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Steven Obeegadoo: ?La réforme ne fait que commencer?
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Steven Obeegadoo: ?La réforme ne fait que commencer?
A grande réforme, grands moyens. Pour fêter les quatre ans du démarrage de la réforme de l?éducation, le ministre Steven Obeegadoo a invité un millier de personnes impliquées dans l?éducation pour faire son bilan. L?auditorium Octave Wiehé, à Réduit, s?est retrouvé bondé.
Une heure durant, ceux présents ont assisté à des prestations d?élèves du Conservatoire François Mitterrand, du Mahatma Gandhi Institute, de l?école primaire Guy Rozemont et à une rétrospective des différentes étapes de la réforme. Le discours de Steven Obeegadoo a suivi. Dans les faits, le ministre peut se vanter d?avoir enclenché une réforme que d?autres n?ont pas osé faire. Abolir le ranking, décrié depuis des années par l?immense majorité des pédagogues, sans grands heurts, n?était pas évident. Transformer des star schools en établissements de Form VI était un autre défi. Et, pour le ministre ?ce n?est que le commencement ??
?Enclencher la réforme a été très difficile et très compliqué. Il a fallu changer les mentalités et affronter des passéistes qui ont peur du changement?, déclare Steven Obeegadoo. Les raisons de ces réticences sont simples, estime-t-il: ?En ce qu?il s?agit de l?éducation, on ne peut se livrer à l?expérimentation au détriment des enfants.?
Le ministre a, par ailleurs, rappelé qu?en quatre ans, 36 collèges d?Etat ont vu le jour, portant le chiffre total à 70. Cela a permis de concrétiser le projet de rendre l?éducation obligatoire jusqu?à 16 ans au début de l?année. En 2000, 80% des jeunes de 12 à 15 ans allaient à l?école. Cinq ans plus tard, le chiffre est passé à 90 %. ?D?ici 2007-2008, près de 100 % de ceux âgés de trois à seize ans seront dans les écoles. Aucun autre pays africain peut afficher un tel palmarès.?
Pour ce qui est des star schools converties en Form VI colleges, le nombre d?admis est passé de 121 en 2000 à 283 en 2005. En 2007, 375 étudiants devraient faire leur entrée dans ces établissements. Le ministre démontre ainsi que l?accès à ces établissements d?élite a été ouvert à un plus grand nombre.
Le dossier des langues orientales est un autre obstacle du passé, dit-il. Elles ont acquis le même statut que les maths, le français et l?anglais. ?Et cela sans injustice pour ceux qui ne font pas de langues orientales.?
Les zones d?éducation prioritaires, créées en 2002, touchent aujourd?hui 28 écoles primaires abritant 11 000 écoliers. ?L?absentéisme baisse semaine après semaine?, soutient le ministre. La filière pré-professionnelle est également considérée comme un succès. ?Beaucoup d?enfants étaient victimes d?un système qui ne répondait pas à leurs besoins. Nous avons fait un pas de géant en donnant une seconde chance aux enfants qui ont échoué au niveau de la sixième.? La reconnaissance d?enfants ayant besoin d?une attention spéciale pour cause de handicap, de difficultés d?apprentissage ou autres, est un autre pas en avant.
Steven Obeegadoo se dit, par ailleurs, satisfait pour ce qui est de l?éducation supérieure. De 16 500 en 2000, le nombre d?étudiants du tertiaire a atteint les 26 000. De plus, l?ouverture prévue d?une troisième université publique, l?Open University, est une preuve qu?il ?y a eu une véritable démocratisation de l?accès aux universités?.
Tout cela fait dire au ministre que ?jamais dans l?histoire de Maurice, il n?y a eu autant de développements dans l?éducation en si peu de temps?. Le secteur éducatif a gobé Rs 25 milliards en quatre années de réforme. ?Maintenant, chaque Mauricien peut choisir son chemin pour faire son avenir?, affirme Steven Obeegadeoo.
Avis divergents sur le nouveau système éducatif
Abolition du ranking, éducation obligatoire jusqu?à 16 ans, zones d?éducation prioritaires? Autant de mesures qui sont applaudies par l?ensemble du secteur de l?éducation ou presque. La mise en pratique de la réforme laisse cependant sceptique.
?Il y a eu du positif et du courage?, reconnaît Hervé de St-Pern, directeur du Bureau de l?éducation catholique (BEC). Malgré les relations plutôt difficiles entre l?Etat et l?Eglise ces dernières années, Hervé de St-Pern tire un bilan plutôt positif de la réforme. ?L?abolition du ranking a permis de voir l?éducation dans un sens plus large et de prendre en charge chaque élève. La construction de collèges a démocratisé l?accès. Nous avons fait un grand pas en avant. Rien n?est cependant parfait?, déclare-t-il. Et d?ajouter que ?très souvent l?on cause beaucoup et l?on fait peu?.
Soondress Sawmynaden, président de la Government Secondary Schools Teachers? Union, abonde dans le même sens. ?Des décisions courageuses ont été prises, mais il y a eu beaucoup de problèmes dans la mise en place.? Il déplore, en outre, le fait que les enseignants ?ont été oubliés dans le processus de réforme?. Un avis que partage Lysie Ribot, présidente de la Secondary & Preparatory School Teachers & Other Staff Union. Cette dernière reconnaît, en ce qui concerne la régionalisation, que ?c?est une bonne chose malgré nos réticences au départ. Il faut maintenant s?assurer que tous les collèges demeurent du même niveau?.
Retouches
?Un must dans le contexte actuel.? C?est ainsi que Lysie Ribot qualifie le projet ZEP. La syndicaliste, qui n?a pourtant jamais mâché ses mots pour critiquer, conclut qu?il ?faut être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître que de bonnes choses ont été faites?.
Réaction quasi identique chez Vinod Seegum, président de la Government Teachers? Union, principal syndicat du primaire. Il soutient que l?introduction du grading a été une bonne chose, même si une ?petite dose de compétition n?est pas mauvaise?. Il estime toutefois que beaucoup d?initiatives méritent d?être ?revisitées et retouchées?, notamment le National Literacy & Numeracy Programme qui a été appliqué de manière approximative. Il regrette également le fait que les partenaires de l?éducation ont été trop souvent laissés sur la touche.
Girish Ramsahye, président de l?Union of Private Secondary Education Employees estime également que de grandes avancées ont été faites au niveau de la démocratisation de l?éducation. ?Mais en cours de route, nous constatons que la réforme se résume pour le moment essentiellement à la construction de collèges.? Et d?ajouter qu?un éventuel retour vers le ranking équivaudrait à un ?retour à la case départ?.
Il déplore toutefois la mise en place hasardeuse de plusieurs pans du projet tels que la filière pré-professionnelle, où ?le ministre a lamentablement failli?. La transformation des star schools en collège de Form VI n?est qu?une réalité partielle, estime Girish Ramsahye, étant donné que les collèges d?élite du BEC ne sont pas entrés dans le jeu.
Le président de la Government Hindi Teachers Union, Suttyhudeo Tengur, estime pour sa part que Steven Obeegadoo ?a manqué des opportunités?. Le taux de réussite pour l?ensemble du secteur ayant été, selon lui, de 67 % il y a quatre ans et de 62 % aujourd?hui, il estime que ?son plan de réforme a été un échec sur toute la ligne?.
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