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?Toi et Moi? ou une aventure sur la ?planète? culture

1 août 2005, 00:00

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?A Maurice, il existe chez notre élite une interprétation qui réduit la culture aux seules questions de la religion et des langues?, écrivent d?emblée, dans le chapitre consacré à la culture, les auteurs de Toi et Moi. C?est entendu. Il n?y a rien de neuf dans cette entrée en matière. Mais c?est caractéristique de ces portes ouvertes qu?on a l?impression d?enfoncer continuellement mais qui restent là comme un mirage qui brouille toute lecture critique de la culture. On n?évite pas à Maurice ces routes où les obstacles sont sectaires. Des dos d?ânes pour dresser le peuple sur le mode de l?obéissance et du conformisme.

?La culture est utilisée comme une arme pour se défendre, se protéger ou pour agresser les autres?, poursuivent les auteurs de l?ouvrage. Et l?enchaînement est naturel : la culture à Maurice est ce qui consacre la différence. Parce que, d?un côté, il y a l?acception académique, élitiste voire populaire et de l?autre le capharnaüm idéologique qui prostitue la culture à la sauce ethnique et communautariste. Comment poser la question de la culture mauricienne dans ce contexte ? Est-il seulement possible de le faire ?

Oui, répondront les collaborateurs de Toi et Moi. Ils sont 34 auteurs, dont Jack Bizlall, à avoir contribué à l?ouvrage. Des poncifs émergent le long de la réflexion. Comme cette phrase à l?effet que ?la culture est l?élément qui différencie l?homme de l?animal?. Ou encore ?au centre de notre conscience se trouve ce que nous avons de plus cher : la liberté?. L?illusion de la liberté et de l?intelligence est l?alpha et l?oméga de cette autre supercherie qu?est le pouvoir humain. Cela ne devrait pas pour autant nous empêcher de risquer l?effort de l?intelligibilité. Aventure convenue. Lisibilité contraignante dans un espace où le vécu culturel est en perpétuelle rénovation et définition.

Poursuivons néanmoins l?aventure de la lecture de Toi et Moi. ?Le savoir ou les créations, les découvertes ou les inventions ne doivent jamais subir la loi de l?utilisation exclusive par un peuple, par une classe sociale, par une ethnie ou encore moins par un groupe social se réclamant d?une ethnie dominante. Un tableau de Vincent Van Gogh, par exemple, ne devrait pas être réservé à l?admiration exclusive d?un richissime commerçant ou protégé dans un coffre en banque?. Dans le fond, on ne peut qu?abonder dans le même sens. Dans la pratique, les choses se passent différemment. Dans une société de la connaissance, l?humanisme culturel aurait été un précepte appliqué avec rigueur voire dogmatisme. Mais nous ne sommes pas une société de la connaissance.

La révolution pour changer la société

Nous sommes dans une société de l?avoir, régie par les champions du libéralisme économique, qui l?élan égalitaire et solidaire sont de vaines expressions. Ce qui est naturellement contesté par des politiques qui se réclament de la gauche. Un autre anachronisme, laisseraient échapper des perfides ? Mais heureusement que tous les mots ne sont pas vides de sens. Heureusement que des mots signifient encore quelque chose. L?un de ces mots : la gauche. Et la gauche, que représente le Mouvement Premier Mai, réclame que ?l?espace culturel doit être aussi grand que possible. Avec autant de place que possible pour l?anticonformisme. En société libre, il ne doit point être interdit de protester, de contester, de se révolter et de proposer la révolution comme moyen pour changer la société?.

La révolution. C?est un autre de ces mots qui font peur. Tout comme la culture. La vraie. Celle qui est plurielle par essence. Celle est qui dynamique par définition. Celle qui reste hermétique et statique à Maurice. Les interprétations proposées par le Mouvement Premier Mai ne sont pas forcément celles qui pourraient être collées au plus près à la réalité. Mais c?est une herméneutique gauchisante qui témoigne d?une volonté de lecture autre que celle proposée par la mainstream.

Mais parfois, on sort d?une convention seulement pour mieux entrer dans une autre. C?est plus facile de céder aux extrêmes. Le juste milieu n?a d?ailleurs jamais eu la réputation d?attirer. ?C?est un de nos combats les plus importants que de rendre accessible la culture à tout le monde?, écrivent les auteurs de Toi et Moi. Il est des combats qui sont à la mode. D?autres qui sont nobles. On voudrait bien croire que celui du Mouvement Premier Mai, en matière de culture, relève plutôt de la seconde logique. Mais on ajoutera quand même que le ?toi et moi? ne converge pas forcément vers un ?nous? inconditionnel. C?est cela aussi l?esprit anticonformiste.

?Nous proposons la construction de la culture mauricienne avec en son centre l?universalité culturelle. D?en faire une référence mondiale. De faire pousser des centres culturels, des musées et des universités sur cette construction. Nous avons les moyens de le faire. En sommes-nous capables ? Telle est la question. Si tel est le cas, il n?est pas difficile de l?acquérir?, concluent les auteurs de Toi et Moi à ce chapitre de la culture. C?est une ambition. Une piste. Une réflexion. Entre Toi et moi, il y a un espace d?échange et de confrontation. Rien que pour cela, l?ouvrage du Mouvement Premier Mai mérite consulté. Ce n?est pas souvent qu?on tente l?aventure de la remise en question dans ce pays?

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