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Sir Satcam portrait intime

25 mars 2006, 20:00

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Il ne faut pas se faire d?illusions, sir Satcam Boolell était le redoutable adversaire du MMM dans les années soixante-dix. Avec feu Kher Jagatsingh, ce tandem représentait la tendance faucon du Parti travailliste, prônant la ligne dure envers Paul Bérenger.

À l?Assemblée nationale de 1976 à 1982, il ne faisait pas de quartier sur le front bench, toujours agressif, prêt à bondir et à frapper sous la ceinture. Son attitude contrastait singulièrement avec celle de sir Harold Walter, plus conciliant, plus à l?écoute de ces jeunes parlementaires mauves pas toujours respectueux des règles. Sir Harold représentait la ligne de communication privilégiée mauve-rouge chez qui, d?ailleurs, Paul Bérenger dînait de curry de cerf, de temps en temps.

En revanche, sous des dehors bourrus, souvent abrupts, sir Satcam cachait un c?ur sensible d?époux attentif, de père chaleureux et d?ami affectueux. Sa maison de la rue Bancilhon était un lieu de rendez-vous, une manière de 10, Downing Street pour des débats animés. Sa première épouse s?occupait des tâches ménagères selon la bonne tradition hindoue. Reine de la cuisine, elle bichonnait ses invités avec un sens de l?accueil dont elle avait le secret. Le thé coulait à flots le matin dès 7 h 30 pour les mandants qui s?agglutinaient dans le garage ou sous le pie bilinbi de la cour. Elle les servait dans des verres colorés avec son éternel sourire, tandis que sir Satcam faisait sa toilette à l?étage et que dans sa chambre, l?attendaient déjà son costume, sa chemise et sa cravate. Je prenais toujours un malin plaisir à la taquiner en lui souhaitant les lambris du Réduit. Invariablement, elle répondait dans un rire étouffé : « Ayo mo garcon, qui mo pou alle faire la-bas moi. Mo pas bien ici ! »

« Moi mo ene Malbar la campagne »</B>

Sir Satcam descendait l?escalier pour rallier la salle à manger et le salon aux environs de 8 h eures. Assis dans le fauteuil du salon, il mettait ses chaussettes, toujours assorties, et ses chaussures avant de passer à table pour le petit-déjeuner : du thé et souvent des faratas qu?il rompait avec trois doigts experts sans se salir la main. Devant mon étonnement, il ne manquait jamais de dire : « Moi mon ene Malbar la campagne. To ti conne mo fine né New Grove. » C?est pendant ces moments de détente qu?il se laissait aller à quelques confidences.

Le téléphone, bien sûr, n?arrêtait pas de sonner et c?est Arvin qui avait la tâche de répondre. Souvent, des ministres appelaient, mais aussi des membres du MMM.

« Bérenger pas conne so banne dimoune pe telephone moi », disait-il fièrement. Arvin, devant son père, gardait une distance polie. Assis au bout de la table, il écoutait sans rien dire, buvant les paroles du patriarche. En son absence, sir Satcam abordait son avenir politique : « Ca garcon-la encore jeune ; mais li pe appranne. Ene jour li pou faire politique mo dire toi. Mo espere to pou donne-li ene coup de main ». Il assurait ainsi la relève et dans le même souffle son immortalité.

Chez « Marks and Spencer » je suis tombé sur lui

Vers 8 h 30, il commençait à recevoir ses mandants. « To capave reste », me disait-il d?un air complice. Là, en quelques coups de téléphone, il réglait les problèmes de sa circonscription. À 9 heures, il me congédiait poliment, endossait sa veste pour aller au bureau. Il ne reviendrait pas avant 21 heures surtout s?il devait visiter dans l?après-midi sa circonscription. « Ou fine trouver qui la vie li pe amener, li pas reposer ditout », disait alors lady Boolell.

Cette quiétude fut bouleversée par la mort de cette dernière. Alors que la famille préparait le mariage d?Ajit, elle choisit de s?en aller. Jamais je n?avais vu sir Satcam aussi atterré. Il prit cette disparition en plein c?ur, en pleura longtemps et prit du temps pour se relever. Les enfants étaient inconsolables. À partir de ce moment, j?espaçais mes visites. Car le patriarche s?était aussi renfermé sur lui-même.

