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St-Paul : Crithika avait-elle un complice ?
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St-Paul : Crithika avait-elle un complice ?
Une année s?est écoulée hier depuis la découverte de dix corps en putréfaction à Béchard Lane, St-Paul. Bien que la police considère que c?est Crithika Mawooa, 37 ans, qui, a empoisonné toute la maisonnée après avoir perdu les pédales, des proches sont d?avis qu?elle n?a pas pu agir toute seule.
Policier à la retraite, un beau-frère de Crithika n?en démord pas : pour lui, c?est l??uvre d?un traiter. Celui-ci aurait convaincu Crithika de tuer les quatre enfants et les cinq adultes avant de se suicider.
L?objectif du charlatan aurait été de mettre la main sur l?argent des morts. Pour étayer son hypothèse, il se rappelle d?un événement qui date d?il y a quatre ans; sa belle-mère, Coontee, lui avait réclamé une importante somme d?argent pour « guérir » un proche.
L?emprise du traiter sur les disparus s?est faite par l?intermédiaire de Crithika. Il lui aurait été très facile de leurrer l?esthéticienne qui avait une dépression. Sous l?aile protectrice de ce dernier, elle se croyait investie d?une mission divine. Elle organisait souvent des séances de prières, qui se sont finalement soldées par un assassinat à grande échelle.
Mais cette théorie n?est pas partagée par les frères de Rajesh Dhayam, l?amant de Crithika. Au contraire, selon eux, ces morts sont liés aux transactions frauduleuses de terres.
D?où la présence du clerc de notaire Paul Hervé Simon Janvier ? recherché dans la nébuleuse affaire Deelchand ? parmi les cadavres. « Sa ene boug ki abitier imite lekritir. E ziska lere pa koner kot so bane kass eter », confie l?aîné de Rajesh Dhayam, Jaychand.
Il a raison de se poser des questions car jusqu?ici, la police n?a pu retracer le demi-million censé se trouver sur le compte du défunt. Il avait vendu sa voiture pour Rs 200 000 et venait de recevoir un prêt de Rs 368 000 de son employeur, le Mahatma Gandhi Institute.
Vingt jours après la découverte des corps, la police n?a découvert qu?une malheureuse somme de Rs 300 sur le compte en banque de Rajesh Dhayam. La police n?a pas non plus retrouvé l?argent des autres disparus : le frère de Crithika, Ravi avait vendu son bus et l?amie de sa s?ur, Maya Jhowry, avait des économies.
Avant son saut dans l?au-delà, Coontee avait aussi dit à son entourage qu?elle partait avec toute sa famille à Rodrigues. Où est donc passé l?argent ?
<B>Les affres de son existence</B>
Face à ces interrogations, la Criminal Investigation Division (CID) de Curepipe explique que le dossier est clos, puisque Crithika a expliqué dans une lettre datée du 6 août 2004 ? bien avant le drame ? les raisons de son geste.
Elle y décrivait les affres de son existence: « I am upset with my life, I am fed up with the world. I want to reveal the poison in my heart?» Sur plusieurs pages, l?esthéticienne dit avoir connu une jeunesse morne, voire misérable. Elle parle du moment où elle est tombée follement amoureuse de son mari Ashok Nunkumar, et comment cette relation a glissé dans une voie sans issue.
Habitant chez sa belle-mère, elle ne peut plus supporter la présence de celle-ci. Elle lui mène la vie dure. De plus, elle a la santé fragile. Elle passe donc son temps à pleurer sur son sort dans sa chambre.
Comme un malheur n?arrive jamais seul, elle perd tous ses bijoux. Pour une femme issue d?une famille traditionnelle hindoue, c?est une grosse perte.
Elle commence à détester son mari, car il la néglige trop à son goût. Il préfère passer plus de temps à son travail qu?avec elle. C?est donc la mort dans l?âme qu?elle le quitte en emmenant son fils, Devesh, avec elle.
De la rue Robinson, à Curepipe, elle vient s?installer chez sa mère, Coontee, à Béchard Lane, St-Paul. La vie y est restée la même, ses proches préférant rester cloîtrés dans la misérable masure plutôt que de se mélanger aux voisins.
La vie est dure. Il lui faut de l?argent. Elle hait ceux qui « profitent » d?elle lorsqu?elle leur réclame une aide financière. Elle se sent trahie. «They want to take advantage of me», résume-t-elle.
Rajesh Dhayam entre enfin dans sa vie. C?est un bon bougre qui se montre très généreux envers Devesh. Il se conduit comme il faut.
Mais le temps fait son ?uvre, et elle se rend compte qu?il ne vaut guère mieux que les autres. À chaque fois qu?elle lui réclame son aide, il veut la mettre dans son lit. C?est plus qu?elle ne peut tolérer. Elle se sent écrasée, n?arrive plus à trouver du temps pour méditer et les gens lui rient au nez lorsqu?elle veut leur emprunter un peu d?argent.
C?est durant cette période trouble qu?elle cherche refuge dans la spiritualité et tombe sous le charme d?un certain Sookar. Et là tout s?emballe.
<B>Le mari de Maya désemparé</B>
Le 6 août, elle met la dernière main à sa lettre d?adieu, disant qu?elle embarque tous ceux qui la suivent pour un aller simple. « That's why I want to put an end to my life and those of the people who have followed me?»
Pour les enquêteurs, il est clair comme de l?eau de roche que Crithika a prémédité son coup. Maintenant, reste à savoir où elle s?est procuré le cyanure qu?elle a utilisé pour tuer son propre fils de 11 ans, sa mère, son frère, son amant, sa s?ur Chinta, le clerc de notaire Janvier, son amie Maya Jhowry, ainsi que ses deux enfants, Khesha, 17 ans, et Bhavesh, 15 ans.
Mooneshwar Jhowry, le mari de Maya, est désemparé. Un an après, il ne sait toujours pas comment sa famille a été décimée. « Mone sonne bane CID mais mo pane gagne okene nuvel. Bane CID mem dire mwa pou naryen mo pou dépense casse pu conner kine arriver car Crithika la mem ine toute zot tou. »
Il en faut plus pour arrêter Prakash Dhayam, l?autre frère de Rajesh. Il a pris contact avec le nouveau patron de la CID de Curepipe, l?ASP Hurrydeo Raddhoa, bien avant sa réintégration, pour l?aider à voir plus clair dans cet imbroglio.
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