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Super-héros de télé ou « super-vilains » ?

17 février 2008, 00:00

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Super-héros de télé ou « super-vilains » ?

Ils sont là, les yeux rivés sur l?écran. Essayez donc un peu de les sortir de cet univers ! Pas facile, car plus rien n?existe alors pour les enfants, sauf l?écran cathodique. Le bain, les devoirs, le dîner? rien à faire. On dirait presque qu?ils avalent la télé.

Les parents connaissent bien ce phénomène : des gosses scotchés aux dessins animés et autres films. « Ils sont comme hypnotisés par leurs héros et sont surtout attirés par leurs combats, leurs super pouvoirs. Les histoires de gentils ne les intéressent pas », expli-que Geneviève, une mère. Et cela suscite des doutes chez les parents et les autres observateurs. « Les parents ne réalisent pas que toutes ces images, encore plus celles qui sont violentes, auront une répercussion sur la personnalité de leurs enfants à long terme », avance Homa Mungapen, qui est enseignante. Va-t-on donc droit dans le mur avec la con-sommation de ces héros tout-puissants ? Devrait-on empêcher nos enfants de regarder Spiderman, de peur qu?ils n?imitent ses acrobaties, et ne plus leur offrir les produits dérivés de leur héros ?

Voilà donc l?homme araignée et compagnie qui se retrouvent au banc des accusés. Surtout depuis le cas de cet enfant qui s?est pendu avec un horni alors qu?il se prenait pour Spiderman. Les chefs d?accusation sont nombreux. On reproche à ces personnages de désensibiliser les enfants et de les habituer à la violence, au point de les amener à reproduire des scènes parfois violentes, et ce, de sang-froid.

On les accuse de donner une vision fausse du monde, ce qu?un théoricien appelle par exemple le « syndrome du monde méchant », c?est-à-dire que pour avoir sa place dans ce monde, il faut être méchant. On dit qu?ils rendent les enfants hyperactifs. Bref, ces héros de télé seraient de véritables trouble-fête.

Mais ils ont aussi des circonstances atténuantes. Un enfant a besoin de la fusion du réel et de l?imaginaire. La télé, d?une certai-ne manière, expose les enfants à la vie. Un Senior Lecturer à l?université de Strathclyde a fait ressortir que « les parents qui prennent la peine de sélectionner pour leurs enfants des émissions de télé qui stimulent leur imagination, et qui les regardent avec eux et leur parlent du contenu, font en fait un énorme travail éducatif avec leurs enfants ».

Il avance que les parents doivent encourager leurs petits à établir des liens entre ce qu?ils voient à l?écran et leurs jeux, afin que cela stimule leur créativité, leur capacité de prise de décision, ce qui les prépare, à l?avenir, à résoudre des conflits. Finale-ment, tout est une question d?accompagnement. On ne peut pas bannir des écrans les personnages, les duels et autres affrontements. On peut essayer toutefois de leur donner une dimension éducative.

PETITS ET GRANDS EN PARLENT

● « Moi j?aime regarder Yu-Gi-Oh ! et Code Lyoko. Ils sont cool, j?aime bien les aventures. Après, j?aime le catch, les films d?action et les Komiko », raconte Thierry, 10 ans. Sa mère, Monique, constate que Thierry aime les ticomic violents. « Entre copains, il n?a pas la notion du danger. Les dessins animés sont parfois d?une telle violence, mais c?est ce qu?il réclame. On est loin de Tom Sawyer, ou de Clémentine », confie Monique.

● Manisha, 11 ans : « J?adore Loulou (vu à la MBC) parce qu?elle est orpheline et qu?elle est jolie. Oui-oui, aussi il est gentil. Je regarde aussi Code Lyoko, c?est un peu comme Les fantastiques, et puis Détective Conan (sur Antenne Réunion) ». Pour sa mère, c?est un soulagement que Manisha aime de tels dessins animés. « Je préfère qu?elle regarde Disney Channel. Heureusement qu?elle en est encore à jouer à la poupée? mais je suppose que ça va changer l?année prochaine, puisqu?elle sera en Form I. »

● « Je suis un dragon de feu ! Grrrrr ! », lâche Ally 4 ans. Sa mère, Faeza, avance que son fils est très impressionné par tout ce qu?il voit à la télé. « Pour lui, on a dû s?abonner à Playhouse Disney, au moins on est sûr que c?est de son âge. Les dessins animés de la chaîne locale sont trop violents. Il n?y a que ceux qu?on donne de 6 heures à 7 heures qui sont de son âge, mais c?est dommage car à cette heure-là, Ally dort. »

COMMENT MINIMISER LES DEGATS,

selon Homa Mungapen, ancienne animatrice d?émission sur les enfants

« L?enfant, dans son développement, doit regarder les films, la télé etc., mais c?est aux parents de veiller à ce que les enfants comprennent ce qu?ils regardent. Notre plus grand problème c?est que nous utilisons la télé et les films comme baby-sitter.

