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Shakuntala Hawoldar poétesse de l?indicible
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Shakuntala Hawoldar poétesse de l?indicible
Si la poésie de Hawoldar, comme l?écrit l?auteur dans ses notes introductives, concerne les mots, le rythme et la passion, elle vise également l?expression de l?indicible qu?est ?l?Être par-delà les mots? ou encore les sens que recèlent les pauses que sont les bruissements des souffles perceptibles entre les groupes rythmiques et syllabiques. Versifier pour la poétesse, c?est vouloir exprimer le non-dit derrière ce qui se dit. De toute évidence, la poésie chez elle se construit en se faisant corps à la frontière de l?ambiguïté mot-silence.
C?est là un rapport paradoxal qui transparaît dans le sens même du titre qui se donne par miroitement. ?Roses are ashes? renvoie à ?ashes are roses? par un effet de miroir perceptible entre les deux expressions qui lient, en les interchangeant, deux substantifs par un même verbe. Par ce même jeu de renvoi, reproduit à l?intérieur de chaque groupe verbal qui compose le titre, le sens de ?roses? se trouve réfléchi dans celui de ?ashes? et inversement. Tout compte fait, chaque expression verbale est pour l?autre une surface réfléchissante formée des deux noms (rose et cendre) qui ne sont que les deux faces d?une même réalité. Il y a donc identité dans la différence.
D?emblée, loin de véhiculer un aspect d?illusion, les poèmes d?Hawoldar font de la réalité une image inversée qu?ils offrent au lecteur. Tandis que la rose brille par sa beauté, sa forme et son parfum, elle se donne aussi comme valeur résiduelle. Flamme de la passion et ardeur de vivre, cette fleur n?offre pas sa brillance d?un jour et sa fragilité de toujours sans se présenter comme la cendre en puissance qui restera après l?extinction de ce feu de la vie.
Là où nous cro-yons ?tisser (notre) destinée?, nous sommes en réalité ?des choses mourantes / dont les rêves ne survivent pas / à la poussière des corps?. Les cendres viennent nous rappeler, à l?instar des propos d?Abraham dans la Genèse, combien l?on est ?que poussière et cendre?. Chaque poème devient de ce fait une vive expression eschatologique de la vanité et de la précarité de l?existence humaine qui aboutit à la nullité spirituelle des cendres. Poétesse désabusée, Shakuntala Hawoldar se découvre ?glissant, rampant dans ce qui n?est plus terre, espace, temps?.
Pas étonnant alors que l?idée et le sentiment de la mort rôdent. Notre poétesse ? il faut bien l?admettre ? modèle une atmosphère poétique sous l?emprise de l?obsession de la mort qui l?amène à se demander ?serait-ce la mort après tout ?? De cette âme, selon Edouard J. Maunick, ?témoin effrayé, déchiré de toutes parts, effondré même parfois, à l?infini désastre du monde qu?est le nôtre?, ne peut naître qu?une poésie pleine de nostalgie et de souffrance.
Quête de soi
On comprend pourquoi elle se hâte ?vers la lumière étincelante d?eau après la boue du monde?. Comme nous l?a rappelé Shakuntala Boolell dans son discours de lancement, ?la poésie de Hawoldar est empreinte du sacré, de la dévotion, du mysticisme?. C?est certainement parce qu?elle est dévoilement de cette beauté divine de la rose cosmique de l?orient (triparasundari).
En somme, ?tout le cheminement de Shakuntala Hawoldar, comme l?a déclaré encore Shakuntala Boolell, est synonyme de quête [?] dont l?aboutissement est la quête de soi.? C?est pourquoi, au-delà de sa fonction réfléchissante, ce miroir poétique participe aussi de la transformation de l?âme. C?est la configuration entre le sujet contemplé et le miroir qui le contemple qui se réalise.
Ce qui explique aussi l?aboutissement de ce recueil sous forme d?annonce, de la part de notre poétesse, d?un avenir qui se précise par la ferme volonté de demeurer éternellement et positivement persévérante : ?si le ciel se vidait du soleil / et que la terre s?immobilisait sur son axe / tel un insecte dans l?Esprit cosmique / je poursuivrais mon chemin?. Autant dire, même si tout finit en cendres, elle ira, à l?image de ce Saadi de Chiraz, mystique musulman, cueillir les roses du jardin. Mais, tout comme ce dernier, enivrée déjà par le parfum du rosier, manifestement elle a compris combien le jardin des roses est celui de la contemplation même.
Traduit de l?anglais en français, par Danielle Tranquille, disons-le d?entrée de jeu, que ce travail qui a consisté à faire passer dans une langue d?accueil la poéticité originale, était visiblement et à bien des égards, du moins ainsi que laissent apparaître certaines traces, au-delà de cette partie de plaisir promise par le conseil de l?auteur, ?do it as a labour of love?, une tâche bien difficile. Cette difficulté vient sans doute de la nature profondément elliptique de ces vers et, d?autre part, du fait, comme l?a d?ailleurs déclaré Danielle Tranquille elle-même lors du lancement, que la langue de poésie dans laquelle elle ne s?était contentée que de ?brèves incursions?, lui était jusqu?alors quelque peu étrangère.
Malgré sa difficulté avouée de bonne foi à traduire ces mots dont ?la beauté et la puissance à conjurer des images d?une grande intensité? l?avaient subjuguée, elle avait décidé toutefois de ?fouler ce sanctuaire de mots? auquel elle s?était si longtemps refusée. C?est là un élan qui ne l?a cependant pas épargné du piège tendu plus loin par l?exercice qui consistait à faire passer tous les sens, déjà si énigmatiques et symboliques, d?une poésie tellement envoûtante d?une langue source à une langue cible.
En effet, l?influence de sa formation académique et sa rébellion à cet art d?écrire n?ont pas raté l?occasion de faire de ce travail d?immense investissement, quelque part un exercice de langue, un travail de réécriture davantage qu?une transcription poétique. Mais au-delà de tout ça, ce qui compte, c?est que cet exercice a été une ?rencontre de mots, de langues mais, surtout et avant tout, une rencontre d?amitié?.
Shakuntala Hawoldar, ?Roses are ashes, ashes are roses?, disponible en librairie
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