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THIERRY BERTIL l?homme en noir !
A l?inverse de Camille Sudre, vous, vous êtes l?homme en noir ?
Vous savez, on porte quelquefois le deuil des rêves inachevés et des illusions nées de la mesquinerie. Je suis un humaniste et il m?est parfois difficile d?accepter que l?on puisse passer du bien au mal avec tant de facilité. C?est quelque chose qui me choque. Le noir est le symbole du mal. Il est austère, voire même signe d?intolérance? En même temps, il agit comme une carapace qui préserve de ce que l?on sait être mesquin. C?est pourquoi je suis toujours vêtu de noir. Quelquefois, parce que la situation l?exige, je change de costume. Mais là, je joue, je ne suis pas.
C?est en quelque sorte une façon à vous d?afficher votre mal-être ?
Je crois que la désillusion est un drapeau que l?on porte, sans vouloir dire que l?on porte en soi toute la douleur du monde. J?aime la vie et les gens, mais j?accepte difficilement le manque de valeurs. C?est ma façon à moi d?être lucide. La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. Je suis capable de toutes les fantaisies, mais aussi de déprimer profondément. Je suis un enfant qui ne s?est pas encore aperçu à 43 ans qu?il avait vieilli.
Un enfant qui depuis huit mois assure la direction de la Salle Vladimir Canter ? C?est un sacré défi?
Lorsque je suis arrivé en poste, la Salle Canter était un outil jeune, mais avec une réputation d?excellence, établie par mon prédécesseur, Jean-Philippe Clain. Il est en quelque sort le grand frère juste et droit. Il fallait qu?après lui, je puisse assurer, sachant que j?allais forcément subir la comparaison. C?était donc un défi d?excellence à relever, non pas en l?imitant, mais en étant d?abord moi-même.
Vous êtes conscient du fait que la salle est mal médiatisée ?
Aucune signalétique n?y indique l?accès. Pour beaucoup, elle n?existe pas? Il y a des domaines dans lesquels nous ne pouvons pas intervenir. Concernant les signalétiques, c?est une démarche qui relève des prérogatives institutionnelles. Mais nous avons à présent un personnel qui travaille sur un plan de communication comprenant entre autres la création d?un site Internet, d?un logo. La dynamique a été créée. Cette salle a déjà une âme et elle s?inscrit dans le paysage culturel réunionnais. Par an, nous organisons 70 à 80 opérations. Jusqu?au 29 juin, nous avons déjà établi un programme de 47 spectacles.
Dans cette programmation, vous privilégiez des artistes locaux ou étrangers ? Est-il vrai que les cachets de ces derniers sont nettement plus importants ?
Notre budget annuel est de l?ordre de 90 000 euros. Notre programmation comprend 60 % de local, c?est-à-dire Réunion et océan Indien et 30 % d?artistes étrangers. Concernant la question des cachets, c?est tout bêtement le jeu de l?offre et de la demande. Il y a bien sûr la question de l?ancienneté, de la notoriété sur les plans local et extérieur. Pour les artistes étrangers, il y a évidemment des frais d?approche. Sinon, en ce qui concerne les cachets, il y a équité. Je n?ai jamais négocié des cachets à minima. Et puis, ayant moi-même été en tant qu?artiste, de l?autre côté de la barre, comment trahir les membres de ma confrérie ? (NDLR : Thierry Bertil a été acteur, auteur, metteur en scène.)
Quel bilan tirez-vous de ces huit mois passés à la direction de la salle Canter ?
Huit mois, c?est presque le temps d?une gestation ! Je suis satisfait d?avoir pu au mois de septembre, reconquérir un public d?étudiants. Le point noir a été le manque de médiatisation de la salle. Sinon, notre équipe fonctionne bien, même si quelquefois il y a des coups de gueule. Je suis d?avis qu?il faut trois ou quatre ans pour pérenniser un travail. Ensuite, il est nécessaire de passer le flambeau. Pour redynamiser une action et une équipe, il n?importe pas changer de direction, mais de locomotive. En ce sens, je ne suis ici qu?un oiseau de passage.
La Salle Canter a été inaugurée le 9 octobre 2001. Elle rend hommage à Vladimir Canter étudiant très impliqué dans la vie associative et disparu tragiquement à l?aube de l?an 2000. Située dans l?enceinte de l?Université de la Réunion, cette salle dotée de 214 places, est un outil précieux destiné à 10 000 étudiants. Elle compte accroître son influence en touchant un plus large public. Elle est dotée de la technologie multimédia de dernier cri.
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