Publicité
Soyons diplomates?
Quel impressionnant tableau ! C?est entouré d?une bonne douzaine de collaborateurs que Madan Dulloo a présenté le bilan de son année et demie, passée à la tête du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international. Mercredi, pendant une heure, il a troqué sa robe d?avocat pour celle de professeur d?université.
Au programme du cours magistral : commerce international, relations bilatérales avec nos partenaires commerciaux, aide au commerce et négociations commerciales.
Un menu qui n?a pas manqué d?intéresser au plus haut point ses fonctionnaires. Lesquels ont ponctué leur écoute attentive de hochements de tête approbateurs et de prise de notes appliquée, dans des calepins sans doute spécialement réquisitionnés pour l?occasion. Et ce, afin de recueillir chaque miette du cours du patron. Une attitude studieuse qui a particulièrement contrasté avec celle, on va dire moins engagée, des journalistes présents ce jour-là?
On peut le dire, le prédécesseur de Dulloo à ce poste, Jayen Cuttaree, nous avait habitués à un autre style, plus nerveux et communicatif. Qui mine de rien, même en maniant parfois un jargon technique inaccessible aux non-initiés, arrivait malgré tout à se faire comprendre du commun des mortels. Et ce, en leur expliquant comment les négociations commerciales et accords divers et variés avec des partenaires économiques finissent toujours par avoir de profondes implications sur notre quotidien.
Mais cessons donc de brocarder la forme pour parler du fond. De toute évidence, le message de Dulloo est flou. Ou du moins, nous n?arrivons pas tout à fait à tirer les conséquences de ses affirmations. Ainsi, le ministre parle de l?adhésion de Maurice à l?Organisation internationale pour les migrations (OIM). « Vous savez ce que cela veut dire ! », se targue-t-il. Mais justement, on ne sait pas ! Et il faudrait qu?il nous l?explique.
Ailleurs, c?est quand il parle du « Trade and Investment Frame-work Agreement » (Tifa) que Mau-rice a signé avec les États-Unis que le ministre du Commerce international n?explicite pas ses propos. Il paraît que le pays va prendre avantage d?« ampleur » de cet accord. Mais en quoi ? Et quels secteurs vont réellement en bénéficier ? On ne le sait pas vraiment. Tout comme on ignore si le Tifa n?est pas, somme toute, qu?un gadget de la diplomatie économique américaine qui vise à faire oublier à Maurice, pendant un temps, son ardeur à demander une dérogation dans le cadre de ses exportations de textile-habillement sous l?« Africa Growth and Opportunity Act ».
Enfin, est-il vraiment utile de savoir que le ministre tutoie tel ou tel de ses homologues étrangers ? Ou encore de découvrir qu?il a déjà parlé avec les représentants de trois pays qui prendront la présidence de la Commission européenne (CE) dans les années à venir ? Si on se tutoie pour se raconter des blagues, et si on rencontre les futurs détenteurs du pouvoir au sein de la CE juste pour se présenter et dire bonjour, c?est bien la peine d?en faire tout un plat !
À la place, on aurait voulu savoir quelles assurances nous a donc donné ce ministre que Dulloo tutoie. Et quels engagements, ne serait-ce que moraux, ont pris les futurs présidents de la CE sur le dossier sucre, l?aide de l?Union européenne dans le cadre du 10e Fonds européen de développement (Fed), ou encore sur le dossier de l?aide au commerce.
Justement, voilà un dossier sur lequel il faut prendre le temps de s?arrêter. C?est indéniable, Maurice a aidé à le faire avancer à l?Union européenne et à l?Organisation mondiale du commerce, en faisant en sorte que les critères d?éligibilité pour cette précieuse aide ne soient pas restrictifs. Tout ceci pour ne pas bénéficier, comme c?est le cas avec d?autres formes d?aides, qu?aux pays les moins avancés (PMA). Mais au lieu de développer ce point, d?expliquer à quelles aides Maurice aura droit, de parler des débours et de la manière dont le pays compte utiliser ces fonds, Dulloo se hasarde plutôt à régler quelques comptes politiques avec son prédécesseur.
Il accuse ce dernier de ne pas avoir levé le petit doigt quand Pascal Lamy, alors Commissaire européen au commerce, avait initié ce qui allait devenir la politique d?« Everything But Arms » (EBA) de l?UE. Un geste de bonne volonté en direction des PMA qui pouvaient désormais tout exporter hors taxes vers l?Europe, à l?exception des armes. On le comprend donc, une initiative qui met à mal la compétitivité des exportations mauriciennes (thon et textile-habillement) vers le Vieux Continent.
Mais Dulloo choisit le raccourci, en oubliant, au passage, de préciser que les mêmes blocs qui soutiennent Maurice actuellement sur le dossier de l?aide au commerce étaient acquis à la cause de l?EBA auparavant. Maurice n?allait pas questionner cette orientation de l?Europe sans risquer de se faire sévèrement rappeler à l?ordre par le puissant groupe des grands pays en développement (G20), le groupe africain ou encore celui des pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).
Selon nous, c?est cette lecture, un peu plus globale, qui a manqué à Dulloo, lors de sa conférence de presse. Mais soyons diplomates ! Et réservons d?autres critiques, s?il en reste, pour la prochaine fois.
Publicité
Publicité
Les plus récents