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Toute une vie à se détruire

9 octobre 2005, 00:00

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La houle ne cesse de prendre d?assaut le littoral de Grand-Sables. Et la côte de ce village du Sud-Est est ravagée à l?image de la relation du couple Lekraj.

Ce n?était un secret pour personne que Bissoondyal, 51 ans, ne supportait plus Indranee, 48 ans, sa troisième femme. La main lourde, Bissoondyal passait son temps à la maltraiter. Mais pour faire bonne figure et en épouse soumise, elle subissait tout sans broncher.

Il fallait bien penser à leurs trois enfants et au qu?en-dira-t-on. C?est vrai que parfois, elle a réclamé l?aide de la police de Vieux-Grand-Port pour que son époux revienne à de meilleurs sentiments, mais Indranee n?a jamais voulu pousser ses démarches plus loin, de peur que Bissondyal ne se retrouve au cachot.

Puis, il y a trois ans, les misères d?Indranee ont connu un répit : Bissoondyal ne pouvait plus lever la main sur elle, son bras ayant été partiellement paralysé à la suite d?une attaque cérébrale.

Également dans l?incapacité de bouger l?une de ses jambes, le laboureur menait une vie d?infirme. Seul dans son coin, il rongeait son frein.

Il trouvait toutes sortes de tares à Indranee et s?était même mis en tête qu?elle lui était infidèle. Et n?avait de cesse de la harceler.

Puis un jour, le pire est arrivé. Dans la soirée de samedi dernier, après une énième prise de bec, Bissoondyal propose à son épouse de le suivre dans la mort en ingurgitant du poison. C?est le moyen qu?il a trouvé pour mettre fin à leur animosité et d?être l?un à côté de l?autre pour l?éternité.

Indranee l?ignore royalement et va se mettre au lit. Mais Bissoondyal continue à remuer de sombres pensées. Il est près de 22 heures lorsqu?il s?empare d?un sabre et s?assure qu?Indranee dort à points fermés. Il l?attaque alors par surprise.

<B>Très à cheval sur des principes d?un autre âge</B>

Bissoondyal frappe deux coups, dont un visant la tête. Indranee se met à hurler de douleur, le crâne et la main droite en sang. Alertés par les cris et les pleurs, des proches accourent et conduisent la malheureuse à l?hôpital de Flacq. Son mari rentrera après leur départ et avoue à ses enfants avoir infligé ces coups à leur mère? avant de s?écrouler subitement.

Il est déjà trop tard pour Bissoondyal qui a ingurgité du poison : il vomit tripes et boyaux. De l?hôpital de Mahébourg, il est conduit à celui de Rose-Belle pour être soigné. Rien n?y fait. Bissondyal meurt dimanche, à l?aube.

Depuis le drame, une belle-s?ur a pris les enfants du couple sous sa houlette et tente de minimiser les choses. À la presse, elle explique que le défunt et la blessée menaient une vie normale et que « comme c?est courant, ils faisaient face à de petits problèmes ». Dans son récit, elle dépeint un tableau opposé à celui, sombre, dressé par les enfants du couple à la CID de Grand-Port-Savane.

Pendant toute la semaine, Indranee a voulu avoir des nouvelles de son époux. Pour ne pas l?inquiéter davantage, ses proches lui ont menti, affirmant que Bissoondyal allait pour le mieux. Ce n?est que vendredi, en quittant l?hôpital, qu?elle a fait face à la triste réalité.

« On a l?impression qu?en milieu rural, certaines personnes sont restées vieux jeu. À l?inverse des femmes qui ont l?esprit plus ouvert, les hommes sont très à cheval sur des principes d?un autre âge », confie un enquêteur.

Ce policier a sans doute raison, si on se souvient du double meurtre commis le mois dernier par Rakesh Ghumaria, 29 ans, à Brisée-Verdière. Il s?est acharné sur sa femme, Pinky, 24 ans, en la lardant de 49 coups de canif, puis a poignardé leur fille de 4 ans et demi à une vingtaine de reprises avant de tenter de se tuer.

Les cas de violence domestique sont malheureusement courants : en août dernier, toujours à Brisée-Verdière, Sudheer Nackchejee, 37 ans, aurait assassiné sa femme, Vijotee, 34 ans, en la brûlant vive.

En avril, Bruno Hack, 40 ans, de Rivière-des-Anguilles, tente de liquider sa femme, Dorine, 31 ans, au couteau. En février, Gérard Calcutta, 44 ans, a attenté à la vie de sa compagne, Angela Kistnen, 34 ans, avant de boire du poison.

Durant ce même mois, parce qu?il soupçonnait sa compagne, Sunita, d?infidélité, Claudio Soopramanien, 35 ans, l?a tuée à coups de gourdin. Quelques semaines plus tôt, c?était Suraj Nuckchady, 37 ans, qui avait tenté d?éliminer son épouse, Mira, 30 ans, en la faisant tomber du balcon avant de se jeter lui aussi dans le vide, non sans avoir bu du thinner.

Puis, il y a eu un cas qui ressemble à celui du couple Lekraj : en février, à Candos, Ramlall Ruktooa, 76 ans, a brûlé vive sa femme, Prabha, 61 ans, avant de se donner la mort en se jetant à la mer à Rivière-des-Galets. Comme Bissoondyal, il avait passé sa vie à miner l?existence de sa femme?

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