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Surdoués des enfants à reconnaître et à aider
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Surdoués des enfants à reconnaître et à aider
Votre enfant construit-il ses phrases avant ses deux ans ? Apprend-il à lire plus tôt que prévu ? A-t-il appris à lacer ses chaussures ou à se brosser les dents tout seul ? Résout-il des casse-tête mathématiques en quelques secondes ? Pose-t-il des questions métaphysiques sur la vie et la mort ? Si c?est le cas, vous êtes-vous déjà interrogé sur les raisons de cette avance dans son développement ?
La réponse ne tient peut-être qu?à un mot : précocité. Enfant « surdoué », « intellectuellement précoce » ou à « haut potentiel » : les termes abondent dans le jargon psychologique. Que signifient-ils ? En fait, un enfant est dit précoce lorsque son quotient intellectuel (QI) ? la représentation de son intelligence sur une échelle de 160 ? est supérieur à la norme des enfants de son âge. Par exemple, un enfant présentant un QI de 125 à 140 au lieu de 100 ? considérée comme la moyenne ? peut être diagnostiqué comme étant surdoué. Des tests d?évaluation sont effectués par des psychologues et leurs résultats interprétés pour affirmer ou infirmer la précocité.
Le diagnostic de la précocité est souvent fait trop tard
En France, un rapport consacré à la précocité intellectuelle en 2002, révèle que 2,3 % de la population scolaire est considérée comme surdouée. D?après le livre de Sandrine Gerin, Et s?il était surdoué ? disponible chez Bookcourt ? il y aurait en France 750 000 surdoués. Les statistiques sont difficiles à avancer dans la mesure où les tests d?évaluation ne sont pas obligatoires. D?autant plus que peu de parents savent comment reconnaître leur haut niveau intellectuel et les examens pouvant le diagnostiquer. Par conséquent, le diagnostic de la précocité est souvent fait trop tard, à l?adolescence ou à l?âge adulte.
Maurice n?échappe pas à la règle. D?où la nécessité de créer une association pour sensibiliser et mieux informer les parents. « Si on a un doute sur la précocité de son enfant, comment savoir où se rendre, qui ou encore comment faire le diagnostic ? Il n?y a pas de structures pour orienter les parents. Le souhait de l?association est d?être un lieu d?information et de rencontre pour les parents d?enfants surdoués, mais aussi d?accueillir les enfants surdoués et d?organiser des activités particulières pour eux. Par exemple, les enfants surdoués aiment beaucoup les jeux de concentration, alors pourquoi ne pas organiser des tournois d?échecs ? », explique Marie Renié, une porte-parole de l?Association des parents d?enfants intellectuellement précoces de Maurice (Apeip).
À l?initiative de l?association, Arielle Adda, une psychologue qui se consacre spécifiquement aux enfants précoces, donnera une série de conférences la semaine prochaine pour sensibiliser les Mauriciens aux problèmes auxquels sont confrontés les enfants surdoués et leurs parents. En effet, malgré leur potentiel intellectuel, leur grande capacité d?apprentissage, leur niveau de concentration, leur vocabulaire riche, leur syntaxe élaborée et leur volonté d?apprendre, on est loin de se douter des troubles qui les affectent.
Paradoxalement, deux tiers d?entre eux sont en échec scolaire, d?autres souffrent d?un décalage entre l?affect et l?intellect ou peuvent manifester des troubles émotionnels.
« Beaucoup d?enfants surdoués montrent une véritable soif d?apprentissage et essaient de réunir le maximum d?informations. Mais ils peuvent craquer, car ils ne peuvent plus gérer ce trop plein d?informations. L?enfant sait comment résoudre un problème, mais il n?acquiert aucune méthode de travail. C?est comme s?il possédait un bel outil, mais ne savait pas comment s?en servir », ajoute Marie Renié.
Quelles sont les autres complications ? A priori, ce sont surtout des difficultés en milieu scolaire. « L?enfant précoce est souvent déçu par l?école, car elle ne répond pas à ses attentes. Il est en avance contrairement à ses camarades de classe, et il peut sentir qu?il n?est pas à sa place. Il se montre alors turbulent ou apathique. Le désintéressement pour l?école peut conduire à une sortie du système scolaire », affirme Poonam Saddul, conseillère en psychologie. Elle soutient que cette éviction de l?école devient alors une porte ouverte à la marginalisation, à la délinquance, la toxicomanie et les tendances suicidaires.
