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Soutenir la croissance à travers l?investissement

11 mai 2004, 20:00

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Le temps des règles internationales bien définies où l?accès aux marchés est garanti grâce aux quotas et tarifs préférentiels, rendant ainsi l?élaboration des stratégies de développement et de la politique budgétaire plus évidente, est révolu. Avec la libéralisation du commerce, la course vers la compétitivité, souvent dominée par les grands pays en développement devient de plus en plus féroce et tout ceci rend plus complexe la prévision économique. Vu nos moyens limités, nous devons donc être prudents en ce qui concerne le choix de notre politique budgétaire et fiscale. L?impact du nouvel ordre qui régit le commerce international reste à venir même si certains effets se font déjà sentir. Une question évidente se pose alors: sommes-nous bien équipés pour surmonter les chocs inévitables ?

Avec la chute probable du prix du sucre, l?industrie sucrière se trouve dans une situation délicate. Par ailleurs, les fermetures récentes des grandes entreprises de la zone franche mettent en évidence la vulnérabilité de ce secteur avec entre autres conséquences, la baisse du niveau de l?investissement et de la création d?entreprises.

En outre, la menace que représente la libéralisation décourage de nouveaux investissements dans le secteur manufacturier hors zone franche. Le secteur du tourisme, pour plusieurs raisons, a connu une croissance faible. L?appréhension d?une baisse de rendement sur les nouveaux investissements pourrait davantage engendrer une baisse du taux d?investissement dans ce secteur. De surcroît, il faut s?attendre à une hausse de l?inflation durant l?année, due aux tendances à la hausse de prix des produits pétroliers, du ciment, de l?acier et du fret.

Les facteurs tels que la baisse du niveau de l?investissement privé, la montée du taux de chômage, et la détérioration de la balance commerciale font partie des signes qui démontrent les difficultés réelles que le pays doit affronter. L?ouverture de notre économie et notre dépendance sur le commerce, le tourisme, les technologies ainsi que les investissements étrangers nous obligent à placer la compétitivité au centre de nos stratégies. Dans un tel contexte, il est d?une importance cruciale que les partenaires sociaux sacrifient leurs intérêts particuliers à l?intérêt national.

Les initiatives de la part du secteur privé et du gouvernement montrent clairement l?effort fourni pour développer des réponses stratégiques aux nombreux défis de ce nouvel environnement et à introduire des mesures appropriées afin de soutenir la croissance économique.

Dans ce contexte, le plan stratégique de l?industrie sucrière répond aux problèmes majeurs de ce secteur; le TEST cherche quant à lui à aider les entreprises du textile en difficulté alors que la libéralisation des télécommunications et la construction de la cybertour contribuent positivement au secteur de la technologie, de l?information et de la communication. D?autres initiatives ont été prises pour venir en aide au secteur manufacturier et à celui du tourisme. Nul doute que ces efforts mèneront à l?amélioration de la situation générale de l?économie ainsi que des conditions d?investissement à Maurice. Toutefois nous devons faire davantage si nous voulons affronter de manière efficace le nouvel ordre économique.

? La situation économique

Selon la revue économique que nous avons présentée à notre assemblée générale récemment, la performance globale de l?économie nous envoie des signaux mixtes. D?une part on note des signes indiquant une relance :

? Une reprise de la croissance du PIB à 4.4 % en 2003 par rapport à 1.9 % en 2002 et on s?attend à ce que ce taux dépasse les 5% en 2004.

? L?investissement a connu une forte croissance de 11.2% en 2003 comparée à 1.9 % en 2002.

? Le taux d?inflation à 3.9 % atteint son niveau le plus bas depuis 1988.

? Quelque 14 100 emplois ont été créés en 2003, excluant l?industrie sucrière et la zone franche, chiffre record dépassant la croissance de la population active.

? Enfin, les dépenses de la consommation ont crû de 10 % en moyenne sur les deux années précédentes, ce qui représente le double du taux d?inflation. Il y a là tous les ingrédients d?une économie dynamique.

Mais il y a néanmoins des signes qui démontrent une situation différente.

? Même si l?on observe une reprise de la croissance, un taux de croissance en dessous de 5 % durant deux années successives démontre une certaine faille dans notre effort visant à répondre aux attentes de la population en termes de création d?emplois, de revenus et d?un meilleur niveau de vie.

? La hausse remarquable de l?investissement trouve sa source dans le programme d?investissement public massif alors que l?investissement privé a, lui, chuté de 5.5 %.

? Les pertes d?emplois au sein de la zone franche et du secteur sucre ont atténué l?ampleur de la création d?emplois dans le reste de l?économie, ayant pour effet net un accroissement du taux de chômage.

? Le haut niveau de la dépense publique a maintenu le déficit budgétaire au rouge pendant que la dette publique continue de grimper, agissant de manière défavorable sur l?épargne, l?inflation et la balance des paiements.

Les principales propositions de la CCIM

L?exercice du budget, à notre avis, représente l?occasion d?aborder les principaux problèmes soulignés plus haut.

