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SuperGrave
«Le gorille, sortant de sa cage, dit : ?C?est aujourd?hui que je le perds !?
Il parlait de son pucelage, vous l?avez deviné, j?espère?» Les «comédies d?adolescents» tournent généralement autour de la perte du pucelage et, si les personnages font dans cette affaire, preuve d?un peu plus de discernement que le fameux gorille de Brassens, ils y emploient aussi le même acharnement voire la même frénésie. SuperGrave, comédie réalisée par Greg Mottola, est un film sur ce genre de frénésie et dont le ton «frôle souvent le bon goût sans jamais avoir la faiblesse d?y tomber», comme on dit. Ses deux scénaristes, Seth Rogen et Evan Goldberg, ne reculent devant aucune crudité de langage, n?hésitant pas à appeler un chat (ou plutôt son pendant féminin) un chat. Mais, il s?agit d?une grossièreté qu?ils parviennent à justifier. Elle intervient dans les dialogues à des moments où les personnages expriment des envies ou des pulsions qu?ils ne maîtrisent pas encore tout à fait à leur âge ; d?où une profonde insatisfaction et même une certaine peur panique. Il y a certainement quelque chose de très humain dans ces échanges. En ce sens, les dialogues dans SuperGrave, partent du c?ur et s?adressent au c?ur? sans pour autant laisser de côté les autres organes, notamment ceux concernés par la reproduction. Les deux personnages principaux ont quelque chose de très universel et on devinera que ce n?est pas pour rien qu?ils s?appellent Seth / Jonah Hill et Evan / Michael Cera, comme les scénaristes. Certains épisodes ont tout l?air d?être autobiographiques, comme cette obsession de Seth autour des zigounettes durant sa petite enfance et la catastrophe qui en résulte, le marquant à tout jamais.
La fiction, même la plus délirante, a généralement tendance à s?inspirer du vécu, plutôt que l?inverse. Tout un chacun, en regardant ce film, se dira être passé par ce «genre d?envie» ou «cet état d?esprit», même sans avoir vécu ce genre d?aventure. La quête de trois adolescents pour de l?alcool dans un pays où la vente d?alcool est interdite aux moins de 21 ans, peut virer au cauchemar. Ici, l?aventure n?est pas sans rappeler After Hours (Martin Scorcese, 1984), avec certains passages sortis tout droit de chez Tarentino. C?est, hélas, la partie la moins réussie du film, cinématographiquement parlant. Le récit perd de sa légèreté à cause de certains passages à vide dus aux limites du réalisateur.
Les scénaristes sauvent, heureusement, la mise, ayant introduit au début un troisième larron répondant au nom de Fogell. Ce dernier, interprété par l?étonnant Christopher Mintz-Plasse (acteur novice qui est toujours lycéen), est la représentation même du lycéen si ringard qu?on se dit qu?il n?aura d?autre choix dans la vie que d?aller fonder une société comme Microsoft. L?excellente idée (celle des scénaristes) de sa fausse carte d?identité au nom de McLovin donne lieu à certaines situations tordantes qui finissent par justifier sa prise en main par deux jeunes policiers enthousiastes et bien intentionnés, mais complètement déjantés. L?un des deux est d?ailleurs interprété par Seth Rogen.
On regrettera que les jeunes femmes pour lesquelles ces jeunes gens endurent de tels tourments n?aient pas un rôle plus actif dans cette histoire. Cela d?autant plus qu?elles sont plus intéressantes qu?ailleurs. Malgré ses défauts, SuperGrave reste une comédie qu?on peut placer bien au-dessus des produits habituels du genre. Et ce, à cause de son écriture par deux auteurs qui ont un vrai sens de la narration, des personnages et des dialogues, sans parler de l?humour. Les scénaristes semblent également avoir une solide culture de cinéma, à en juger par leurs dessins du générique de fin.
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