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Tendance courte
<B>Eric Ng Ping Cheun</B>
On a assez entendu parler de pessimisme ici et là. Parmi les analystes économiques et financiers, d?aucuns s?interrogent sur le risque de voir le pessimisme ambiant se transformer en sinistrose paralysante pour le pays. Ainsi, le présent baromètre économique indique une forte remontée de l?optimisme chez les analystes : un analyste sur trois dit être optimiste sur les perspectives de notre économie pour les douze mois à venir.
L?optimisme actuel est peut-être une vue de l?esprit, mais il est entretenu par des raisons valables. Au risque de faire un excès de citations, écoutons cet analyste optimiste : ?In the sugar industry, rationalisation as well as past investment will pave the way for improved efficiency. In the textile sector, higher value added products are now produced compared to 3 to 5 years ago. The survival of the fittest is always a painful process, but the worst is over. Regional diversification will also help.?
Alors que les arrivées touristiques ont connu une hausse de plus de 18 % en janvier 2006 par rapport à janvier 2005, notre analyste estime que ?tourism will be a major booster and will have a positive effect on the informal economy?. Dans le secteur des services financiers, ?onshore business looks more leaner as regulation has kept the cowboys out. Regarding offshore business, the appreciation of the US dollar and the uptrend of Chinese and Indian markets improve the bottom line?.
Finalement, avance notre interlocuteur, ?new sectors are coming into year 2006-07: seafood business and outsourcing business will bring in some growth, albeit marginally, but will help contain some unemployment?.
A une croissance sectorielle qui reste à la marge, on préfère évidemment une croissance qui irrigue toute l?économie. Et c?est là tout le problème de notre croissance touristique. Si nos touristes de haute gamme ne sortent pas des hôtels pour aller dépenser ailleurs dans l?île, si la très grosse part du gâteau ne revient qu?aux trois grands groupes hôteliers, l?effet multiplicateur de la production touristique sera minime. Les mois de décembre et de janvier relevant généralement de la haute saison touristique, il faut espérer que la hausse des arrivées en rythme annuel se maintiendra dans les prochains mois.
Mais cessons d?être obsédés par la demande. Les outils pour la stimuler (dépréciation de la roupie, baisse du taux d?intérêt, accroissement des dépenses publiques) se sont d?ailleurs avérés inopérants. Regardons plutôt du côté de l?offre, c?est-à-dire des solutions microéconomiques qui favorisent l?entreprise, susceptibles de stimuler la production et de créer l?emploi. Lorsque la production réelle sera supérieure à la création monétaire, on aura alors combattu l?inflation. Pour l?instant, l?optimisme de nos analystes s?inscrit dans une tendance courte, soit sur une durée d?un an.
C?est dans une tendance courte que se situe le député Cader Sayed-Hossen quand, sur les plateaux du journal télévisé, il dit voir un recul du chômage depuis les élections générales du 3 juillet. Cela est faux, puisqu?il n?a pas pris en compte les effets de saisonnalité qui influencent le taux de chômage.
Celui-ci, corrigé des variations saisonnières, était de 9,7 % au troisième trimestre de 2005, supérieur au taux de 8,8 % enregistré au premier trimestre de la même année. Le Central Statistics Office estime que le taux de chômage serait de 9,5 % pour toute l?année 2005 contre 8,5 % pour l?année 2004.
C?est à une tendance courte que la Banque de Maurice tente d?habituer les déposants en n?intégrant pas totalement la dernière hausse de 100 points de base du taux Lombard dans les taux longs. Si les bons du Trésor de 91 jours, de 182 jours et de 364 jours suivent parfaitement la courbe de rendement (?yield curve?), en revanche les ?Treasury Notes? de deux ans, de trois ans et de quatre ans sont encore en retard de 50 points de base. La marge de taux d?intérêt entre les ?T-Bills? de 364 jours et les ?T-Notes? de deux ans est de seulement 10 points de base...
C?est encore sur une tendance courte que la Banque centrale essaie de gérer les taux de change tout en s?abstenant de puiser dans ses réserves. Ici, la marge bénéficiaire des banques commerciales s?est rétrécie à 5 sous, voire à 2 sous, sur les transactions de plus de 30 000 dollars. Les banques achètent les devises à un taux libre, mais doivent respecter un taux plafond pour vendre. Ce n?est pas un contrôle de changes, mais cela y ressemble étrangement.
Cette situation agace les cambistes, mais certains admettent que les banques peuvent bien sacrifier leur marge de profit pour aider les autorités à circonscrire l?inflation. Le pays passe avant tout, et il faut voir l?économie dans sa globalité. Comment concilier les intérêts des investisseurs effrayés par l?inflation, ceux des industriels prônant la baisse du taux d?intérêt, et ceux des gestionnaires de fonds de pension préférant une roupie liée au dollar ? C?est là qu?on fait appel à la coopération et au sens de responsabilité des banquiers pour qu?ils jouent le jeu.
Or, jusqu?où peut-on ruser avec les forces du marché ? Pour qu?un changement d?humeur s?opère positivement dans le pays, il convient de bâtir sur du roc. En l?occurrence, il faut gouverner dans la durée en s?inscrivant dans une tendance longue.
<I>(www.pluriconseil.com)</I>
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