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Stériles débats
La reprise des débats parlementaires aurait dû être le coup d?accélérateur à la réforme. Elle risque fort de la ralentir. En effet, des deux côtés de l?Assemblée, les députés s?attachent davantage à parfaire leur image politique qu?à faire évoluer le débat sur les enjeux essentiels. L?opposition continue à consacrer toute son énergie à faire semblant, au lieu de se reconstruire. Faire semblant qu?elle va soulager la misère de la population et qu?elle est unie. Et les ministres entrent dans le jeu. Pendant que l?un, non content de sa première déconfiture, revêt de nouveau son armure de chevalier de la « démocratisation », trois autres s?alignent en bataillon pour expliquer à la population, au cas où elle en douterait, que l?alliance qu?elle a choisie de ne pas réélire? n?en valait pas vraiment la peine. C?est un climat de campagne fort peu cohérent avec le discours économique.
Et la posture du ministre de la Technologie informatique, Étienne Sinatambou, est la plus agaçante. Parce que c?est à un autre message que l?on se serait attendu du responsable d?un des piliers sur lesquels on bâtit nos espoirs d?avenir. Un discours honorable de gestionnaire aurait été de venir indiquer comment il s?y est pris, quinze mois après avoir son arrivée aux affaires, pour enrayer les dettes de BPML, qui entachent aux yeux du monde nos ambitions de cyberîle. Cet exercice avait été entrepris juste après l?annonce de la mise en place du « Fact-Finding Committee », et le gouvernement avait annoncé, trois mois plus tard, les premiers résultats. S?il était en mesure de dire que cet exercice avait été complété, Étienne Sinatambou, nommé somme toute pour corriger les erreurs de son prédécesseur, aurait été digne de son titre.
Il aurait pu faire mieux encore. Au lieu de démoraliser la population en pleurnichant sur le lait répandu, au lieu d?étaler inutilement sur un site universellement consulté la preuve que Maurice n?a pas les meilleurs gestionnaires de la planète, il aurait pu dérouler devant nos yeux la carte routière qui manque encore à ce secteur. Car cela fait six ans que l?on entend ressasser les mêmes reproches sur « l?inutilité » des infrastructures dites intelligentes. Il est temps d?indiquer, aujourd?hui, comment ce luxe dont on hérite et qui nous a honorablement servis, il faut l?admettre, comme outil de marketing pour attirer les 250 opérateurs du secteur, sera optimisé de manière plus intelligente. La fin de 2006 devrait avoir été marquée par l?élaboration de l?« ICT Strategic Plan » pour les quatre prochaines années, lequel aurait dissipé les doutes qui agitent encore le secteur sur la direction que peut prendre la nouvelle industrie. L?ancien gouvernement n?avait fait que poser les infrastructures. Et même s?il n?a pas assuré l?expansion du secteur, même si ses décisions sont critiquables, il les a au moins prises. Le reste est à faire. Maintenant.
Il est d?autant plus urgent que nous sommes loin d?être le porte-flambeau du secteur, comme on le rêve. Selon le baromètre de Datamonitor, une des principales compagnies qui jaugent le secteur des TIC, Maurice ne fait pas partie des pays africains qui mèneront la croissance des « call centres » en 2010. On parlera alors du Maroc, de la Tunisie, de l?Égypte, du Botswana, de l?Afrique du Sud, du Ghana et du Kenya, dit la firme britannique.
« Mauritius has not registered on our radar », lit-on dans une dépêche récente. Le chiffre de 23 opérateurs sur lequel elle s?appuie est discutable, puisqu?il ne représente que les centres d?appels et non l?ensemble du secteur. Mais les commentaires sont pertinents : le français de deux premiers pays cités est meilleur que le nôtre et l?anglais des autres nous ferait rougir. La voie que suggère l?analyse, « high value niches in the BPO market », est effectivement celle que l?on lorgne. Il faut donc s?y attaquer.
Notre grande faiblesse par rapport à nos voisins, à savoir, l?étroitesse numérique de nos ressour-ces, est en train d?être de plus en plus évidente sans qu?on y travaille résolument. Rien que des universités d?Égypte, pays déjà avantagé par une excellente position géographique, sortent chaque année 80 000 diplômés en TIC. Même les avantages que l?on a toujours cru avoir par rapport à l?Afrique, à nos affinités avec l?Asie, sont en train de s?éroder. L?Inde, notre partenaire de prédilection, collabore intensément avec le Ghana et l?Afrique du Sud. C?est notre maîtrise du français qui l?intéresse, mais elle ne sait pas encore que nous le parlons bien mal. L?Inde ira là où ses intérêts lui dicteront d?aller. Quant à la Chine, à l?heure où se tient en grande pompe le sommet Chine-Afrique, son intérêt pour ces ressources du sol que nous n?avons pas, nous, signale les gros investissements qui pourraient être orientés vers nos voisins. On aurait tort de croire que la Chine n?est pas un partenaire technologique à séduire. Les analystes estiment qu?elle égalera l?Inde dans les années à venir en matière d?industrie des TIC.
Le gouvernement a placé son mandat sous le signe du sacrifice et du travail. Il ne faut pas qu?il tombe dans le piège de l?opposition qui ne mise, pour son retour au pouvoir, que sur l?effondrement du gouvernement travailliste. Le temps passe. Cessons de le gaspiller en stériles règlements de compte.
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