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10 octobre 2005, 20:00

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La petitesse et le nombrilisme rendent aveugle. Nombreux sont ceux qui ne voient pas le bond qualitatif qui a été réalisé dans plusieurs secteurs grâce au savoir-faire des professionnels expatriés. Niant l?évidence, des Mauriciens se bombent le torse pour clamer haut et fort qu?ils n?ont rien à apprendre des autres. ?Mauritians do not like outsiders and foreigners much? résume dans une formule lapidaire l?observateur Percy Mistry.

Pour combattre ces préjugés, il faut une volonté politique sans faille. Elle a existé sous l?ancien régime. Il y a trois ans, des syndicalistes avaient bloqué le port et l?aéroport pour contester la nomination du Canadien Bert Cunningham à la direction de la douane. Le gouvernement de l?époque résista à la pression. Il a pu ainsi transformer la douane en un département efficace et moderne.

Puis une inquiétude s?est installée dans les esprits. On savait que le contrat du receveur des douanes expirait le 15 octobre. Des doutes subsistaient sur la volonté du régime travailliste de le maintenir à son poste. Hier, la nouvelle est tombée : Bert Cunningham restera en fonction pendant six mois encore. En acceptant de prolonger le contrat du receveur des douanes, le ministre des Finances, Rama Sithanen, s?expose à la furie des syndicalistes mais a démontré que l?actuel gouvernement n?est pas moins favorable à l?ouverture.

Avec l?avènement de la Mauritius Revenue Authority, de nouveaux postes particulièrement sensibles seront bientôt remplis au sommet de la hiérarchie de la douane. En l?absence d?un chef assez intègre et compétent pour déjouer les intrigues, certaines cliques auraient pu profiter de la période de transition pour installer leurs hommes aux postes-clés. Cela ne sera pas possible avec Bert Cunningham à la direction.

Les dirigeants syndicalistes pourront chercher à provoquer de nouveaux accès de fièvre nationaliste chez les douaniers pour s?opposer à la présence d?un directeur étranger. Il est facile de susciter des passions xénophobes chez les fonctionnaires de base ou de brandir les salaires du receveur pour aiguiser leurs convoitises.

Dans ces moments d?excitation, il ne sert à rien de faire prévaloir les qualités de professionnalisme et de rigueur de l?expatrié. Il faut donc, aux dirigeants du pays, beaucoup de courage pour aller à contre-courant et faire accepter un chef étranger à des officiers très remontés.

Il est dommage, toutefois, que dans un cas récent, le ministère du Travail a plié trop facilement face à des pressions. Recruté après un exercice international d?appel à candidature pour un poste très pointu, Michael Morris s?est vu contraint de partir à l?arrivée du nouveau pouvoir. Arrivé le 28 mai dernier pour s?occuper de la gestion du Centre de conférences international Swami Vivekananda, le Britannique est reparti dans des circonstances honteuses pour notre pays. Sa discipline au travail et le contrôle financier très strict qu?il appliqua n?épargnaient personne, ni même les proches du régime...

Les étrangers ignorent les considérations de communautés, de castes et d?affinités partisanes. Ils sont souvent les fers de lance de l?innovation et de la modernité. Plutôt que d?avoir la modestie d?apprendre, nous les repoussons. Bill Duff, Philip Cash et d?autres ont buté contre la résistance au changement quand ils ont voulu introduire les normes internationales de gestion. A chaque fois, les syndicalistes ont remué la mare xénophobe. Avec l?affaire Cunningham, ils se sont fait éclabousser.

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