Je lui téléphonais de temps en temps surtout vers la fin des années quatre-vingt avant l?arrivée de Navin Ramgoolam.

Il avait tenu tant bien que mal la barque travailliste pendant la tempête. Pendant ces moments de turbulences, alors qu?Anil Bachoo et Sanjeev Teelock créaient le MTD et comptaient sur son appui, il les avait laissés tomber. Dans un texte, j?avais évoqué sa trahison. Il m?en a voulu pendant de longs mois en me boudant. Je ne l?ai alors plus vu.

Et puis, tout revint dans l?ordre. En 1996, à Londres, au 3e étage de Marks and Spencer, je suis tombé sur lui. Il était assis sur une chaise, écrasé par la fatigue, attendant sa seconde épouse. Il portait un chapeau.

« Faire frais ici. Qui to pe faire ? Vine asize raconte moi qui pe passe Maurice », me demanda-t-il. « Qui Arvin pe fer ? » Nous avons ainsi parlé pendant une demi-heure.

Je le revis longuement en 2002. Je l?ai invité pour la toute première émission Sur le Gril sur Radio One. C?était une interview sans complaisance au cours de laquelle je lui demandais quels étaient ses regrets. « Celui de n?avoir aucune chance de devenir président de la République », me répondit-il.

Le seul moment en somme au cours duquel il pouvait aspirer à devenir Premier ministre c?était pendant les négociations avec le MMM au début des années 90. Malheureusement pour lui, à la veille pratiquement de la conclusion du deal, il s?envola inopinément pour Londres en voyage d?agrément laissant ainsi le champ libre aux pro-MSM pour arracher de meilleures conditions d?une alliance avec Anerood Jugnauth. (Paul Bérenger devait avoir cette formule célèbre par la suite : « It was not my doing »). Le leader du MMM tempêta, mais en vain contre ce départ inopportun et se retrouva en minorité au sein du MMM (comme il l?a concédé sur les ondes hier) et l?alliance a été conclue avec le MSM.

C?était aussi une des caractéristiques de Satcam, incapable de battre le fer quand il est chaud, préférant les brumes londoniennes à la chaleur des négociations ardues?

Les années phares de sa carrière politique

1953 : Le jeune avocat de retour au pays se présente aux élections en tant qu?indépendant à Moka-Quartier-Militaire. Il bénéficie du soutien de Sookdeo Bissondoyal, alors leader de l?Independent Forward Block.

1967 : Il est réélu dans la circonscription n° 10 (Montagne Blanche-Grande Rivière-Sud-Est). Il occupe le portefeuille de l?Éducation jusqu?en 1968.

De 1968 à 1982 : Il est ministre de l?Agriculture. Il participera aux négociations sur le Protocole sucre lors des réunions de Yaoundé et de Lomé.

1982 : Tous les candidats du PTr sont battus. Il tombe dans son fief, à Montagne- Blanche-Grande-Rivière-Sud-Est.

1982 : Il quitte le PTr et lance le Mouvement patriotique mauricien.

1983 : Retour au PTr le 24 avril. Il sera nommé président du parti.

1983 : L?alliance MSM-PTr-PMSD remporte les élections générales. Nommé ministre du Plan et du Développement économique par sir Anerood Jugnauth.

1984 : Après le départ de sir Seewoosagur pour le Réduit, sir Satcam Boolell est désigné leader du parti.

1984 : Il est révoqué du gouvernement à la suite de différends avec Anerood Jugnauth. Le PTr quitte le gouvernement.

1986 : Retour du PTr au gouvernement. Il est nommé vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères.

1987 : L?alliance MSM-PTR-PMSD remporte les élections générales. Sir Satcam occupe le même marocain ministériel.

1988 : Après le départ du PMSD du gouvernement, il devient le n° 2.

1990 : Il refuse de soutenir le projet visant à faire de Maurice une République. Il est révoqué du gouvernement.

1991 : Navin Ramgoolam devient leader du PTr. Nommé président d?honneur du parti, il est battu pour la 2e fois dans sa circonscription.

1995 : L?alliance PTr-MMM remporte les élections. Même s?il ne se représente pas, il est très actif sur le terrain.

1996 : Il est nommé haut-commissaire à Londres.

Les funérailles

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