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?Si le viol est un crime, l?avortement est un meurtre?
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?Si le viol est un crime, l?avortement est un meurtre?
Beaucoup a été dit et écrit pour ou contre l?avortement. Celles en faveur de l?avortement parlent de leur droit de disposer de leur corps comme bon leur semble et de légaliser l?avortement afin de leur permettre d?avorter en milieu médicalisé. Celles et ceux qui sont contre l?avortement mettent en avant le droit du f?tus à la vie au même titre que la mère et les risques que comporte l?avortement même en milieu médicalisé.
Ils maintiennent que le f?tus est déjà une entité en lui-même et que l?avortement est un meurtre. L?Eglise catholique est contre l?avortement car elle ne peut admettre le meurtre d?un enfant en devenir qu?est le f?tus car Jésus a enseigné que ?Tu aimeras ton prochain comme toi-même? et l?ancien testament nous dit ?Tu ne tueras point?.
Tous sont cependant d?accord que l?avortement ne se fait pas de gaieté de c?ur et que cela comporte des souffrances physiques et psychologiques pour la femme en question. Sans conteste, l?avortement n?est jamais sans danger et sans souffrance. A Maurice, un Task Force avait été constitué pour examiner toute la question et elle a proposé un projet de loi calqué de très près sur celui que l?Angleterre a adopté, en 1967, qui affirme que l?avortement reste un délit qui entraîne inculpation, condamnation et emprisonnement, pour une période ne dépassant pas dix ans, pour la femme, les médecins, pharmaciens et toute autre personne ayant aidé à commettre l?avortement. Cette loi reconnaît l?avortement sous son vrai visage : la mise à mort d?une vie déjà commencée.
Cependant, l?avortement ? le même processus visant à tuer l?embryon et le f?tus ? serait exempté de toute pénalité dans quatre cas, les victimes du viol et d?inceste, les mères séropositives, les f?tus présentant des handicaps et des risques à la santé de la mère.
Le viol reste le traumatisme le plus violent qu?une femme puisse subir. C?est un crime qui, continuant à prendre de l?ampleur, fait de plus en plus de victimes à travers le monde et dans le pays. C?est justement autour de cette question de viol que les émotions se catalysent le plus fortement pour demander la légalisation de l?avortement : comment pouvoir garder cet enfant conçu dans des conditions tellement sinistres ? L?inceste est un des types les plus odieux du viol. Il faut donc punir le violeur et non le bébé.
Il faut savoir que les études réalisées au Etats-Unis ont établi que le taux de grossesses suite au viol est excessivement bas, 1 à 2 grossesses pour 1000 cas de viol. L?inceste a un taux de 1% de grossesses et des études révèlent que la réaction des femmes est de laisser continuer cette grossesse, ce qui leur permet de ne plus être une victime et qui peut se révéler un moyen de casser le cycle infernal de l?inceste. On peut comprendre la détresse de la victime, sa réaction première de rejet de cette grossesse, la crainte de souvenirs qui ne s?estompent pas.
<B>?L?élimination sur de simples probabilités?
Pourtant, celles qui sont devenues mères, après de telles violences sexuelles, se sont découvertes la capacité d?aimer leur enfant. Il reste aussi l?adoption pour celles qui ne peuvent envisager l?avenir avec l?enfant du viol ou de l?inceste. Si le viol est un crime, l?avortement reste un meurtre qui ne s?oublie pas non plus. Le plus important pour la société est d?aider les victimes à guérir des violences subies et non de les inciter à devenir elles-mêmes des meurtrières.
Des questions restent posées : faut-il partir d?un cas d?exception pour établir une loi ? Comment prévenir les fausses accusations de viol afin d?avoir accès à l?avortement, si cela est légalisé ?
En ce qui concerne le sida, l?express du 2-8 novembre 2001 souligne que les risques d?infection du virus de la mère à l?enfant ne sont que de l?ordre de seulement 2 %. S?il s?agit de protéger la santé publique, ne serait-il pas plus logique de se débarrasser, à la fois, et de la mère (appelée à d?autres grossesses et d?autres avortements) et de l?enfant ? C?est cynique de conclure que cela réduirait du même coup le nombre de ces potentiels transmetteurs de virus et allégerait la société des coûts pour les guérir. Il est utile de se rappeler que la médecine a pour mission de vaincre la maladie et non de tuer le malade.
Les prochaines victimes vouées à être radiées d?avenir sont les f?tus où sont décelés des risques de malformation physique ou mentale. Les enfants handicapés n?ont jamais été aussi fragilisés qu?actuellement.
L?échographie permet de les traquer dans le sein maternel et certaines décisions sont prises de les éliminer, sur simplement des probabilités. Le diagnostic prénatal encourage, dans les pays développés l?IMG, interruption médicale de grossesse. S?il existe une forte probabilité que l?enfant à naître soit atteint d?une maladie reconnue comme incurable, les médecins peuvent proposer aux parents de tuer le f?tus par injection, puis à le faire expulser par la mère. Une mentalité qui débouche, d?une part sur des parents très exigeants envers les médecins, et d?autre part, qui finit par culpabiliser les parents qui choisissent de donner naissance à un enfant handicapé.
<B>?Le problème reste entier?
La santé de la mère est la voie royale qui laisse la porte ouverte à toutes celles qui veulent avorter dans les pays qui ont légalisé l?avortement. Les médecins de bonne foi qui signeraient avec l?autorisation requise se trouveraient avec des cas authentiques rarissimes sur les bras, mais combien d?autres collègues s?empresseraient de signer les certificats nécessaires pourvu que leurs clients sachent y mettre le prix.
En conclusion, les quatre cas exceptionnels pour lesquels serait exonéré le crime d?avortement ne représenteraient en fait qu?une infime partie du nombre total d?avortements pratiqués à l?île Maurice.
Ces clauses restrictives des propositions du Task Force ont mérité ce commentaire du Dr V. Pyneandee, gynécologue obstétricien : ?Vu qu?une minorité de femmes qui sont par exemple atteintes du virus du sida, ou qui sont victimes de viol ou encore qui risquent d?avoir un enfant avec un certain handicap, je vois mal comment l?application de l?Abortion Act qu?on propose pourra amener un changement. Au contraire, le problème restera presque entier, vu que la majorité des femmes qui se font avorter veulent le faire parce qu?elles ne veulent pas garder l?enfant, surtout pour des raisons économiques. Il y a également une bonne partie de femmes célibataires, dont des étudiantes qui se font avorter. Ce serait utopique de croire que les recommandations du Task Force concernant l?avortement vont faire bouger les choses. Soit, on légalise, soit on ne légalise pas l?avortement et non pas le faire partiellement.?
Je rends hommage à Monique Dinan , l?auteur de Sortir l?avortement du silence . Le choix de la vie est un pari sur l?avenir, réalisé en collaboration avec Le comité pour le respect de la vie, duquel j?ai amplement puisé pour cet article. Je vous recommande fortement de lire ce livre où Monique Dinan termine avec cet appel : ?Sommes-nous prêts à nous mobiliser pour sortir du besoin d?avorter et pour faire entrer le pays dans une culture qui respecte la vie et qui valorise la mère ??
Serge KONG WIN CHANG
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