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Tipo au centre d?un duel entre l?amour et la cour

3 juin 2005, 00:00

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?Sitan mo lamour for pou sa zanfan la, mo pre pou al dan prizon pou li.? Marianne Alfred, 43 ans, ne veut pas lâcher prise. Elle a recueilli Tipo quand il avait trois mois et l?aime comme son propre fils. Pas question qu?on le lui enlève parce qu?un couple l?a, dit-elle, adopté à son insu. Ainsi, depuis que la Cour suprême a statué, la semaine dernière, que le garçonnet de six ans doit être confié à ses parents adoptifs, Mahmad et Ameenah Aurdally, elle se cache pour le garder près d?elle. Interrogée hier par l?express, elle s?est dit révoltée par le jugement. Tipo, lui, déclare, avec toute l?innocence qui caractérise un enfant de son âge :?mo pou res avek mo mama Marianne.?

Me Hervé Lassémillante, avocat de Marianne, explique qu?il étudie toutes les possibilités juridiques pour qu?elle puisse avoir la garde de Tipo. En attendant, elle se dit déterminée : elle continuera son combat jusqu?à ce que ?justice? lui soit rendue. En signe de soutien, une cinquantaine de personnes, connaissances et voisins habitant les appartements de la NHDC, à Cité-La-Cure, ont entrepris une manifestation pacifique devant la Cour suprême hier matin.

Peur panique

Le dimanche 17 avril, Marianne est chez des proches lorsqu?elle apprend la nouvelle de son époux, Jean : des policiers sont venus voir Tipo, elle doit l?emmener au poste car il doit partir en voyage avec son oncle. Elle n?y comprend rien. ?Kan Tipo ti bizin parti ?? Depuis, c?est l?angoisse, la peur panique de perdre cet enfant qu?elle a élevé avec amour. Cela, depuis que la mère du petit, Jameela, le lui a confié.

Lorsque Marianne prend Tipo sous son aile, ce dernier rejoint sa s?ur Jameela, elle-même confiée au couple Alfred à la naissance. La jeune fille est aujourd?hui âgée de 15 ans. Saheera, leur défunte mère biologique, a ainsi confié quatre enfants à Marianne, une très bonne amie. A l?époque de la naissance de Tipo, ce dernier passait, avec sa mère, le plus clair de son temps chez les Alfred. Son père est alors en prison et Saheera confie la garde de son bébé au couple jusqu?à ce que son mari soit libéré. Mais celui-ci mourut peu de temps après sa sortie de prison.

Un jour que Marianne garde encore Tipo en l?absence de Saheera, elle rencontre une de ses amies. Cette dernière et son époux ne cachent pas leur intérêt pour l?enfant et expriment même le désir de s?en occuper. Ne pouvant, elle, en décider, Marianne leur demande d?en parler à Saheera. Celle-ci n?accède pas à leur demande. ?Si enn zour mo gagn enn lot mo pou donn zot.? C?est ainsi que Jordan, que Saheera met ensuite au monde, leur est confié. L?enfant se prénomme aujourd?hui Irfan.

Entre alors en scène le couple Aurdally, parenté avec les parents adoptifs du petit frère de Tipo. Naïvement, Marianne ne voit aucune objection à ce que Tipo les fréquente, ne devinant nullement qu?ils feraient une demande d?adoption de l?enfant. Le couple apportait des présents au garçonnet et devait même proposer de lui trouver une bonne école. Marianne en arrive même à accepter que Tipo aille passer une journée sous leur toit.

Mais Mahmad et Ameenah Aurdally font entre-temps ce que n?aurait jamais soupçonné Marianne. Ils s?adressent à un juge en chambre qui, à son tour, soumet le dossier au parquet. Une enquête sociale est alors ouverte. Celle-ci révèle que les conditions sont réunies pour l?adoption. Car les Aurdally s?occupent de l?éducation de Tipo depuis 2002. Ils se sont chargés de son admission au ZamZam Islamic Centre, puis à l?école primaire Jean Lebrun. Ils disent le conduire à l?école et le ramener le week-end chez les Alfred, depuis janvier.

L?enquête achevée, le couple procède à la demande d?adoption par pétition. Et le 6 avril, la juge Premila Balgobin prononce l?ordre d?adoption. La Cour suprême émet un ordre à l?état civil. Toutefois, le nom de celle qui se dit la ?vraie maman? de Tipo n?est mentionné nulle part dans la demande d?adoption. Car elle n?est pas sa tutrice légale et n?en a jamais fait la demande. Puisqu?elle n?existe pas légalement dans la vie de Tipo, le parquet, lors de l?enquête sociale, n?a donc pas de raison de l?interroger.

L?une des raisons avancées par le juge Bhushan Domah dans son jugement est qu?une adoption plénière (où tous les liens avec la famille biologique sont coupés) est irrévocable. Il a également répondu aux trois arguments sur lesquels reposait la contestation de Marianne Alfred.

Celle-ci affirme, dans sa plainte rédigée par Me Pazhany Rangasamy, qu?au moins 25 personnes sont prêtes à soutenir qu?elle est bien la Responsible party de l?enfant. ?Je ne peux me baser sur les on-dit selon lesquels l?enfant a été confié à Mme Alfred, alors que la revendication des Aurdally est basée sur des documents à la suite de l?adoption plénière?, explique le juge Domah.

?Vraie maman?

A l?argument de la plaignante concernant le fait que les Aurdally ont produit de faux documents et dissimulé des preuves qui pourraient jouer contre eux, le juge répond qu?il a dû s?assurer que les Alfred et les ? grands-parents ? de Tipo sont venus devant la cour ? with clear hands?. ?Je constate seulement que l?enfant a été privé d?école depuis le début du semestre, et c?est très grave.?

Enfin, bouleversés par cette épreuve, les Alfred n?ont pas eu un comportement réfléchi. Ils ont contourné les ordres de la cour et utilisé toutes sortes de subterfuges et d?astuces pour faire opposition à la justice, ce que le juge n?a particulièrement pas apprécié. Lequel a dû ?exercer son autorité? pour voir Tipo. Et il enfonce le clou : ?Whatever be the merits of their case which only a competent court may be able to determine, the manner in which they have gone about their supposed rights over the child together with their conduct and behaviour indicate to me that the applicants barely have the interest of the child in their main concern? ?

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