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Sicko

6 décembre 2007, 20:00

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Dans son livre Stupid White Man, Michael Moore demande au lecteur ce que notre île Maurice pourrait bien avoir de commun avec les Seychelles et la Libye. La réponse : le taux de mortalité infantile y serait inférieur qu?à Detroit dans le Michigan, USA. Les «chagrincheux» diront que, de toutes les façons, il serait difficile de faire pire qu?aux Etats-Unis. C?est ce que démontre le cinéaste-polémiste dans Sicko, son dernier ouvrage. Le système américain de couverture maladie est un système entièrement privatisé, géré par quelques grands groupes financiers.

C?est aussi un système dont sont exclus plus de 47 millions d?Américains, ces derniers n?ayant pas les moyens de se contracter une assurance maladie, nous explique Michael Moore au début; avant de préciser que son film n?est pas consacré à ces exclus, mais à ceux, justement, qui ont contracté une police d?assurance auprès de ces grands groupes financiers.

Il y a aux Etats-Unis, comme chez nous et chez d?autres nations n?ayant pas atteint une certaine maturité (politique, notamment), cette notion qui veut que tout système étatisé ait le relent de l?infamie, que tout système privatisé ait un parfum de sainteté. C?est précisément cette notion que vient mettre à mal Sicko, à grands coups de témoignages et avec un certain humour grinçant. Il y a d?abord, le fait que le président américain Richard Nixon ait pu privatiser sans rencontrer d?opposition significative, la couverture maladie des Américains en 1971. Autour de ce retour en arrière, il y a les commentaires de certains hommes de pouvoir de l?époque (Nixon en tête), qui présentent tous cette privatisation comme une spectaculaire avancée. Le système étatisé : marasme, lourdeurs administratives, abus, etc.

La privatisation : efficacité, dynamisme, etc., pour le plus grand bien de tous. Propos accompagnés d?images d?archives de propagande «états-unisienne» montrant les horreurs d?une «médecine socialisée», associées au socialisme et au communisme. Michael Moore nous montre aussi que cette privatisation rapporta des profits faramineux (on s?en doute un peu) à quelques grands groupes financiers, qui par la suite, arrosèrent certains hommes de pouvoir pour une plus grande libéralisation, donc encore plus de profits? et que tout cela ne fut pas pour le plus grand bien de tous, bien au contraire.

Une importante partie de Sicko est constituée de témoignages : ceux de malades ayant contribué pour devenir victimes d?abus de ces groupes multimilliardaires (Michael Moore prétend en avoir reçu plus de 25 000 à son adresse Internet, en seulement trois jours) et ceux d?employés (médecins, avocats) de ces groupes, chargés de «casser» toute réclamation, soit en empêchant les soins, soit en trouvant une rupture de clause pour éviter de rembourser les frais. L?efficacité de ces professionnels fait froid dans le dos. Recourant alors au plan thèse-antithèse, Michael Moore se rend au Canada, à Londres et à Paris pour voir ce qu?il en est de cette «médecine socialisée» brandie comme une menace. Dans ces trois pays, nous voyons des systèmes basés sur la solidarité et financés par l?Etat. C?est là que les choses coincent un peu, car nous savons très bien que même si la Grande-Bretagne et la France ont des systèmes de santé qui fonctionnent, les choses sont loin d?être idylliques, comme l?affirme le film. Il y a aussi cette partie consacrée à ces malades américains qui vont se faire soigner gratuitement à Cuba. Tout cela est divertissant, certes, et derrière cette volonté manifeste de remuer les sentiments des foules, on sent que Michael Moore, cinéaste-polémiste, parle avec son c?ur. Mais ces bonnes intentions finissent, hélas, par nuire à l?efficacité de son documentaire.

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