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Shanya Carcasse

L’art de tordre le fil et les conventions

7 juillet 2026, 20:00

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L’art de tordre le fil et les conventions

Il y a quelque chose d’ancestral dans un arm cuff (bracelet de haut de bras). Les Égyptiens en portaient 2 680 ans avant notre ère. Les reines mayas en faisaient un symbole de rang. Wonder Woman en a fait son arme. Aujourd’hui, à Résidence Malherbes, une jeune femme de 22 ans tord du fil métallique doré autour de pierres nacrées et réinvente à sa façon un bijou vieux comme le monde, avec une touche résolument tropicale et mauricienne.

Shanya Carcasse n’a jamais appris à créer. Elle a simplement découvert qu’elle en était capable. «Je suis une artiste autodidacte. C’est comme si je savais simplement créer sans avoir appris», dit-elle, avec franchise. «Je ne me vante pas, c’est juste que j’ai découvert ce talent et je l’ai exploré.» Ce talent, elle lui a donné un nom il y a trois ans : Atypic Crafts. Un nom choisi avec soin. «Atypic veut dire non conforme, quelque chose de différent de l’ordinaire, mais pas forcément négatif.» Et Crafts, parce que Shanya ne se limite pas aux bijoux : elle peint sur des palettes recyclées, façonne des pièces décoratives en fil métallique. La création, chez elle, déborde de partout.

Sa pièce signature, celle qui arrête les regards dans les markets, celle qu’on photographie, c’est l’arm cuff en wire wrapping. Du fil doré enroulé, torsadé, en spirale autour de cristaux et de pierres, qui épouse le bras du poignet jusqu’au coude. Un bijou maximaliste, à contre-courant de la vague minimaliste qui domine le marché international comme mauricien, avec les micro-tendances old money ou clean girl… Place à l’Island girl, avec l’aide d’Atypic Crafts.

Perfectionniste

Chez Shanya, chaque pièce naît d’une image mentale précise, d’une émotion, ou d’un matériau qui appelle. «Avoir une idée, c’est comme avoir une dose d’adrénaline : un boost pour créer quelque chose qui n’existe pas encore», décrit-elle.

Pour les créations plus complexes, elle pose ses idées sur papier, en croquis. Mais une fois le fil entre ses doigts, c’est là que tout se décide vraiment. Elle est perfectionniste, et elle l’assume. «Parfois je prends du temps avant de commencer car je veux que tout soit parfait : le temps, les matériaux, mon humeur. C’est une synergie.» Il lui est arrivé de défaire entièrement des pièces terminées, de détruire des heures de travail parce que le résultat ne correspondait pas à l’image qu’elle avait en tête. «Je suis perfectionniste et parfois c’est un frein à la création.» Un frein, peut-être, mais aussi ce qui fait la singularité de chaque pièce.

Derrière la créatrice, il y a une jeune femme qui a arrêté ses études après le Higher School Certificate et qui gère tout, seule : les commandes, les livraisons, les réseaux sociaux, le contenu. Un carnet pour s’organiser, la foi comme ancre. «C’est ma foi en Dieu qui me fortifie», confie-t-elle simplement. Et quand le travail déborde, elle s’accorde des pauses, pour éviter le burn out. Créer, pour Shanya, n’est pas seulement un métier. «C’est mon monde lumineux dans lequel je vais quand autour de moi tout s’assombrit. Créer me rend vivante.»

Ce lien viscéral entre elle et ses bijoux, elle l’a ressenti lors de son premier market. «J’avais peur qu’ils rejettent cet art, qui est aussi une partie de moi.» Les gens ont acheté. «Tu as des mains magiques», lui a dit une cliente un jour. «Les petits compliments, ça touche le cœur.»

Se faire une place avec des bijoux maximalistes dans un marché qui préfère le sobre n’a pas été évident. «Je me demandais qui les porterait», admet-elle. Mais elle a tenté sa chance, et le pari a été tenu. Aujourd’hui, Shanya rêve de collaborations avec des marques de vêtements partageant la même démarche singulière, de points de vente multiples, et d’une reconnaissance hors frontières. «Atypic Crafts sera une référence. Elle sera le signe qu’être différente, c’est la mode : qu’il faut oser et sortir de l’ordinaire.» À celles qui hésitent encore à se lancer, elle dit ceci : «Lance-toi, même avec la peur, même avec ce manque de confiance. Si tu ne te challenge pas, tu ne pourras pas aller là où tu souhaites. Personne ne le fera à ta place, fais-le pour toi.»

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