On laisse l?enfant seul devant la télé, on ne sait pas ce qu?il regarde, on ne prend pas la peine de connaître la nature des films qui le fascinent. Pour minimiser l?impact de la télé et de ses héros sur les enfants, on peut choisir avec l?enfant les films ou l?émission qu?il va regarder, et les visionner, dans la mesure du possible, avec lui pour être au courant de ce qu?il regarde. Il faut aussi expliquer et discuter de ce qu?il voit. Auparavant, les héros étaient gentils. Aujourd?hui, on veut ressembler aux méchants parce qu?ils sont puissants dans les films, et on croit dans la loi du plus fort. Comment éviter ces dérapages ? En accompagnant son enfant dans sa consommation télé. C?est l?unique moyen de faire un geste négatif devenir positif quand l?enfant comprend ce qui se passe. Après tout, la télé est censée éduquer, informer et divertir. »

CE QUI SE PASSE DANS LA TETE DE L?ENFANT, SELON VIKASH BAICHOO, PSYCHOLOGUE

« Les enfants, jusqu?à l?âge de 11 ans, sont impressionnables. Ils sont dans la phase d?imagination débordante. Ils veulent ressembler à leurs héros qui ont de super pouvoirs, à l?instar de Spiderman, ou encore de Superman. Ils sont dans la période d?identification. À cet âge, ils ont besoin de jouer. Malheureusement, leurs pensées sont abstraites. Ils ne peuvent pas faire la différence entre le vrai et le faux. D?où cette fascination démesurée à croire qu?ils peuvent faire comme leur héros préféré. Le danger est que les enfants, s?ils sont impulsifs, risquent de vouloir matérialiser ce qu?ils ont vu. Ils deviennent eux-mêmes des super-héros ayant de super pouvoirs. Il faut donc prendre le temps d?expliquer aux enfants que ce n?est pas la réalité, et qu?il y a des conséquences s?ils répètent ces gestes. Mais il faut le leur dire dans le langage qui leur est propre et avec leurs propres termes. Dans n?importe quel cas, quand les enfants jouent, les parents doivent toujours jeter un ?il. »

VUS POUR VOUS

« Code Lyoko »

Double vie. Simples collégiens le jour et sauveurs du monde la nuit. Le rêve de tout enfant. Mais surtout le cauchemar des parents car qui dit sauveur du monde, dit affrontements, combats et violence à gogo. Code Lyoko, c?est tout ça. C?est le récit d?un monde virtuel créé par un certain Franz Hopper. Malheureusement, un virus nommé X.A.N.A. s?est emparé de ce monde. Quatre collégiens, Jérémie, Odd, Ulrich et Yumi tentent de le vaincre en allant dans ce monde virtuel où habitait Aelita, maintenant « virtualisée » sur Terre. X.A.N.A. lance ses attaques grâce à des tours que seule Aelita peut désactiver.

« Yu-Gi-Oh ! »

Force, puissance, diabolisme. Yu-gi-Oh ! C?est un dessin animé qui passionne. Les enfants adorent. Un gentil devenu puissant, aux prises avec les forces du mal, trop top ! Les parents aiment moins. Trop violent, trop dérangeant. Voir un épisode de Yu-gi-Oh à la sauvette, c?est à en perdre son latin.

Il faut suivre les péripéties des personnages pour s?y retrouver. Vous l?aurez compris, c?est captivant. L?histoire : Yûgi Muto, adolescent banal, reçoit de son grand père un puzzle, appelé le puzzle millénaire, qui n?a jamais été terminé, et renferme quelque chose de terrible. Yûgi arrive à compléter ce puzzle, et de naïf et sympa, il devient tout à coup plus ténébreux. Dans des jeux bizarres, il devient le maître et commence à humilier ses adversaires en les écrasant et en ne leur laissant aucune chance.

« Titeuf »

Titeuf, est du genre à regarder sous les jupes des filles. Bête, mais pas méchant, drôle, mais pas insultant, son look est particulier et son langage accroche. « Tchô », « c?est pô juste », « lâche-moi le slip », « espèce de zizi sexuel ». Plus besoin de présenter Titeuf. Cet enfant à la mèche blonde s?est fait une réputation chez les petits et les grands. Mais il y a quand même des inquiétudes. Il fait beaucoup de bêtises, se focalise toujours sur les filles, le sexe, la séduction, et sur Nadia, la fille dont il est amoureux.

N?empêche, son besoin de tendresse et son désarroi de pré-ado le rendent attachant.

« Lizzie McGuire »

Belle, intelligente et populaire. Qui ne voudrait pas ressembler à Lizzie McGuire ? De situations cocasses aux coups de c?ur impossibles, cette série permet à nos ados de s?évader du monde réel. Car c?est bien d?évasion qu?il s?agit. Lizzie est toujours bien mise, maquillée et fringuée à la dernière mode. Cette adolescente retrouve ses copains et ses fidèles amis : Miranda Sanchez et Gordo. Sa famille est plutôt agréable et son petit frère, Matt, insupportable. Le bonus qu?on aimerait tous avoir, c?est le petit ego-animé (en dessin animé) de Lizzie, tout droit sorti de son imagination qui dit tout haut, ce qu?elle pense tout bas.

