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Temps de relativiser

19 juillet 2003, 20:00

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On en parle. On s?en offusque. On est scandalisé. Meurtres, vols, viols, délits économiques. Certains seront tentés de dire que la société mauricienne est malade. Si tel est le cas, les remèdes qu?on lui applique sont classiques. Donc forcément peu efficaces. Mais ce n?est pas seulement à ce niveau que se pose le problème. D?une société agricole aux coutumes et aux valeurs définies, Maurice a rapidement fait la transition vers la société industrielle. Aujourd?hui, elle affiche une volonté de modernité en empruntant la voie de l?économie de marché. Qu?est-ce que cela implique ? Un changement de mode de vie et de mentalités. Cela se traduit toutefois peu dans les faits.

D?un point de vue politique, social et culturel, il y a un désir profond d?ancrage dans des valeurs passées. En d?autres mots, on veut bien d?une économie de marché mais en occultant les déterminismes propres à une société de marché. La contradiction est énorme et elle rend compte de l?hypocrisie et de ces innombrables inhibitions qui caractérisent désormais les attitudes.

Le moralisme primaire nous conforte dans nos convictions anciennes. On s?arc-boute à ces croyances qui veulent que la morale suffise comme contre-feu. Or la société mauricienne a évolué dans ses structures. L?ouverture au monde se vit désormais comme un fait simple. Tout nous pousse à développer des modes de vie occidentalisés et l?économie de marché a fait le reste en créant un lumpenproletariat fortement marqué par la frustration et une insatisfaction généralisée.

Les sociétés modernes ont des choix souvent difficiles à faire. Il est temps pourtant d?explorer certaines pistes de réflexion. On ne peut plus, dans la conjoncture actuelle se voiler la face. Idéalement, on voudrait tous d?une société sans pornographie, sans prostitution, sans sex shops, sans marijuana. En déclarant illégales toutes ces choses, nous poussons dans la clandestinité bon nombre de personnes qui expriment leurs frustrations autrement. Pire, elles commettent des délits plus lourds de conséquences.

Il ne s?agit pas de plaider pour la légalisation de la consommation de cannabis ou de la prostitution. Mais refuser toute réflexion équivaut à dire qu?on ne fait pas suffisamment confiance au Mauricien. Ce n?est certes pas en ouvrant des sex shops qu?on diminuera les viols, mais il faut se demander si les mutations économiques n?entraînent pas de facto des réflexes et comportements nouveaux. La pudibonderie est devenue ridicule autant que l?est cet entêtement à croire que seule la répression pourra être efficace.

Il n?y a pas d?exutoire ni d?échappatoire aux multiples frustrations que connaissent certains citoyens. Jusqu?ici on les traite comme des parias, sans essayer de comprendre ce qui les pousse à des attitudes extrêmes. Cet effort, il est temps de le faire. De même il faut se demander s?il ne faut pas parfois des moindres maux pour combattre des grands maux.

Tout débat en ce sens doit prioritairement être alimenté par ceux qui travaillent sur le terrain et qui s?opposent, par exemple, à une éventuelle légalisation de la consommation du cannabis. Ce n?est qu?à cette condition qu?on pourra enclencher une réflexion saine. C?est parmi ceux qui se montrent les plus conservateurs et moralistes que doit venir le premier geste. Les gardiens de la morale collective et ceux des temples ont également une obligation à s?investir et à se découvrir dans ce débat.

L?île Maurice puritaine ne peut continuellement se cacher derrière des valeurs abstraites pour affronter les maux générés par une société moderne. Lire et analyser les problèmes et fléaux sociaux doivent désormais se faire à partir de nouvelles grilles. L?île Maurice actuelle n?est pas plus malade que celle d?hier. Mais il faut comprendre qu?elle pourrait avoir besoin de nouveaux remèdes.

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