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Thulé ?

23 mars 2008, 00:00

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<B>Par Michel BEDU</B>

Peut-être avez-vous entendu cette ballade de Goethe : « Il était un roi de Thulé/ Qui jusqu?au tombeau fut fidèle/ Reçut à la mort de sa Belle/ Une coupe d?or ciselé? » Si l?on ne sait qui fut ce roi, on connaît Thulé, dont l?historien grec Hérodote disait déjà : « C?est une île de glace, située au grand Nord, où vécurent des hommes transparents. » C?est, muni de cette information, et complétée par beaucoup d?autres, qu?un certain Pythéas le Massaliote, (le nom Phénicien de Massalia désignant la ville de Marseille) entreprit, en 330 av. J.C. le fantastique voyage vers cette « Ultima Thulé », à bord d?un vaisseau (la « Pentécontore »), armé de voiles carrées et de cinquante rameurs, afin de tracer une voie maritime directe, destinée à ramener l?étain de Cornouailles et l?ambre précieux de la Baltique? Prodigieuse équipée pour les moyens de l?époque.

Derrière cette raison d?un négoce, apparaît une quête plus fascinante : explorer ce Nord mythique, si obscur pour ces peuples de la Méditerranée et qui engendra tant de légendes. L?attirance excitante de découvrir, peut-être, quelque terre inconnue dont ces Hellènes colonisateurs de la Grèce seraient les premiers conquérants. Et retrouver aussi leurs racines ancestrales : les Achéens, grands blonds aux yeux clairs, descendus du Nord, deux millénaires plus tôt. Ceux que les Grecs appellent Hyperboréens, ces étonnants constructeurs de Mycènes, colossal palais d?Agamemnon qui, aujourd?hui encore surprend les visiteurs contemplant la Porte des Lions?

Thulé serait donc un vestige de cette Hyperborée, évoquée par des navigateurs celtes. L?étain et l?ambre ne sont donc que des raisons de second ordre. Ce que désire vraiment Pythéas, c?est franchir les « colonnes d?Hercule », le détroit de Gibraltar, se lancer vers le large et au bout de l?aventure retrouver le berceau oublié de la civilisation grecque, essentiellement nordique, très éloignée de l?Orient (qu?elle ne découvrira qu?à l?occasion, beaucoup plus tard, des guerres avec les Mèdes et les Perses). Quête de recherche spirituelle, avant d?être une investigation commerciale?

Ce Pythéas apparaît d?ailleurs comme un personnage hors du commun : mathématicien, astronome, géographe et savant, marin bien sûr, il tiendra son Journal de bord, document qui fut malheureusement détruit dans l?incendie, par les chrétiens, de la fameuse bibliothèque d?Alexandrie.

Après deux mois de navigation sans problème important, le navire fait escale au nord de l?Ecosse. Il s?agit, pour l?équipage, de prendre un peu de repos, de renouveler la provision d?eau et les vivres? Et, pour Pythéas d?engager deux ou trois pilotes aguerris, recrutés chez les Pictes. Ils lui ont déjà confirmé qu?il est sur la bonne route qui va vers « le pays où le soleil ne se couche jamais », (selon le dire des Anciens?) On repart donc, ce mois de juin est clément, la mer est belle? Le vaisseau dépasse les Iles Shetland ? dont l?île d?Unst, entre l?Ecosse et la Norvège, que les géographes d?aujourd?hui, sans trop l?affirmer, identifient à Thulé. Les Grecs mettent alors le cap plein Nord-Ouest. Et le temps passe ; mais, en pleine mer, sans autre repère que céleste, le temps traîne? Ils approchent de cette zone où on leur a dit que la nuit ne descend plus : seulement une clarté vague, brouillée, succède au jour éclatant? Climat troublant. La crainte alors s?empare des courageux matelots : reverront-ils jamais les côtes qui bordent cette « mare nostrum » d?où ils viennent, ces collines aux oliviers ? Pythéas les rassure, les galvanise : lui sait où ils vont ; voilà des mois qu?il étudie et prévoit son parcours?

Après une dizaine de jours de navigation, leur vaisseau aborde une terre qu?il nomme l?Islande. « Island », c?est le pays de la glace, à l?est du Groenland , aux sources d?eaux chaudes, aux volcans actifs? Mais Pythéas ne s?y arrête pas. Une rapide escale à Reykjavik, et il repart. D?ailleurs, on n?aime pas l?étranger sur ce sol inhospitalier? Et lui est persuadé que l?île de Thulé se situe plus loin vers le nord. On fait donc sans doute le tour de l?Islande par l?ouest? Et voilà qu?au nord le bateau s?englue dans un mélange d?eau et de glace : il a franchi le cercle arctique ; bientôt, ce ne sera plus que glace et brouillards? Du coup, il ordonne « Cap à l?est, à la recherche de l?ambre », cette résine odorante que les Anciens appréciaient.

Et Thulé ? Selon la thèse de Gaston Broche (qui fit une recherche sérieuse sur Pythéas), Thulé, c?est l?Islande, bien que de multiples localisations furent proposées? Notamment l?Héligoland des Germains.

Mais, avant tout, Thulé c?est un rêve. Qui remonte l?Histoire des Indo-Européens jusqu?à une source probable. Celle des Achéens qui, montés sur leurs chevaux ? le cheval, animal inconnu en Méditerranée - descendent vers le sud dont ils feront la Grèce? Dans l?Islande, Pythéas de Marseille n?a pas reconnu Thulé. L?île fabuleuse était « en lui »?

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