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Interview avec…
Ayushi Adarshini Balluck : «La réforme des pensions aurait dû avoir été menée avec un visage humain»
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Interview avec…
Ayushi Adarshini Balluck : «La réforme des pensions aurait dû avoir été menée avec un visage humain»
Ayushi Adarshini Balluck, présidente par intérim des Nouveaux Démocrates.
Présidente intérimaire des Nouveaux Démocrates (ND) depuis le 12 août, Ayushi Adarshini Balluck, 30 ans, entend poursuivre la construction du parti fondé en 2024 en défendant une ligne axée sur la transparence, l’intégrité et l’inclusion des jeunes et des femmes. Dans cet entretien, elle revient sur sa nouvelle responsabilité, la solidité de l’Alliance du changement et les décisions du gouvernement. Critique sur la réforme des pensions et le droit d’accise sur l’essence, elle plaide aussi pour une relance de l’économie et réaffirme la volonté de ND de «défendre l’intérêt public».
Membre des ND depuis le début, quelle direction souhaitez-vous désormais donner au parti en tant que présidente par intérim ?
Je m’engage à poursuivre le travail et la vision déjà établis avec passion et dévouement au sein du parti. Mon objectif est d’apporter une direction axée sur la transparence et l’intégrité. En tant que présidente par intérim, je considère que notre responsabilité est de donner l’exemple à travers nos actions quotidiennes. Notre leader, Khushal Lobine, incarne des principes et des convictions fortes qui guident notre démarche. Pour nous, les ND représentent également une véritable école de politique pour les jeunes. J’assume cette mission avec un profond sens du devoir, veillant à ce que notre gestion reflète nos valeurs fondamentales d’honnêteté et de rigueur.
Les ND sont encore un jeune parti. Que doivent-ils faire aujourd’hui pour construire leur propre identité politique et ne pas être perçus uniquement comme une composante de l’Alliance du changement ?
Les ND se distinguent par une approche innovante et ouverte, un travail engagé depuis notre fondation. Nous ne fonctionnons pas comme les partis traditionnels et facilitons l’accès à la citoyenneté via notre site web, tout en intégrant pleinement la technologie. Nous tissons des liens avec des formations internationales progressistes telles que les libéraux-démocrates britanniques, les démocrates américains, le BJP indien et des partis scandinaves. Nous respectons notre héritage politique local, notamment des personnalités comme sir Seewoosagur Ramgoolam, père de la nation, et sir Gaëtan Duval, tout en apprenant des expériences étrangères pour apporter de nouvelles idées et contribuer à un véritable changement.
Les ND font partie de l’Alliance du changement. Estimez-vous que le gouvernement respecte aujourd’hui les engagements sur lesquels cette alliance a été élue en 2024 ?
Le premier engagement d’un gouvernement est de trouver la meilleure formule pour le bien-être de ses citoyens. Nous ne sommes évidemment pas tous d’accord sur tous les points. DNous n’avons pas tous les chiffres à notre disposition, donc nous ne pouvons pas prétendre avoir toutes les réponses. Nous pouvons toutefois penser que certaines choses auraient peut-être pu être faites différemment.
La réforme des pensions a suscité de fortes contestations. Personnellement, êtes-vous d’accord avec les choix qui ont été faits par le gouvernement sur ce dossier ?
Nous avons compris qu’il fallait une réforme des pensions, nous nous étions d’ailleurs positionnés en faveur de la Basic Retirement Pension, mais nous estimons que cela aurait dû avoir été fait avec un visage humain et dans la dignité. Il fallait également consulter le peuple. Soyons clairs : nous n’avions pas demandé ce mandat au peuple en novembre 2024 pour faire quelque chose de pareil. Une réforme des pensions pouvait être faite, mais elle devait être menée dans la dignité, avec un visage humain et après avoir consulté le peuple.
Le leader des ND, Khushal Lobine, s’est montré critique envers certains aspects de la réforme des pensions et d’autres décisions gouvernementales. Partagez-vous ses positions ?
Oui, bien sûr. En novembre 2024, lors des élections générales, Khushal Lobine était candidat. Aujourd’hui, il est le leader des ND et député à l’Assemblée nationale. Il avait promis de défendre l’intérêt public. Il continue dans cette même logique. Si le peuple veut que la pension soit réintégrée, Khushal Lobine continuera à défendre l’intérêt public. Pour nous, c’est le peuple avant tout. S’il y a des décisions qui font du mal au peuple, cela nous fait du mal également. Au sein des ND, nous sommes tous là pour défendre l’intérêt public.
Après les désaccords apparus ces derniers mois au sein de la majorité, considérez-vous que l’Alliance du changement est toujours aussi solide ?
Non, certainement pas. Après le départ de Paul Bérenger, on voit que l’alliance est fragilisée. Même si la «bande des 15» est restée. En tant que personne qui a travaillé pour cette alliance et qui l’a défendue, je peux le dire. Pour moi, en tant que jeune, il s’agissait aussi des principes des personnes. C’est un peu comme une famille. On peut être quatre, mais si l’un des membres n’est plus là, cela fait du mal et la maison n’est plus la même.