En premier lieu, l?accent, cette année, devra être mis sur le soutien de la dynamique de croissance de l?économie. Une des conditions nécessaires pour que cela se réalise étant un niveau d?investissement élevé; davantage d?importance devra être accordée aux possibilités de créer les conditions favorisant la confiance des investisseurs. Un nouveau regard devra aussi être posé sur les institutions d?appui ainsi que sur les facilités mises en place dans le but de promouvoir les secteurs productifs.

Deuxièmement, la politique fiscale nécessite certains réajustements, car elle porte directement sur l?investissement. Troisièmement, on doit considérer d?un côté, l?impact de la hausse salariale obligatoire sur la profitabilité des entreprises, et de l?autre, les conséquences que l?augmentation substantielle des salaires des fonctionnaires pourrait avoir sur les finances publiques. Finalement, la gestion des principaux agrégats budgétaires tels que les revenus, les dépenses publiques et le déficit devrait être orientée vers la croissance.

? Soutenir la croissance à travers la promotion et la facilitation de l?investissement

Le problème du ralentissement du taux d?investissement privé est sans doute d?une importance primordiale et doit être traité de manière consistante et rationnelle. C?est l?une des causes principales du faible taux de croissance du PIB et de la montée du chômage. Afin de renverser cette tendance, il est urgent de revoir et d?améliorer davantage le cadre institutionnel, de rationaliser les procédures administratives et d?accroître l?assistance technique ainsi que l?assistance à la formation et à l?exportation.

Le gouvernement doit, en tant que facilitateur, renforcer la confiance des opérateurs économiques tout en incitant les Mauriciens à investir dans des secteurs productifs.

? Assistance technique, restructuration financière, marketing et formation

Et si l?on veut venir en aide aux entreprises des secteurs productifs dans leurs efforts à consolider leurs structures pour mieux faire face à la compétition, il faut adopter une approche globale. Le projet TEST destiné aux entreprises du secteur textile de la zone franche est un premier pas dans cette direction. Il est nécessaire d?étendre cette approche à d?autres secteurs dans le but d?identifier ceux nécessitant une assistance et ensuite déterminer les moyens d?intervention les plus adaptés.

Il est important de souligner qu?au-delà de l?assistance technique, il faudrait une nouvelle attitude de la part des institutions d?appui (technique, financier, etc.). Celles-ci doivent être plus proactives et doivent être disposées à prendre davantage de risques.

Outre l?objectif de mettre en place d?autres projets similaires au TEST, il faut aussi introduire de nouveaux programmes d?assistance technique pour le secteur manufacturier (cf.: le TIS, le TDS, ou le SME Challenge Scheme).

? Revoir le ?cadre institutionnel?

Il est nécessaire, en ces temps difficiles, de consolider les institutions d?appui qui ont été créées pour favoriser le développement du secteur industriel.

Nous soutenons totalement le projet de créer une institution (NIDO) qui va regrouper les divers organismes parapublics tels que l?EPZDA, la MIDA, la SMIDO et le SUBEX, institution qui devrait se doter d?un centre de technologie.

Un tel centre, qui permet l?accès aux nouvelles technologies et au développement de l?industrie, existe déjà dans les pays développés ainsi que dans les pays nouvellement industrialisés.

Il est important également que le Mauritius Standards Bureau soit doté de moyens techniques et financiers dans le but de développer un partenariat efficient avec les entreprises du secteur privé et les aider à améliorer la qualité tout en accroissant la productivité.

? Rationaliser les procédures concernant l?octroi de permis

Il faut certes encourager l?investissement, mais en ce faisant, les investisseurs potentiels ne doivent pas avoir l?impression d?être harcelés ou d?être en train de perdre leur temps à cause des procédures administratives trop lourdes. Il est urgent d?appliquer les recommandations du comité mixte sur la simplification des permis.

En outre, il faut aussi améliorer les procédures internes pour l?octroi des permis au Board of Investment et établir un système de suivi des projets approuvés.

? Nouvelles mesures incitatives pour les petits investisseurs

La baisse des taux d?intérêt aidant, il est temps d?encourager les petits investisseurs à trouver d?autres opportunités d?investissements qui apporteraient un meilleur rendement. A ce stade, il serait approprié que le gouvernement introduise de nouvelles mesures incitatives pour encourager les petits épargnants à investir en Bourse. Ceci aidera à relancer l?investissement et dynamiser le marché boursier. Une privatisation de certains organismes publics peut certainement avoir une incidence positive.

? Loi ?anti-dumping?

L?absence d?une loi anti-dumping est non seulement une entrave aux industries existantes mais aussi aux investissements potentiels. Nous pensons donc qu?il est impératif d?introduire une législation anti-dumping pour protéger les industries locales contre la concurrence déloyale et pour encourager l?investissement dans de nouveaux projets.

? Contrôle et fixation des prix

Le contrôle et la fixation des prix par le gouvernement constituent une entrave à l?investissement car les investisseurs veulent opérer dans un environnement libéral.

Malgré certains progrès en matière de libéralisation des prix, il existe encore bon nombre de produits dont les prix sont fixés ou contrôlés.