« South Park »

Grossier, vulgaire, ou délirant. On serait tenté de dire que South Park, c?est chacun son truc. Est-ce que la série est réellement destinée aux enfants ? La question mérite d?être posée. Car South Park, c?est des petits garnements qui parlent de tout, de sexe, d?homosexualité, de terrorisme, dans un langage d?enfant, mais avec en plus des insultes et des injures non censurées, shocking ! Longtemps décrié par les critiques, South Park a la vie dure. Pour cause, la série est toujours diffusée sur les chaînes privées.

N.B

QUESTION A

CHRISTINA CHAN-MEETOO, CHARGEE DE COURS EN COMMUNICATION A L?UNIVERSITE DE MAURICE

« La télé ne peut pas être un substitut parental »

Expliquez-nous ce pouvoir d?attrac-tion qu?ont les dessins animés sur les enfants ?

Il faut noter que la télé a un pouvoir immense, mais pas que sur les enfants. Je suis prête à parier que les adultes passeraient plus de temps devant la télé s?ils n?avaient pas d?activités professionnelles. Ceux qui produisent les films connaissent les attentes des enfants. Ils savent quelles bandes dessinées lisent les jeunes, ils voient ce qu?ils bouquinent, et savent quelles thématiques ils aiment. Ils présentent leurs films sous une forme ludique, avec des couleurs, une stylistique appropriée.

D?ailleurs, de tous les médias, la télé a plus de pouvoir parce qu?elle s?apparente plus à la réalité. L?image est animée, alors que les écrits demandent un travail d?imagination, un effort intellectuel.

En quoi les héros, et par extension la télé, informent et éduquent ?

Les parents seuls ne peuvent pas apprendre toutes les choses de la vie à leurs enfants, par exemple sur la relation avec le sexe opposé, sur l?amitié. Alors qu?on dit que la télé rend asocial, qu?il y a la montée de l?individualisme, la télévision permet en réalité de créer une appartenance à la communauté. Elle peut aider les enfants à appréhender certains problèmes auxquels ils ont à faire face.

Dominique Pasquier a fait une étude sur le sujet, notamment sur la série Hélène et les garçons. Elle avance que de telles émissions participent à la construction du jeune, de sa personnalité, fournissent des sujets de conversation à l?école, et aident à la création des liens. Il y a une certaine forme d?éducation, certes pas idéale, mais aucune méthode d?éducation n?est parfaite de toute façon. Grâce à ces films, les enfants sont exposés à certaines thé-matiques comme l?équité, les relations humaines, qui aident au développement.

Comment empêcher que les enfants ne s?identifient aux héros, qu?ils se prennent pour Spiderman ? Comment faire pour qu?ils fassent la différence entre réalité et imaginaire ?

On ne peut pas empêcher l?identification. En revanche, il faut pouvoir gérer, dire à l?enfant que tel film est certes bien, mais qu?en réalité, cela n?existe pas : « Tu peux faire semblant, au sol, de lancer de la toile d?araignée comme Spiderman, mais tu ne peux pas t?accrocher à des bâtiments. »

Ces héros permettent aussi de créer du lien social. Complicité et compréhension s?établissent entre enfants quand ils en parlent. Il faut juste poser des limites. L?accompagnement adulte est important. Contrai-rement à eux, nous savons discerner entre ce qui est bien ou mal. N?empêche, il ne faut pas croire que les enfants ont besoin sans cesse qu?on les protège. Il faut juste qu?on balise le terrain pour eux.

On a tendance à dire que la télé est néfaste, qu?elle favorise la violence, les comportements déviants.

Il ne faut pas prendre les choses de ma-nière isolée. Dans la première partie du xxie siècle, il y avait la media effect theory qui avançait que les médias avaient un effet direct sur le public. Et puis, il y a eu un autre courant d?étude culturelle et de nouvelles approches. Il est clair que la violence est aussi une question de personnalité et que d?autres facteurs comme l?environnement social, l?intégration dans la famille, entrent en ligne de compte. Certains sont vulnérables, d?autres plus résistants, mais il n?y a pas de corrélation directe entre des images violentes et un comportement similaire. Sinon, on aurait eu encore plus de violence. C?est une minorité qui passe à l?acte et on ne peut pas dire qu?il s?agit seulement de l?influence de la télé.

Quelles sont justement les règles à faire suivre en ce qui concerne la télé ?

La télé est un outil qu?il faut savoir utiliser. Elle est à double tranchant. Comme on dit, à mauvais ouvrier point de bon outil. Ce n?est pas une question de quanti-té, mais de qualité. La télé ne peut pas être un substitut parental. Les parents doivent faire de la médiation, comme faire ressortir que tel personnage est fort parce qu?il mange des légumes. Il faut aussi savoir diversifier l?activité de l?enfant.

Un enfant sans petit écran, c?est une bonne chose ?

Il risque d?être isolé, ce serait loin de lui rendre service. Mettre des limites suffit.

Propos recueillis par Corina Julie

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