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Sithanen voit la vie en vert
Il l?a osé ! Rama Sithanen s?est fait architecte d?un budget ressemblant davantage à une profession de foi dans la préservation de l?environnement qu?à un bête exercice de technocrate. Vendredi dernier, le ministre des Finances, Rama Sithanen, a en effet donné vie à la vision de Joël de Rosnay.
De ce fait, le budget 2008-2009 restera à jamais gravé dans les mémoires comme étant le moment où le gouvernement mauricien bascule dans un paradigme «durable». Il déclare la guerre aux énergies fossiles dispendieuses et polluantes en promettant du même coup d?atteler les ressources de «la terre, de l?air et de la mer».
Autre fait encourageant, il s?est donné les moyens de ses ambitions. Si les commentateurs sont unanimes sur le fait que le Grand Argentier a pleinement assumé ses responsabilités, le véritable défi sera de voir comment ses mesures seront traduites dans la réalité. La création d?un fonds Maurice île durable (MID) doté d?un budget conséquent (Rs 1 milliard), des subventions directes sur l?achat de chauffe-eau solaires et la nécessité pour les IRS et autres projets d?envergure d?être «aussi autosuffisants en énergie et aussi propres que possible» sont parmi les initiatives promulguées par le cru 2008-2009.
En voyant Rama Sithanen présenter le budget, il est vite apparu évident que la politique fiscale et la réforme électorale ne sont pas les seuls sujets qu?il maîtrise. Il semble avoir pris la pleine mesure de la complexité du dossier des énergies renouvelables. Il a compris, par exemple, que le succès du projet Maurice, île durable ne dépend pas seulement de propulser l?essor des renouvelables mais aussi d?assurer que la maîtrise énergétique entre dans les m?urs.
«Nous agirons pour réduire la consommation des énergies fossiles, pour créer une plus grande efficience dans l?utilisation d?énergie au sein des entreprises, bureaux, maisons, secteur public, secteur du transport et des hôtels», a-t-il martelé. Inversement, une taxe sur les produits pétroliers contribuera à financer le fonds MID. Un Observatoire de l?énergie chargé de sensibiliser les Mauriciens à la maîtrise de l?énergie verra le jour.
Le ministre des Finances a également annoncé la mise sur pied d?une Utility Regulatory Authority pour fixer les prix de l?électricité indépendamment des producteurs, ainsi que l?élaboration d?un nouveau code pour la grille du Central Electricity Board (CEB) afin d?encourager la prolifération d?Independent Power Producers (IPP) et de Small Independent Power Producers (SIPP).
Ces derniers obtiendront des tarifs préférentiels pour leur production électrique comme c?est le cas dans plusieurs pays développés. Ces deux mesures, qui sont d?une importance vitale pour le projet MID, seront peut-être aussi les plus difficiles à mettre en ?uvre.
Le seul aspect que Rama Sithanen semble avoir négligé est le volet de la bagasse qui reste notre meilleur espoir pour arriver à puiser 60 % de nos besoins énergétiques de sources renouvelables en 2028. Certes, il a mentionné la nécessité de mélanger les résidus des champs de canne à la bagasse pour «réduire notre utilisation du charbon». Mais, à part cela, niet.
«Mesures très fortes»</B>
Le Dr Khalil Elahee, chargé de cours à l?Université de Maurice et collaborateur de Joël de Rosnay, parle de mesures «très fortes», telle la subvention de Rs10 000 sur chaque chauffe-eau solaire et la création d?une ferme éolienne d?au moins 25 mégawatts à Bigara. Il met cependant en garde contre la décision d?instaurer l?heure d?été dès novembre et déplore qu?il n?y ait «rien pour la recherche». Le secteur privé devra aussi se réorienter vers la production d?électricité.
Catherine Gris, consultante économique, qualifie le budget d?«ambitieux, équilibré et bien travaillé». Elle connaît bien le secteur des énergies renouvelables pour avoir été la secrétaire-générale de l?Association pour le développement industriel de La Réunion (ADIR) pendant 8 ans. Il est un secret pour personne que Maurice désire émuler le modèle de l?île s?ur en matière d?autosuffisance énergétique. Pour cause, La Réunion puise déjà 35 % de son électricité de sources renouvelables. Maurice pourra compter sur son expertise technique. «Les moyens sont là. Mais leur mise en ?uvre sera une autre affaire.» Autre réserve : le budget fait beaucoup appel à des partenariats public-privé, un système qui est loin d?être éprouvé.
De plus, quelques «points sensibles» restent à être élucidés, tel le business model pour le rachat d?énergie par le CEB. Catherine Gris pense aussi que le concept des SIPP pourrait donner de bons résultats à condition qu?il y ait un travail d?«ingénierie derrière».
Les Mauriciens pourront, par exemple, louer leur toit à des sociétés qui y installeront des plaques photovoltaïques. Globalement, «Maurice est sur la bonne voie.»
En bref, il s?agira d?«explorer toutes les sources locales d?énergies renouvelables et les utiliser pour remplacer les importations», comme l?affirme Rama Sithanen dans son discours du budget. Et, si le marché et le cadre légal sont là, le reste devrait suivre.
La révolution verte est donc entamée. Il faut espérer maintenant que les fonctionnaires si généreusement récompensés par le rapport du Pay Research Bureau mettent les bouchées doubles pour contribuer à la réussite du concept de Maurice, île durable. En ce qu?il s?agit de la maîtrise énergétique, il incombera à chaque entreprise et à chaque foyer mauricien de juguler le gaspillage au quotidien. Rama Sithanen a fait son boulot. Maintenant c?est à nous de jouer.
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