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Seulement des intentions?

26 juin 2005, 00:00

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PAR JEAN-CLAUDE DE l?ESTRAC

Les jeux sont peut-être faits mais ils ne sont ni clairs ni nets. La mobilisation grandissante constatée lors des meetings publics de la semaine écoulée ? et qui sera encore démontrée aujourd?hui ? confirme les prévisions des sondeurs. L?immense majorité des électeurs est décidée à exercer son devoir civique ? entre 80 et 90 % de votants déclarés. Mais un malaise persiste autour du fort pourcentage « d?indécis », du moins de sondés qui se déclarent « indécis ». Le sont-ils vraiment ? Je commence à en douter.

Il y a un premier constat. Tous les partis politiques ont tendance à mettre en doute la pertinence des sondages, qu?ils sachent ou non les indications sur les intentions de vote. Ici, ils contestent le résultat même ; là, ils récusent l?ampleur de la victoire annoncée. Et tous sortent la même rengaine : ce qui est constaté sur le terrain n?est pas reflété dans les sondages.

Cette différence d?appréciation peut s?expliquer aisément. Tout sondage capte aussi une part de l?invisible, cette fameuse « masse silencieuse » que chacun peut s?approprier pour un temps. En revanche, le terrain de chacun montre une effervescence suscitée par la personnalité du politicien et circonscrite autour de sa personne. Il peut être terriblement trompeur, doublement quand on connaît la capacité des hommes politiques à ne voir que ce qu?ils veulent. Mais ce n?est sans doute pas la seule explication à l?apparente contradiction.

Il devient utile de se poser des questions sur l?authenticité du déclaratif des électeurs lors des sondages politiques. Non pas sur la méthodologie. Que les électeurs soient interrogés au téléphone ou en face-à-face, cela ne change rien à l?affaire, on l?a bien vu. Non pas sur la fiabilité du travail des sondeurs, en lequel nous avons entière confiance ? il est d?ailleurs plutôt rassurant de constater qu?ils parviennent le plus souvent pratiquement aux mêmes résultats malgré des différences de méthodologie. Mais bien sur les électeurs. Car ils pourraient bien ne pas tout dire de leurs intentions. Il faudrait alors tenter de les décrypter pour saisir les tendances. Malgré les risques inhérents à l?exercice, c?est ce que nous allons faire.

A une semaine des élections, il est difficile d?imaginer qu?un électeur sur trois est toujours indécis alors même qu?il affirme et confirme son intention d?aller voter. S?il sent à ce point le besoin d?inscrire son vote, c?est qu?il a quelque chose à dire. Comment veut-il dire à ce point? ce qu?il dit encore ignorer. Il a, c?est sûr, des choses à dire, et il va les dire. Mais il a des raisons de ne pas les révéler au préalable.

Cette interprétation favorise l?Alliance sociale, et une analyse des plus récents sondages sur quelques circonscriptions-modèles ? que « l?express » a commandés comme un instrument de travail ? tend à valider cette thèse. Il y a un réservoir d?électeurs dans certaines régions spécifiques qui va très probablement voter l?opposition mais qui s?abstient? de le dire. Si le sondage n?exprime rien de la sorte, certains chiffres peuvent être ainsi interprétés.

Mais il n?est pas exclu non plus, comme semble le penser ou le souhaiter l?alliance gouvernementale, qu?il se trouve, chez ces indécis déclarés, une majorité susceptible de soutenir finalement le gouvernement sortant. C?est la conviction affichée par le Premier ministre. Elle n?est pas mal fondée si l?on considère que nombre d?entre eux ont été proches de l?alliance gouvernementale. Ce qui est moins évident, ce sont les raisons qui pourraient inciter un électeur pro-gouvernemental à taire son éventuel soutien.

Quel enseignement tirer alors de cette analyse ? Que l?électeur a peut-être déjà fait son choix mais qu?il n?est pas enclin à toujours le dévoiler. Au bout du compte, chacun déterminera l?équipe victorieuse selon l?interprétation qu?il donnera à ce voeu de silence.

Est-ce à dire que la présentation en grande pompe des programmes gouvernementaux n?aura aucun impact sur le scrutin ? Cela ne fait aucun doute. D?abord parce qu?ils sont rendus publics à la fin de la campagne alors que, si l?objectif avait été d?en faire un objet de débat, ils l?auraient été au début. Ensuite, on comprend bien, à la lecture des deux documents, pourquoi les deux alliances n?en font pas un outil de campagne. Les programmes publiés ne permettent en rien de démarquer vraiment l?un de l?autre. Il y a infiniment plus de convergences que de divergences entre les deux textes. Jusque dans leur absence de modestie et leur démagogie financière.

Certes, le programme de l?opposition fait meilleur effet ; les thèmes et l?argumentaire sont mis en valeur, le ton est plutôt juste, ce qui n?est pas le cas de certaines critiques qui y sont faites à l?égard du gouvernement, tant dans les constats que dans le « message » de Navin Ramgoolam. Est-ce de bonne guerre ? Je n?en suis pas sûr.

L?axe central du programme de l?opposition, c?est le projet de réforme de l?accès aux terres pour le développement et la démocratisation de l?économie en général. La thèse est développée sobrement avec, pour angle, l?efficience économique et la justice sociale, dépouillée de ses accents vindicatifs et revanchards. Je ne vois rien là qui pourrait heurter la conscience d?un Mauricien, au contraire. Tout sera dans la manière et la capacité de reformer sans ralentir davantage une économie déjà essoufflée. Bien que le programme affirme vouloir « redéfinir le rôle de l?Etat et de la fonction publique afin que les pouvoirs publics soient plus business friendly, » on sent monter une menace étatique et la tentation de la surrégulation, qui rappellent les plus mauvais souvenirs du travaillisme des années 70.

L?alliance MSM-MMM, elle, fait dans l?austérité ou dans la ringardise, selon que l?on veuille être indulgent ou critique.

Ses propositions, dans le droit fil de ses actions gouvernementales, ont le mérite de reposer sur du concret. Cela a pour inconvénient de rendre l?exercice très terre à terre, ce qui n?est pas le cas du manifeste de l?Alliance sociale, traversé, lui, par un souffle réformateur qui aurait pu être mobilisateur. La question des moyens est une autre paire de manches, nous sommes essentiellement là dans les intentions.

Et ces intentions-là sont bonnes à prendre. Elles devraient aider les électeurs à préciser la leur. Dès aujourd?hui.

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