Publicité

Sept ans pour apprendre

19 novembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Le changement », ce n?est plus un programme crédible. Il recoupe désormais tant de frivolités qu?il ne saurait refléter des intentions très sérieuses. Avec les coups et les contrecoups que la population est déjà amenée à encaisser, l?utilisation abusive de l?expression risque de faire grand tort au gouvernement s?il insiste. Puisqu?il s?est épargné jusqu?ici l?effort de la réflexion sur une nouvelle orientation économique que l?opinion appelait de tous ses v?ux, il pourrait adopter le programme que lui propose ces jours-ci Percy Mistry. Un programme qui est une suite pratique du « Competitiveness Foresight » déjà largement salué.

Oublions le « changement », parlons donc « transition » vers l?ouverture de l?économie et des esprits, concept totalement étranger au Mauricien. Cela fait moins rêver certes, mais la réalité nous a rattrapés. Nous avons un combat à mener. Et pas des plus faciles. Il n?est pas contre les Américains qui s?habillent chinois, pas contre les Européens qui bradent notre sucre, pas contre les îles qui ont la prétention d?être plus paradisiaques que la nôtre. Le combat qu?il nous faut livrer dans l?immédiat, il est contre nous-mêmes. Contre nos imperfections, causes de dysfonctionnements, contre trente années de complaisance qui ont faussé nos réflexes.

Mistry a saisi la complexité de la société mauricienne ; il est généreux et fixe sept ans pour apprendre l?ouverture, seule issue à la crise.

Il a soumis le manuel et le calendrier. Il reste au gouvernement à développer la conscience que la conjoncture dicte le choix de cette voie, puis le consensus entre les partenaires sur la manière de mener ce combat ; il lui reste à faire preuve de la modestie nécessaire pour appliquer une idée qui n?est pas la sienne et du courage d?entamer ce combat-là, sans doute le plus dur que l?on aura à livrer ; il lui reste enfin à accepter avec sagesse que son mandat doit consister à gérer au mieux la crise sans rechercher aucun bénéfice, lequel viendra après les années de transition, après lui.

La conscience de la gravité de la situation, c?est sans doute le plus important. Les attitudes sont encore contraires à l?orientation recommandée. On se serait attendu à ce que le ministre Boolell détourne l?attention obsédante portée à l?annonce du prix du sucre vers un débat sur la décentralisation ou la diversification. Car le sucre ne fait plus partie de l?équation. On se serait attendu à ce que le ministre du Travail enregistre le message sur les fonds inutiles dépensés pour une main-d??uvre inefficiente au sein de la fonction publique au lieu de chercher à aggraver les choses. Notre plus grand handicap, c?est de n?avoir pas encore senti que nous n?avons plus le choix. Ce n?est qu?à ce moment-là, sans doute, que le déclic se produira.

Le consensus semble pourtant déjà s?installer chez les partenaires du gouvernement. À la conférence qu?organisait, vendredi, le NPCC, et au cours de laquelle le financier présentait ses recommandations, aucun intervenant n?a contesté « l?opening up » préconisée. Au contraire, le syndicat a demandé à être inclus dans le processus et aidé au besoin, alors que le privé a, à travers plusieurs voix, repoussé les préjugés sur une quelconque résistance à l?ouverture des marchés. Ces engagements publics, qui valent ce qu?ils valent, sont les premiers pas vers un dialogue. L?opposition, elle, ne semble attendre qu?un signal du gouvernement.

Si l?absence de tout membre du cabinet ? un débat ouvert à la société civile de cette importance n?est pas fermé aux politiques ? incite à gager que l?acceptation de ces idées ne sera pas automatique, c?est cependant le manque de courage qui fera plus certainement obstacle. L?affaire Cunningham n?est que l?illustration la plus récente du paradoxe dans lequel s?empêtrent les dirigeants : ils savent qu?il faut l?ouverture à l?expertise envers et contre les forces occultes, mais ne s?occupent pas de soutenir l?homme dans sa démarche. Le temps de transition pour le politique sera le temps de l?apprentissage à une gestion défiant ces forces.

Cette transition vers une autre culture ne saurait être effective si elle n?est pas accompagnée. Un panel neutre et respecté d?observateurs étrangers, dont la désignation serait approuvée par l?ensemble des partenaires, afin d?arbitrer ce changement sur soi, serait fort souhaitable. Quand le défaut est tenace, le manuel ne suffit pas, il faut l?instructeur.`

Publicité