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Suresh Moorba porte-parole du cabinet
Il y a 25 ans et même avant, l?express de Philippe Forget savait exploiter au maximum les informations provenant indirectement du Conseil des ministres. Ses journalistes n?avaient pas leurs pareils pour tirer les vers du nez des hauts fonctionnaires concernés par la préparation des mémorandums figurant à l?ordre du jour de cette instance décisionnaire. Ayant concocté ces documents officiels, ils sont aux premières loges pour savoir s?ils ont été unanimement approuvés ou rejetés. En cas d?avis divergents sur un projet quelconque, il suffit d?interroger une tendance sur les états d?âme régissant les réactions adverses et vice-versa pour pouvoir reconstituer avec plus ou moins d?exactitude la chronologie des débats. Sir Seewoosagur Ramgoolam et les autres ministres fulminaient, chaque week-end, de retrouver, dans l?express, l?essentiel de débats censés être soumis aux exigences du Secrets Act. Les journalistes précités brouillaient si bien les pistes et autres sources d?information que le Premier ministre ne parvenait pas à dépister à coup sûr LA taupe au sein de son Conseil des ministres. Ces journalistes excellaient dans l?art de tourner le dos en public à leurs précieux informateurs pour mieux faire porter les soupçons de fuites organisées sur d?innocentes personnalités, exposées à leurs assauts soudains de politesse et de reconnaissances empressées.
Des rédactions et des réactions envieuses d?une telle science de l?infiltration devaient sans le savoir voler au secours de Seewoosagur Ramgoolam. Elles se plaignirent officiellement de ce que l?express savait et rapportait et de ce dont elles étaient privées. Le Premier ministre donne alors l?impression de comprendre qu?il tient là la possibilité de couper l?herbe sous les pieds des journalistes de la rue Brown-Séquard. Il décide d?exploiter à fond le ?goodwill? de son nouveau ministre de l?Information, Suresh Moorba, en le désignant comme le porte-parole attitré du Conseil des ministres. Désormais, les différentes rédactions sont dûment convoquées à assister à la conférence de presse du porte-parole du Cabinet, à la fin de chaque réunion hebdomadaire. L?objectif officiel est de mettre en place une meilleure canalisation de l?information, de donner un ?new-look? au ministère du même nom, d?inaugurer une nouvelle formule de dialogue avec la presse, de permettre aux journalistes de vérifier leurs informations (en présence notamment de leurs confrères et consoeurs) et d?autres bêtises du même acabit.
N?anticipons pas sur le folklore à venir des futurs points de presse animés par Suresh Moorba, que les journalistes précités se firent un point d?honneur de boycotter, fidèles en cela à la philosophie de Marcel Cabon qui prêchait, dans les années 1960, que la conférence de presse est la ?soupe populaire du journaliste? et que ?point de presse? signifie ce que cela veut dire, autrement dit classe de dictée peut-être mais certainement ?point de presse?. Ceux de Suresh Moorba furent, par la suite, peu glorieusement remplacés par des communiqués de presse, rédigés dans un style si peu journalistique que même les rédactions les plus médiocres se refusent aujourd?hui de les reproduire dans leurs colonnes, connues pourtant pour leur hospitalité coutumière. L?adage médiatique se confirme donc : pour tuer ou décrédibiliser l?information, il suffit de la rendre officielle.
L?actualité d?aujourd?hui s?intéresse, comme il y a 25 ans, aux élections législatives au Zimbabwe, à la différence près que celles de 1980 sont les premières de l?ère post-Ian Smith et qu?elles sont plus crédibles que celles des jours à venir. L?archevêque anglican de Maurice Trevor Huddleston, célébrissime avocat de la libération africaine, se réjouit de la victoire initiale de Robert Mugabe et estime que son ampleur écrasante est « un facteur de stabilité «. L?évêque de Maurice s?est déjà fait taper sur les doigts, à plusieurs reprises, par les lobbies pro-apartheid sud-africain à Maurice. Ils ne digèrent pas ses sympathies pour le socialisme, pour Nelson Mandela, alors emprisonné à Robben Island, et pour Julius Nyerere. Huddleston quitte la Rhodésie de Ian Smith en 1956. Il travaille à Soweto jusqu?en 1968. De là, il se rend en Tanzanie jusqu?en 1975. En Rhodésie, le long de la frontière mozambicaine, il a souvent rencontré Mugabe et son compagnon d?armes Chitebo, le premier Africain à devenir avocat en Rhodésie. Il reproche aux Blancs d?Afrique d?avoir érigé autour d?eux un Etat policier et de ne plus pouvoir dialoguer de ce fait avec leurs compatriotes noirs. D?où peur, méfiance mais surtout incompréhension devenant facilement une haine aveugle, un point de non retour. On apprend toujours beaucoup de choses utiles des erreurs des autres.
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