (PTr) nous donne l?occasion de regarder de plus près les différences de styles chez les leaders de nos principaux partis politiques. Et étonnament, on se prend, en terminant la comparaison, à trouver du bon dans la relative anarchie qui règne autour du ciblage chez les rouges !

Paul Bérenger, le patron des mauves, est un Dieu vivant pour beaucoup de militants et membres du parti. Il a tout fait, tout vécu et comprend donc tout. Ceci, selon ses militants, lui confère le privilège d?avoir toujours raison dans ses décisions et stratégies. Certains du Comité central du MMM s?amusent d?ailleurs à dire que « kan Paul pa la, tou dimoun konn tou, diskit lor tou. Kan li la, zot tou ekout li. Et seli ki desid lor tou ».

Au MSM, personne ne prend Pravind Jugnauth pour un Dieu vivant. En revanche, beaucoup vouent une admiration sans bornes à sir Anerood Jugnauth, l?ancien leader. Au bureau politique du MSM, contester les idées et les décisions du fils, c?est s?attaquer par ricochet au père. Car, après tout, c?est lui qui a décidé que le fiston était apte à lui succéder. Chacun rumine donc sa colère et sa frustration lorsqu?il en ressent. L?un dit qu?il veut le rétablissement de la peine de mort, alors qu?il n?en pense pas un mot. L?autre jure que le leader du MSM peut diriger une future alliance gouvernementale et être présenté directement comme Premier ministre pour cinq ans lors des prochaines élections. Alors même que cette posture lui paraît hasardeuse !

Reste Navin Ramgoolam. Le leader du PTr règne, en apparence, sur un parti gagné, de manière chronique, par des poussées d?anarchie. La dernière en date concerne le ciblage. Le Premier ministre précise qu?il n?y a pas eu « de discussions sur le ciblage » lors du bureau politique du parti de mercredi. Mais il n?empêche que la réunion a été le théâtre d?un affrontement d?idées sur les manières d?aider les pauvres. On n?est quand même pas loin du sujet du ciblage !

Ramgoolam laisse donc parler les membres de son parti. Quitte à leur permettre de le contredire. En questionnant une politique sur laquelle il semblait déjà se prononcer favorablement lors de son discours du nouvel an. Et en laissant Rama Sithanen défendre seul le ciblage contre des camarades qui ne voient en lui qu?un porte-voix des jumelles de Bretton Woods.

Du coup, on finit enfin par apprécier un peu de liberté de ton dans un débat politique. Il serait en effet assez difficile ? pour ne pas dire impossible ? de trouver le même nombre d?interlocuteurs disposés à débattre contradictoirement sur une question aussi sensible dans un autre parti. Sans systématiquement s?entendre dire « Non, Paul ki pou dir » ou « Pou sa, bizin koz ar Pravind mem ! ». Alors, il convient de se féliciter que les Nita Deerpalsingh, Reza Issack et Suren Dayal jouissent de la possibilité de dire ce qu?ils pensent.

Mais Ramgoolam est comme tout autre chef. Il peut laisser parler plus que d?autres. Mais comme les autres, il est le seul à trancher. Il l?a déjà fait, dit-il d?ailleurs. En expliquant qu?il trouve que c?est un « non-sens » que des personnes gagnant Rs 100 000 ou plus par mois bénéficient des générosités de l?État providence. Il a peut-être tranché. Mais il a surtout donné l?impression d?avoir écouté et d?avoir laissé s?instaurer un débat. Et ceci dans une démocratie, est toujours une bonne chose. Pourvu qu?on finisse par trancher nettement la question débattue. Et que surtout, on applique avec célérité la politique décidée à l?issue du débat. Sinon, c?est vrai? le débat ne sert à rien !

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