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Sylvie : 14 ans, handicapée et enceinte

19 juillet 2003, 20:00

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Il y a des images qui vous obsèdent, qui viennent hanter vos rêves et vous donnent mauvaise conscience. Il y a Sylvie. Cette adolescente d?à peine quatorze ans, handicapée mentale, à qui on a volé sa jeunesse. Dans un recoin oublié de l?île, seul le bruissement des feuilles vient rompre le lourd silence. Soudain, une silhouette s?échappe d?une petite baraque en tôle. Une bouille d?enfant, un je ne sais quoi d?angélique retient votre attention, mais vos yeux sont vite attirés par son ventre rond. Sylvie est enceinte à quatorze ans ! Quand on sait qu?en plus, elle souffre d?un handicap mental, on se dit que quelque chose ne tourne pas rond.

Sa mère ne veut rien laisser paraître. Elle demande à Sylvie de rentrer. Elle veut contrôler ses sentiments, mais on sent qu?une vague de culpabilité la submerge parfois. Comme égarée dans sa propre histoire, elle dit avec dureté : « Mo ena douze enfants, mone gagne sakène avec douze zommes différents. Mo enne mama lisien, moi. Mo pas sagrin, mo trouve mo tifi coumsa. » Le père de Sylvie nous expliquera plus tard le comportement de sa femme « Les gens la tiennent pour responsable. Zot cose bonavini are li parce qui on dirait line pane conne veille Sylvie. »

Mais comment l?adolescente en est-elle arrivée là ?

« Line alle ène mariage et c?est là-bas ki ça fine passé. Nous pas pou conné zamé ki sanne la finne fer li ça parce ki li pas cozé. Li pas comprend nanrien, so la tet pas bon. Meme so règle li pas ti comprend quand li gagné? Ou croire ene grand tifi coumsa, so mama bizin veille li dans la caze, pas capave alle travaille, get aster là kine arrivé », soupire le père, qui ne paraît éprouver aucune colère contre l?individu qui a eu des relations sexuelles avec sa fille. Il ne semble pas avoir très envie de tirer cette situation au clair. On sent qu?il redoute quelque chose. En attendant, les spéculations sur le géniteur vont bon train. Saura-t-on un jour qui a osé voler la jeunesse de Sylvie ? On dirait que personne n?ose débarquer dans cette famille pour tenter de percer le mystère et apporter à Sylvie un soutien psychologique. Il faut que ce soit la famille qui en présente officiellement la demande.

Pendant que son père fait montre de fatalisme, des éclats de rire frais et spontanés se font entendre. Sylvie et sa petite cousine jouent à s?envoyer un sachet en plastique. Dans cinq mois, elle va accoucher. Visiblement, pas une once d?angoisse ou même d?inquiétude ne l?habite. Cette petite fille du silence ne se rend pas compte de ce qui lui arrive.

- L?éducation sexuelle est nécessaire

Est-ce finalement un drame que d?avoir quatorze ans, de souffrir d?un handicap mental et d?attendre un enfant ?

« Absolument. Vivre l?expérience de la maternité à cet âge est prématuré. Le corps n?est pas encore bien développé, la vie affective non plus. L?avenir de la mère et de l?enfant est souvent hypothéqué », estime Monique Dinan, du Mouvement d?aide à la maternité. « Une fois que l?enfant est là, il appartient à la famille, à la société d?encadrer la future maman. Avec de l?aide, elle a plus de chances de s?adapter à son nouveau rythme de vie », ajoute-t-elle, fidèle à ses convictions.

Veenoo Basant Rai, Medical Director du ministère de la Sécurité sociale, met aussi l?accent sur l?encadrement familial, surtout lorsqu?il s?agit d?une jeune handicapée.

Elle rappelle qu?il y a toujours plus de risques médicaux quand on accouche à cet âge. L?accouchement prématuré est alors plus fréquent.

« Il faut consulter régulièrement son médecin pendant la grossesse. Un suivi psychologique est aussi nécessaire pour aider la mère et la famille à mieux vivre la situation », explique-t-elle.

Comment les handicapés mentaux vivent-ils leur sexualité ? Si l?on s?en tient aux explications de Veenoo Basant Rai, il y a plusieurs niveaux de handicap mental. Une, deux ou trois des facultés suivantes peuvent être altérées : la capacité de penser, celle de juger et enfin de conserver le souvenir de ce qui se passe.

« Quand une personne souffre d?un handicap mental, ça ne veut pas dire qu?elle a un handicap fonctionnel. Son corps se développe comme celui des autres. Elle a un instinct, elle a aussi le droit à une vie sexuelle », poursuit-elle. Elle affirme néanmoins que ces personnes peuvent manquer de jugement et ne sont donc pas à même d?évaluer la portée de leurs actes.

Dans le cas de Sylvie, même s?il est regrettable qu?elle soit mère aussi jeune, la Medical Director pense qu?avec de l?aide, elle pourrait s?occuper de son enfant et apprendre à assumer des responsabilités « en fonction de la sévérité de son handicap », insiste-t-elle.

La prévention reste tout de même le mot clé. « L?éducation sexuelle est nécessaire. Parfois, quand les parents refusent de parler de la grossesse de leur enfant handicapée, c?est parce qu?eux-mêmes sont dépassés par les événements. Souvent, ils ne pensent pas que de telles choses peuvent arriver. »

Par l?éducation, il est possible de faire savoir que les handicapés peuvent aussi mener une vie sexuelle, qu?ils peuvent utiliser les moyens de contraception existants et prévenir les grossesses.

Du côté des autorités

Interrogés sur le cas de Sylvie, le ministère de la Sécurité sociale et la Child Development Unit (CDU) disent collaborer pour tirer cette affaire au clair. Selon Reshad Hossanee, Permanent Secretary de la Sécurité sociale, il y a eu plusieurs visites sur les lieux.

Sylvie a même bénéficié de facilités de transport pour voir des psychologues à la CDU. Il semblerait que les parents ne veuillent pas aider les fonctionnaires à savoir comment Sophie est tombée enceinte. En attendant, la CDU reçoit des appels anonymes qui accusent le père d?abuser de sa femme et de sa fille. Jayseeree Bhunjun, responsable de la CDU, ajoute qu?au besoin, on l?enverra dans un couvent qui accueille les filles-mères. Mais la priorité est de ne pas traumatiser Sylvie.

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