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Silence épais
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
L?opacité de certains ministres est tenace. Ils jouent les ignorants à chaque fois qu?ils sont interpellés au Parlement. Leur manie d?éviter les questions sensibles peut inciter l?opinion publique à penser qu?ils veulent cacher la vérité. Mais, on peut leur donner le bénéfice du doute et choisir d?attribuer leur attitude à la culture du silence qui imprègne beaucoup de nos politiciens. Le ministre du Logement fait partie de ceux-là.
Asraf Dulull a, une nouvelle fois, essayé de se dérober à ses obligations de transparence la semaine dernière au Parlement. Il était interrogé sur ce qu?on peut appeler, par commodité, l?affaire BAT. Sans porter de jugement sur ce dossier, il est possible de condamner la posture du ministre Dulull face aux membres de l?opposition qui réclamaient des détails sur la vente à l?Etat d?un bâtiment appartenant au groupe BAT.
Il est bien entendu qu?il n?y a rien de suspect, à ce stade, concernant cette vente. Mais quand des sommes importantes changent de mains, les élus de l?opposition ont le devoir de compiler toutes les informations possibles afin de déterminer si la transaction s?est faite dans le respect des règles. Or, quand les parlementaires ont commencé à s?intéresser aux zones d?ombre autour de cette vente, le ministre a esquivé les questions. Des points importants restent en suspens.
De quoi s?agit-il ? Le gouvernement a fait l?acquisition, le mois dernier, du bâtiment abritant le siège du BAT à Port-Louis pour Rs 160 millions. Interrogé, le ministre indique que c?est un expert en estimations du gouvernement qui a proposé ce montant. Mais quand le député Joe Lesjongard lui demande de préciser si le même expert a fait une deuxième estimation s?élevant à Rs 150 millions, le ministre répondra à côté : «The property was acquired on an as is and where is basis valued at Rs 160 millions by the Government Valuer». L?opposant insiste. Le ministre n?en dira pas plus. Il aura recours à un paravent en affirmant que la somme de Rs 160 millions avait reçu l?aval du cabinet.
Asraf Dulull avait utilisé une tactique semblable dans une autre affaire de terrain. En 2002, l?Etat fait l?acquisition de quatre terrains à Triolet. Trois des quatre propriétaires contestent le montant des indemnités versées par l?Etat, soit Rs 450 000 par arpent. Le litige est porté devant une commission d?arbitrage. Avant la fin des auditions, le ministère des Terres conclut un accord avec les expropriés et leur offre Rs 5 millions par arpent. Du coup, l?affaire est réglée. Mais le ministre voulait mettre sur le dos de la commission une décision qui était purement de son ressort.
Tout n?est pas perdu pour autant. Le ministre du Tourisme, Xavier Duval, vient de faire preuve d?une conduite exceptionnelle en répondant avec précision à des questions portant sur la compagnie nationale d?aviation. Pourtant, il ne lui manquait pas de paravents assez épais pour se cacher.
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