Ces enfants peuvent aussi avoir des difficultés d?écriture ? dysgraphie ? et de lecture ? dyslexie. L?enfant précoce a aussi beaucoup de mal à accepter l?échec et se montre hypersensible, voire agressif. Vis-à-vis des autres enfants de son âge ou alors des plus grands s?il intègre une classe supérieure, il peut se sentir dévalorisé et perdre le goût pour ce qu?il fait, ainsi que son estime de soi. Des troubles psychosomatiques comme l?asthme, des douleurs abdominales,
l?eczéma, des migraines, et des troubles du sommeil peuvent aussi survenir. Pourquoi ? « Cela peut paraître étrange, mais cela s?explique par le fait que le développement émotionnel ne suit pas le même rythme que le développement intellectuel », explique-t-elle.
Une bonne communication : enfant-enseignant est importante
Comment donc gérer tous ces problèmes qui affectent le surdoué ? Plus on découvre tôt sa précocité, mieux on peut entretenir une relation équilibrée, harmonieuse et de confiance. Il faut gérer cette précocité pour prévenir d?éventuels problèmes. Quel que soit l?âge où on la découvre, il convient d?en parler avec lui. Favorisez une bonne communication avec l?enfant et son enseignant, pour savoir comment il se comporte en classe, comment ses amis le traitent, comment il apprend ses leçons ou effectue ses devoirs.
Les trois premières années de l?enfant étant cruciales pour son développement, il faut créer un environnement sain pour le stimuler. S?il veut apprendre, aidez-le. S?il veut jouer, encouragez-le. Un enfant précoce craint une chose : l?ennui. Il ne faut pas l?empêcher de découvrir des choses, des mots, et la science. Ils apprécient particulièrement la compagnie des adultes. On peut l?aider dans ses choix de lecture, à accéder à l?informatique, à visiter des musées et autres lieux historiques.
À la maternelle, l??il averti de l?institutrice peut contribuer à alerter les parents. Les enseignants ne doivent pas rejeter l?enfant, mais se laisser guider par son aptitude, dans son comportement social et scolaire. En même temps, le décalage entre sa maturité intellectuelle et psychologique peut envenimer ses relations avec les autres enfants de son âge. Il faut donc l?aider à s?intégrer et ne pas hésiter à consulter un psychologue, si cela est nécessaire. Dur, dur d?être un surdoué !
Les tests
Selon Poonam Saddul, il existe plusieurs types de tests psychométriques classiques permettant de diagnostiquer la précocité. On peut d?abord utiliser le test français d?Albert Binet datant de 1804, qui est adapté aux enfants de deux à douze ans. Cet examen vise à mesurer la capacité intellectuelle globale ? le QI et l?état du développement mental. Il y a aussi d?autres types de tests comme le Wechsler, qui se base sur les mêmes principes ou le Wisc. Lors du test, l?enfant est soumis à un questionnaire qui permet d?identifier ses connaissances verbales, son raisonnement et sa logique, sa conception de l?espace et sa faculté de créer, avec par exemple, des puzzles. Seuls des psychologues peuvent effectuer ces diagnostics.
Une semaine de sensibilisation
En visite à Maurice du 7 au 14 mars, Arielle Adda, psychologue depuis trente ans, auteur de plusieurs livres dont Le livre de l?enfant surdoué et L?enfant doué ? l?intelligence réconciliée, animera une conférence publique le 9 mars.
Celle-ci aura lieu au Lecture Theatre II à l?université de Maurice de 17 h 30 à 19 h 30.
Lors de son intervention, elle s?adressera aux parents ainsi qu?aux enfants surdoués et aux éducateurs. Le 10 mars, elle rencontrera une quinzaine de psychologues et travaillera avec les enseignants qui exercent dans des établissements scolaires à programme français, ainsi que dans les instituts mauriciens.
Précocité : un parent témoigne
« Je me doutais un peu que mon fils était surdoué depuis longtemps, car il avait appris des choses très vite, comme pour monter à vélo. Il avait un an d?avance dans son développement », raconte la mère d?un garçon surdoué de 8 ans. Mais derrière cette précocité, se cache une sensibilité à fleur de peau. Il a du mal à gérer ses émotions. Les problèmes ont débuté lorsqu?il a commencé à s?ennuyer à l?école. « Mon enfant était le premier de la classe. Il s?est attiré la jalousie des autres. Pour gérer cette différence, c?était très dur.
Il était presque dans un état dépressif. » Elle a rencontré la psychologue Arielle Adda, qui a pu l?encadrer à temps, pour lui éviter l?échec scolaire.
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