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Service essentiel

24 décembre 2007, 00:00

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Service essentiel

Quelle vie ! N?être jamais là le soir de Noël. Jamais là pour réveillonner ni pour faire la vaissselle après.

Travailler un soir de fête, comme les pompiers, les policiers et les infirmiers.

Etre plus qu?une institution. Un service essentiel.

Ce n?est pas un cadeau. C?est de cette réalité là qu?est faite l?existence du Père Noël. Réalité. Tiens parlons en. «Ho, ho, ho.» Le bonhomme tout rouge est systématiquement plié en deux à chaque début de réponse. De la jovialité transformée en tic nerveux.

Tout le fait rire. Même s?il nuance en disant, «on ne peut rire de tout». S?il est une chose qui secoue à coup sûr son ventre dodu et sa barbe toute blanche, c?est bien les conversations de cour de recré. «Ayo, mo kontan ekout sa bann zanfan la fer mo piblisite. se gras a zot ki mo ankor la.»

Vous parlez créole Père Noël ? «Ben oui, je croyais que c?était la langue maternelle des Mauriciens. Je crois que j?ai lu quelque part que le créole aidait même les recalés à passer leurs examens, que le créole les aidait à mieux comprendre l?anglais.»

Alors comme cela vous suivez l?actu locale? «Bien sûr, ma fille. Vous croyez que je vis au pôle Nord?» Effectivement, maintenant que vous en parlez, c?est ce que nous avons toujours cru. «Ayo, sa mem ki apel koir dans Bolom Noël sa.»

«Ho, ho, ho.» Encore une fois le mythe est hilare. «Dites-moi, par les temps qui courent, vous croyez vraiment que j?allais dire où j?habite vraiment ? Pour qu?un matin je me réveille et que je découvre des mécontents qui organisent une manifestation ou même une grève de la faim devant ma porte.»

Mais d?où vient donc l?histoire de la Laponie ? Noël ? c?est à sa demande que nous l?appelons par son prénom parce que, «sa fer moi bliye mo seve blan» ? nous confie alors que c?est une blague lancée par son vieil ami Nicolas, devenu un saint homme depuis.

«Li ti kontan fer palab. C?est d?ailleurs lui qui a commencé à dire partout que je n?existais pas.» Depuis tout ce temps qu?il est en poste, le Père Noël fait toujours autant attention à son image.

Interdiction de prendre des photos de lui sans son costume rouge. Interdiction de l?immortaliser avec une cigarette au bec. «Quel exemple cela donnerait aux enfants, voyons ?» C?est bec et ongles qu?il préserve sa vie privée. Pas question d?approcher à moins de cinquante mètres de la Mère Noël. Sous peine de poursuites pour harcèlement.

«Les petites filles maintenant veulent les mêmes jouets que les garçons. Bien sûr, elles veulent des «Barbie» mais aussi des «Playstation», des jeux «Wi».

Pas question non plus de dire qu?il ne crache pas sur quelques rasades de vodka à l?occasion. «Tout ce boulot, cela donne soif, vous savez ?»

Pas plus tard que le mois dernier, le Père Noël a dû dégraisser le personnel de la filiale zouzou menaz. Car, il ne faut pas se leurrer, les gants de velours rouge cachent une poigne de fer d?entrepreneur aguerri. Sur son bureau, des piles d?études de marché. A l?entrée, deux secrétaires jonglent avec les commandes. Dans le couloir, son directeur des ressources humaines fait les cent pas.

«J?ai dû faire partir les 100 nains de l?usine zouzou menaz, il n?y avait plus de demande.» Noël hausse des épaules. Pour dire qu?il ne pouvait faire autrement. Qu?il est «bien sagrin». Qu?il sait que ce sont d?honnêtes pères de famille qui se retrouvent à la rue après 25 à 30 ans de service. Qu?ils ont passé une vie entière dans son usine et qu?il est trop tard pour beaucoup d?entre eux pour se recycler. «Je peux seulement promettre qu?ils auront leur boni de fin d?année avant demain.»

Les temps sont durs. A cause de la conjoncture internationale, des records battus par le dollar et de l?augmentation du prix du pétrole.

Il fallait fermer cette usine qui n?était plus rentable.

«Les petites filles maintenant veulent les mêmes jouets que les garçons. Bien sûr, elles veulent des Barbie mais aussi des Playstation, des jeux Wi». Nous lui ferons remarquer que ce sont des jouets pour gosses de riche. Réponse laconique : «Je ne suis pas la sécurité sociale moi.» Sinon, comment expliquer que certains enfants se réveillent avec des voitures à pédales à Rs 16 000 et d?autres sans même avoir assez à manger ?

Noël ne peut se permettre d?avoir un trou dans la caisse. C?est bien pour cela qu?il est, année après année fidèle au poste, assis dans son traîneau. Il vient d?en prendre un de la marque Aston Martin. Est-ce que cela lui arrive de vouloir déléguer la distribution à l?un de ses directeurs ? Petit sourire sarcastique. Avant que Noël ne compare son entreprise à un gouvernement où il ne ferait confiance à aucun des ministres.

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