En tant que présidente par intérim, aurez-vous la liberté
Bien sûr que j’aurai cette liberté. Au sein des ND, nous croyons beaucoup à la démocratie et à la liberté d’expression. Nous ne bafouons le droit d’expression de personne. Il peut arriver que nous ayons des opinions différentes. Khushal Lobine a une proximité extraordinaire avec ses mandants et avec les personnes qui adhèrent aux ND. Mais à la fin de la journée, même lorsque nous avons des opinions différentes, nous travaillons ensemble, nous collaborons, nous expliquons et nous nous adaptons. Ce qui compte pour nous, c’est l’avancement du parti, et non les intérêts ou les opinions personnelles.
Selon vous, les jeunes disposent-ils aujourd’hui d’un véritable pouvoir de décision dans les partis politiques mauriciens ou sont-ils encore principalement cantonnés à des rôles secondaires ?
Pour les autres partis, je ne peux pas vous l’affirmer. Mais chez nous, aux ND, c’est différent. Dès la création du parti, nous avons créé des postes, des responsabilités et des plateformes pour les jeunes. Vous pouvez le constater avec mon propre parcours. Je suis jeune, membre du parti, secrétaire administrative et aujourd’hui présidente par intérim. Vous pouvez également constater la nomination d’Émilie Soogund, jeune universitaire et présidente des Jeunes Démocrates, et Sha-Nawaz Janhangeer, conseiller de Vacoas-Phoenix. Les ND sont exemplaires lorsqu’il s’agit de donner une chance aux jeunes, aux femmes et à tous les Mauriciens.
Les femmes sont présentes dans la vie politique mauricienne, mais restent minoritaires aux postes de leadership. Quels sont encore les principaux obstacles ?
Les obstacles ne concernent pas uniquement les femmes. Ils peuvent exister dans la vie familiale, sur le lieu de travail, dans l’espace public ou dans la vie personnelle. Pour que les femmes accèdent davantage aux postes de leadership, cela dépend aussi du peuple. Aux élections, c’est le peuple qui choisit les personnes qu’il veut placer à des postes clés.
Aux ND, nous ne nous contentons pas de parler de donner davantage de place aux femmes : nous le faisons. Notre équipe finalise la constitution du parti et nous avons notamment un objectif minimum de 30 % de femmes. Nous sommes donc déjà prêts à donner davantage de chances aux femmes. Mais la question est aussi de savoir si le peuple est prêt à leur donner cette chance.
En tant que jeune femme désormais à la présidence d’un parti, pensez-vous devoir faire davantage vos preuves que certains responsables politiques masculins plus expérimentés ?
Aux ND, chaque voix compte, qu’elle vienne d’une femme, d’un homme ou d’un jeune. Nous croyons en l’égalité, la collaboration et l’innovation. L’expérience ne vient pas seulement avec l’âge, mais aussi avec les responsabilités qu’on assume et le travail qu’on accomplit. Nous faisons confiance aux jeunes et aux femmes pour apporter des idées neuves, et nous nous adaptons constamment pour mieux servir la population. Ce qui compte, c’est la compétence, pas le genre.
Le coût de la vie, le pouvoir d’achat, les pensions et l’emploi préoccupent une grande partie de la population. Sur quel dossier estimez-vous que le gouvernement doit agir en priorité ?
Tous ces dossiers sont importants, mais ce que le gouvernement doit faire en premier, c’est relancer l’économie. Le redémarrage économique permettra de créer de l’emploi, et la création d’emplois permettra de créer de la richesse. Si nous n’avons pas de redémarrage économique et que nous ne créons pas d’emplois, comment allons-nous avoir les moyens d’améliorer tout cela ?
Pensez-vous que la population commence à montrer de l’impatience face au rythme des changements promis en 2024 ?
Avec la montée de la technologie, la population est beaucoup mieux connectée et informée. Elle attend donc plus de transparence, d’écoute et de vraies responsabilités. Ce n’est pas de l’exigence pour exiger, c’est une attente légitime. Et à Maurice, cette conscience grandit chaque jour davantage. Le peuple veut être informé, veut être entendu et comprendre les décisions qui façonnent le pays. Aux ND, défendre l’intérêt public est une boussole. C’est le principe qui guide chacune de nos actions et chacune de nos prises de position.
Quelle serait, aujourd’hui, la décision du gouvernement que vous défendriez le plus fortement, et celle que vous souhaiteriez voir corrigée ?
La décision que je soutiendrais le plus fortement est la réintégration des secrétaires parlementaires (PPS), comme l’a mentionné Khushal Lobine. Les PPS permettaient, à l’époque, aux travaux d’infrastructure et de développement de se faire plus rapidement dans les circonscriptions. Ils étaient comme des intermédiaires entre le ministre et le village ou la ville concernés, avec une certaine autonomie pour mettre l’accent sur les dossiers importants. Cela aidait à améliorer et à développer les choses plus rapidement. Je saisis également l’occasion pour remercier le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, qui a mis l’accent sur cette question et exprimé son opinion sur la possibilité de la considérer. Ce que je souhaiterais voir corrigé, c’est l’excise duty sur l’essence, comme mentionné par le leader Khushal Lobine. Si nous baissons le droit d’accise sur l’essence, cela soulagera toute la population et aura un effet domino positif. Cela permettrait d’alléger directement la pression sur le peuple.
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