Publicité

Seul et unique monde

6 avril 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les sirènes de l?exercice pré-budgetaire donnent le ton du concert discordant auquel des Mauriciens blasés assistent depuis assez longtemps déjà. Faut-il dès lors s?étonner que près de la moitié de la population, soit 46 %, se sente indifférente des partis politiques (donc forcément de leurs discours), comme le démontre le récent sondage de Taylor Nelson Sofres ?

Une fois encore dans ces échanges cacophoniques entre l?État et ses partenaires, on se dirige vers un affrontement idéologique et on finira par rater l?essentiel : c?est-à-dire réfléchir ensemble face à des enjeux communs. Entre les dires optimistes du ministre des Finances qui parle du retour d?une croissance économique « robuste » et les mines tristes des victimes des pluies torrentielles faisant queue devant des postes de police inondés de réclamations, il y a le chagrinant opportunisme de l?opposition qui veut tirer profit du phénomène mondial qu?est l?inflation des denrées alimentaires.

Le décrochage avec les politiques est peut-être finalement légitime entre un discours trop technique et un discours trop démagogique.

Comme des courants d?air frais, non pollués, les réflexions de de Rosnay et de Paul Vergès changent du registre politicien local. Elles apportent une perspective autre, bien plus large, et bien plus réaliste, au-delà des clivages traditionnels et des raisonnements claniques. Les discours de nos visiteurs évoquent le changement climatique du présent et la démographie de demain. De Rosnay et Vergès lancent les débats et avancent des mesures (qu?il faut encore développer) face à des conséquences naturelles de plus en plus sévères (à l?instar des pluies torrentielles que nous avons connues). Ils nous parlent de développement durable et d?énergies renouvelables. Ils citent des rapports internationaux sur la qualité de l?environnement, la quantité d?eau en réserves mondiales, le changement de gravité économique qui s?opère dans le monde. Ils nous font prendre conscience que, loin des éternelles discussions, par exemple, sur une réforme électorale « long overdue », il y a une panoplie de thèmes à soumettre au débat public valeur du jour?

Le développement durable et la crise alimentaire doivent être des sujets de préoccupation nationale. Les experts estiment qu?il est très difficile d?imaginer comment nous pourrions avoir un monde ayant suffisamment de récoltes pour produire de l?énergie renouvelable, et en même temps répondre à l?énorme augmentation de la demande en produits alimentaires pour nourrir une population mondiale de plus de huit milliards en 2030. C?est dire le nombre de débats urgents qui nous attend, alors que nous nous embarquons vers la destination « Ile Durable ».

Pour réussir ce voyage de survie, il faut transcender les divisions politiques voire nationales. L?heure des dogmes économiques « top down » est révolue. L?heure est à la remise en question des certitudes d?hier sur une échelle mondiale.

Les signes de renouveau sont perceptibles. De l?Europe, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown veulent réformer la Banque mondiale et le FMI. Ils ont mesuré le décalage entre les idéaux post-Seconde Guerre mondiale et la réalité d?aujourd?hui à travers le monde et l?extrême pauvreté qui gagne du terrain. Début juin à Paris, des ministres des Finances de trente pays attachés aux principes de la démocratie et de l?économie de marché (OCDE) vont parler de changement climatique. Dix ans après Kyoto, ce dossier n?est plus l?apanage des ministres de l?Environnement et des altermondialistes. Aujourd?hui, les excès de cette course de création de richesse conduisent à une prise de conscience des dangers que les sociétés industrielles font peser sur l?avenir même de la planète Terre.

Joseph Stiglitz et Amartya Sen, invités par Nicolas Sarkozy (ce qui en soi est un signe du changement idéologique), réfléchissent sur un nouvel instrument de mesure de la croissance économique autre que le produit intérieur brut (PIB), un genre d?indice de développement humain. Qui prenne en compte l?Environnement, ainsi que les habitants et leur bien-être.

Ancien consultant du FMI, de la Banque mondiale et de l?OCDE, Jeffrey Sachs estime aussi dans son nouveau livre, « Common Wealth, Economics for a Crowded Planet », qu?on devrait sans tarder revoir notre approche économique : « We are at a time when ideas will count ? technical ideas to be sure, but also ideas about cooperation and conflict. The frames of reference of our political leaders will matter greatly.

If they view the world as us versus them, we will indeed live in a world of growing conflict. » Il confirme lui aussi que le monde dispose de moyens financiers et technologiques pour faire face aux problèmes mondiaux si tant est qu?on arrive à agir ensemble en tablant sur ce qui nous rassemble tous.

À Maurice, les cercles de réflexion s?organisent. On parle d?« Ile durable » au gouvernement et d?« Un autre monde est possible » dans les rangs non gouvernementaux. Comme ailleurs dans le monde, il faut dès maintenant converger les réflexions et rassembler les compétences pour se pencher sur le bien commun. Il s?agit de réfléchir ensemble dans quel état nous voulons léguer ce monde à nos descendants?

Publicité