Nous souhaitons que la liste des produits contrôlés soit réduite afin de renforcer la confiance des investisseurs.

? Taxation

L?opinion générale s?accorde aujourd?hui pour souligner l?importance d?une taxation modérée afin d?encourager l?investissement et l?entrepreneuriat. Le revenu du gouvernement devrait reposer davantage sur l?élasticité du système fiscal plutôt que sur des impôts élevés.

Certaines améliorations sont possibles:

? Impôts sur les sociétés

Le processus d?harmonisation de l?impôt sur les sociétés à 15 % doit être poursuivi afin de permettre aux opérateurs d?évoluer sur un pied d?égalité et ainsi favoriser l?efficacité économique. Il demeure toutefois important de maintenir des régimes spéciaux pour les nouveaux secteurs économiques.

? Droits de douane

Un progrès important a été accompli en permettant aux opérateurs économiques de bénéficier de l?exemption de droits de douane sur les machines, les équipements, les pièces de rechange et les matières premières. Mais certaines activités sont toujours pénalisées par les droits d?entrée existants, variant entre 5 et 80%.

Le combustible utilisé par les industries, également sujet aux droits d?entrée, représente un véritable handicap pour les opérateurs devant faire face à une compétition internationale intense.

De même, considérant les désavantages structurels du secteur industriel local, il est essentiel de maintenir des droits d?entrée résiduels dans le cadre de nos divers accords commerciaux de libéralisation sur les items qui sont également produits localement. Le gouvernement est sans doute conscient de la nécessité d?apporter un minimum de protection aux industries locales. Cette protection est nécessaire afin d?éviter leurs fermetures, les pertes d?emploi et la disparition de l?expertise technologique et du savoir-faire.

? Politique salariale

Pour le secteur privé, la politique salariale est une composante déterminante de la compétitivité des entreprises alors que pour le secteur public, la masse salariale représente un pourcentage considérable du budget gouvernemental. Elle représente actuellement 31 % des dépenses courantes et elle a augmenté de 33 % au cours des trois dernières années.

Cette augmentation pour le moins lourde et rapide fait obstacle à une bonne gestion fiscale et peut constituer une source de pression inflationniste, d?où l?importance d?un contrôle rigoureux.

En outre, la rémunération des fonctionnaires se trouvant au bas de l?échelle, jusqu?aux cadres moyens, a crû plus rapidement que celle de leurs homologues du secteur privé. L?intérêt pour ces postes dans le secteur privé a de ce fait diminué, et dans le contexte économique actuel, un tel déséquilibre ne doit pas être ignoré.

En effet une augmentation salariale au sein du service civil peut inciter les employés du secteur privé à militer pour des salaires plus élevés, et ainsi influencer le gouvernement afin qu?il légifère en faveur d?une augmentation salariale dans le secteur privé également, sans souci de la rentabilité, de la compétitivité et des bénéfices liés à la productivité.

Il est nécessaire de revoir le système de rémunération et les critères appliqués à la fois dans le secteur public et le secteur privé afin d?aligner notre politique salariale sur celle des pays compétiteurs. Le travail effectué en ce sens par le National Economic and Social Council doit être finalisé rapidement.

? Politique budgétaire

La politique budgétaire affecte directement la croissance économique. L?ampleur du déficit budgétaire et l?importance des revenus et des dépenses par rapport au PIB sont au centre de la gestion des finances publiques.

? Le déficit budgétaire

Il est indéniable qu?un déficit de 5.5 % est très élevé et cela a un effet néfaste sur les finances publiques, la dette et l?inflation.

Pendant les trois dernières années, les ratios ?revenu-PIB? et ?dépense-PIB? ont augmenté respectivement de 2.8 % et 1.8 % pour atteindre 20.8 % et 26.3 %. Ces hausses conséquentes affecteront de manière négative le développement futur de notre économie et doivent être revues le plus vite possible.

? Le contrôle des dépenses

Un besoin urgent se fait sentir quant à l?introduction d?un système de contrôle pour les dépenses d?investissement et il est, sans aucun doute, possible de réduire davantage les dépenses superflues. Par ailleurs il est souhaitable qu?une plus grande attention soit apportée à la rédaction et à la négociation des contrats et que l?expertise légale nécessaire soit développée dans ce contexte.

? Améliorer le système du recouvrement d?impôts

Il est vrai que le gouvernement fait beaucoup d?efforts pour améliorer le système du recouvrement d?impôts et nous sommes certains que les mesures prises mèneront à une hausse dans les revenus d?impôts directs et indirects. Toutefois, le gouvernement devrait s?abstenir de toute action arbitraire, notamment envers les contribuables en désaccord avec le bureau de l?impôt sur la valeur imposable.

? Privatisation et partenariat

Le processus de privatisation, mis en route déjà par le gouvernement, devrait être poursuivi et renforcé par la réalisation des projets du type Public Private Partnership. Ces projets aideront à réduire le déficit budgétaire et à promouvoir l?investissement et, donneront, en même temps la possibilité aux Mauriciens de participer aux financements des entreprises publiques.

Mauritius Chamber of Commerce and Industry

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