Publicité
Te souviens-tu de Jack Jones ?
Te souviens-tu de Jack Jones ? Non ! ce n?est pas grave. Ton entourage te rafraîchira sans problème la mémoire pour peu qu?il se prétend féru de politique et de syndicalisme, qu?il se situe proche des masses prolétariennes et adversaire irréductible des milieux patronaux, capitalistes, petits et grands bourgeois.
Voici d?autres indices si l?entourage se révèle par trop amnésique : Jack Jones est un éminent syndicaliste anglais. Il inaugure, le 29 février 1980, à l?Université, une série de causeries ayant trait aux relations industrielles. Le gouvernement travailliste de Ramgoolam, père, jure ses grands dieux que la tournée de ce syndicaliste n?a rien à voir avec les efforts tentés désespérément par Ringadoo pour imposer le principe d?un gel des salaires, exigé par le FMI, aux syndicats locaux et à l?opposition MMM (même au prix d?une offre alléchante de gouvernement de coalition). L?opinion publique résiste à un hameçon aussi grossier.
Elle éprouve de la peine à suivre Jack Jones quand il prétend que le mouvement syndical peut être considéré comme un partenaire social valable. Ce dernier ne serait pas seulement revendicatif mais aurait aussi contribué à l?élaboration de lois bénéfiques à la nation anglaise sinon aux plus petits. Il affirme que le « contrat social « veut trouver des solutions à la crise économique britannique des années 1970, crise exacerbée par l?inflation domestique, par la récession mondiale, par le retard technologique.
Aneurin Bevan résume ainsi cet objectif politico-syndical : ?Comment faire comprendre à l?homme de la rue que cela vaut la peine de sacrifier son niveau de vie afin de permettre le renouvellement des biens d?équipement d?un pays donné ??
La réponse à cette question est pourtant d?une simplicité enfantine : il suffit que l?exemple patriotique vienne d?en haut et qu?il soit suffisamment sincère et authentique pour convaincre efficacement et en cascade la masse. L?on soutient, par exemple, que la pilule licenciements-en-masse paraît moins amère quand l?état-major industriel concerné met en vente spontanément sa flotte automobile des limousines de fonction afin que la recette ainsi obtenue gonfle d?autant le fonds de bien-être mis en place pour subvenir aux besoins futurs des licenciés et les aider à mettre sur pied des micro-projets industriels ou artisanaux.
Faut croire que cela n?a pas été fait en Grande Bretagne car, en 1972, le sous-investissement dans l?industrie est à la base de la crise économique. Déjà pas moyen de faire face à la concurrence allemande et japonaise. (Et qu?est celle-ci par rapport à celle originaire aujourd?hui de Chine ou de l?Inde ?) Les citoyens anglais ont de la peine à comprendre la hausse générale et continue des prix, la fermeture des usines les unes après les autres, l?absence de perspective, les nuages de plus en plus sombres qui s?accumulent à l?horizon, la baisse du volume des exportations en raison du sous-investissement, etc.
C?est alors que le T.U.C. britannique propose un programme socio-économique visant à redresser une situation paraissant désespérée. Il se nomme Economic Policy and Cost of Living, fruit d?un travail commun T.U.C./PTr anglais. Il recommande principalement 1) une augmentation des prestations sociales en faveur des économiquement faibles, les vieux, les mères de famille ; 2) un contrôle des prix alimentaires avec, au besoin, subvention des prix du lait, de la viande, du beurre, du pain ; 3) gel des loyers, plein pouvoir gouvernemental sur les terres communales pour contenir la spéculation foncière, contrôle des prix des services sociaux et publics ; 4) création d?un National Enterprise Board pour relancer l?économie, encourager les investissements, assister les entreprises en difficulté, contrôler l?exode des capitaux, réviser les incitations à l?investissement, préconiser des mesures protectionnistes pour protéger des secteurs-clé dont l?automobile anglaise ; 5) combattre le chômage, subventionner les entreprises maintenant une main d??uvre surnuméraire, élargir les facilités de formation ; 6) mise en place d?un vaste système d?arbitrage, de conciliation, de médiation permettant de résoudre rapidement les conflits industriels.
L?arrivée des Travaillistes au pouvoir, après M. Heath, permet de donner force de loi à bon nombre de ces propositions syndico-politiques. La nationalisation des industries fut étendue et la planification générale améliorée. Un million d?emplois sont ainsi sauvés en dépit d?un chômage aigu.
Les syndicats acceptent de limiter leurs revendications salariales, non pas au taux d?inflation annuel mais à la hausse du coût de la vie. Le contrat social est accepté par douze millions de travailleurs. Il ne dure toutefois que ce que durent les roses, l?espace d?un temps de grâce précédant la première mésentente grave. Et tout est à recommencer.
Publicité
Publicité
Les plus récents