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Soyons terre à terre

18 juin 2006, 00:00

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Pourtant, des deux côtés de l’hémicycle, ils avaient applaudi quand la députée Kalyanee Jugoo a plaidé jeudi pour des interventions plus civilisées. Mais il est triste de constater que le Parlement demeure un haut lieu d’insultes, de dérapages, où les débats, aussi importants soient-ils, sont faussés. Ceux sur le budget sont surtout des règlements de compte politiciens, des prises de position davantage pour tenter de marquer des buts, au lieu d’éclairer le public sur les nouvelles mesures budgétaires.

Hier (samedi), répondant à la « Private Notice Question », le ministre des Finances tente d’expliciter, dans un vacarme, les grandes lignes de sa réforme fiscale. L’opposition l’interrompt avec des questions souvent démagogiques.

Rama Sithanen finit par s’emporter et lance, non sans arrogance certes, qu’il regrette l’absence d’un économiste dans les rangs de l’opposition.

Mais voilà que celle-ci affirme être piquée à vif par cette remarque. « Pé traite nou couma imbéciles », lancent les députés de l’opposition à Sithanen avant d’effectuer, ce qui est devenu un risible rituel, leur bruyante sortie. Trois « walk-out » cette semaine…

L’opposition, scindée en deux, et visiblement orpheline et décontenancée par l’absence de Paul Bérenger (retenu chez son médecin), scande : « Dominère ! »

Dans un premier temps, les députés MMM ne savent pas s’ils doivent emboîter le pas à Bodha, Soodhun et consorts. Puis Rajesh Bhagwan, réalisant sans doute qu’il a plus à gagner en sortant de l’hémicycle – « on this issue, I will follow them » – se met debout et, suivi d’Alan Ganoo et de Françoise Labelle, prend la porte de sortie, sous les huées de la majorité : « Guet zot kuma pé lev paké pé allé ! »

Et comme pour ne pas perdre la face, Rajesh Bhagwan, enlève ses lunettes, fulmine et pointe un doigt accusateur vers le ministre James Burty David. Les deux éternels tapageurs de l’hémicycle se couvrent d’invectives : « Batchiara ! », etc. Joignant le geste à la parole, Bhagwan veut en venir aux mains. David ne se laisse pas impressionné et veut répondre à l’invitation. À ses côtés, Arvin Boolell le calme tandis que Bhagwan est laborieusement tiré vers la sortie.

Voilà où nous en sommes au Parlement… Des députés de l’opposition qui laissent le libre champ aux députés de la majorité pour chanter ad infinitum les louanges du Premier ministre et du ministre des Finances. Un long chapelet de compliments, jamais à rebrousse-poil. D’ailleurs Rama Sithanen a préféré s’absenter lors de nombreuses interventions-paillassons, contrastant avec les cris de protestation de l’opposition.

La population ne peut être que perdue entre les différentes prises de position. Lors de la dernière campagne électorale, Navin Ramgoolam et Rama Sithanen affirmaient que Paul Bérenger et Pravind Jugnauth étaient des « hommes du secteur privé ». Aujourd’hui, les rôles sont inversés.

Les ultralibéraux d’hier sont devenus des ultranationalistes.

Une autre source de confusion : le prédécesseur de Rama Sithanen aux Finances, Pravind Jugnauth, affirme à la fois que le budget 2006-2007 est très mauvais et qu’il contient plusieurs idées contenues dans le budget 2005-2006. Faut-il alors déduire que Pravind Jugnauth juge que ses propres idées ne sont pas bonnes ?

Sortant, lui, de son trou, un autre ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, lance, lui, un appel à Navin Ramgoolam pour désavouer Rama Sithanen. Selon lui, « le budget, conçu dans une tour d’ivoire » risque de provoquer une crise sociale, tant « il est loin des réalités ».

L’expérience démontrant qu’on change d’avis par rapport à son positionnement politique du jour, gageons que M. Lutchmeenaraidoo n’aurait pas été aussi acide contre son « cousin Sithanen » si les tractations préélectorales entre le Parti travailliste et lui-même avaient abouti à un maroquin ministériel. Gageons, dans cette même logique, que Vasant Bunwaree ne trouvera rien à redire sur le budget de son collègue et camarade Sithanen, celui-là même qui ridiculisait son budget 1997-1998.

Le budget étant un exercice complexe, il y a énormément à dire sur les différentes mesures et autres implications qui touchent toute la population. Au lieu de vouloir tout condenser en un « excellent » ou « mauvais » budget, certains politiciens gagneraient mieux à reprendre les nombreuses interrogations du public sur nombre de ces nouvelles mesures difficiles à saisir à première vue.

À cet égard, il convient de souligner l’intervention du MMM Ajay Gunness qui a su démontrer deux anomalies à la « National Property Residential Tax ». Ayant bien fait son « homework », il a expliqué qu’il est injuste de calculer la taxe selon la superficie du terrain car, dans ce cas de figure, une personne habitant une maison de 6 000 pieds carrés sise sur un terrain de 100 toises paierait Rs 4 000 tout comme une personne vivant dans une maison de 100 pieds carrés construite sur un terrain de 100 toises. Ajay Gunness a aussi relevé que la taxe ne fait pas de distinction entre le prix d’un terrain sis dans un endroit huppé du littoral et celui situé dans un petit village perdu.

Le public attend de nos politiciens des remarques utiles et constructives.

Au lieu de se retourner les vestes et prendre de manière risible un rôle d’opposition systématique, alors même que toute personne ayant à cœur l’avenir du pays et consciente des difficultés actuelles, sait très bien qu’il nous faut un nouveau modèle économique et faire des sacrifices dans l’immédiat. Et bien sûr tout nouveau modèle a besoin d’une période de rodage pour corriger les failles de fabrication. Durant cette difficile période de transition, Maurice a besoin d’un secteur privé motivé – incontournable au développement, quoi qu’en disent certains – et de politiciens patriotes, pas xénophobes et surtout terre à terre.

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