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S?enivrer, l?activité préférée des jeunes
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S?enivrer, l?activité préférée des jeunes
Le «binge drinking» ou le fait de boire méthodiquement avec pour but principal sinon unique de terminer la soirée ivre mort est devenu un phénomène incontournable des week-ends britanniques, au point d?inquiéter les autorités. 356 pubs ou bars dans un secteur d?un kilomètre carré à Nottingham (centre de l?Angleterre), plus de 2 000 débits de boisson dans le centre de Manchester (nord-ouest), des quartiers entiers, comme Bigmarket ou Haymarket à Newcastle (nord-est), devenus de véritables temples dédiés à la bière: les lieux ne manquent pas pour les jeunes Anglais désireux de noyer leurs soucis quotidiens dans l?alcool.
Ce qui pourrait prêter à sourire est devenu un véritable casse-tête pour les autorités, contraintes de jongler entre l?intérêt des uns (les patrons de pubs) et la protection de la santé publique, sans compter le coût économique de ce passe-temps. Selon une étude de l?Institut britannique des études sur l?alcoolisme (IAS), 48 % des Anglais et 31% des Anglaises de 19 à 24 ans reconnaissent avoir été complètement saouls au moins deux fois par mois lors des 12 derniers mois. De même, 38% des Britanniques, tous sexes confondus, ont été saouls avant l?âge de 13 ans, contre 12 % pour les Français. Un classement européen où le Royaume-Uni est seulement dépassé par le Danemark 40 %. Si ces beuveries organisées sont désormais ancrées dans les traditions des vendredi et samedi soirs en Grande-Bretagne, les racines de ce phénomène sont cependant difficiles à cerner. Selon une étude commandée en 2003 par le ministère britannique de l?Intérieur, «le binge drinking est maintenant quelque chose de tellement routinier que les jeunes ont du mal à expliquer pourquoi ils le font». «Nous ne sortons pas pour boire, nous sortons pour nous saouler», explique seulement une jeune femme de 21 ans citée dans ce rapport.
Un sondage commandé par l?IAS sur les motivations de cet alcoolisme désormais banalisé arrive aux mêmes conclusions: 91% des 19-24 ans interrogés boivent «pour être plus sociables» et 78% d?entre-eux (72% pour les filles) le font uniquement «pour se saouler». Devenu une véritable culture, le «binge drinking» est même à l?origine de sites spécialisés, comme www.getpissed.com (bourrezvouslagueule.com), qui abreuvent de conseils en tous genres les candidats à la «gueule de bois». Phénomène inquiétant pour la santé, ces beuveries systématiques ont également un coût économique, estimé à 20 milliards de livres (près de 30 mds par le gouvernement britannique dans un rapport de septembre 2003.
Selon cette même étude, 17 millions de jours de travail sont perdus chaque année, conséquence de soirées trop arrosées. Soit 6,4 milliards de livres (environ 9 mds EUR) envolés pour les employeurs. Quand au NHS, le système de santé public britannique, il est littéralement débordé par les patients débarquant aux urgences après leur soirée au pub, 70% des admissions entre minuit et 5 heures du matin étant liées à des problèmes d?alcool. Traité à la légère jusqu?à peu, ce phénomène du «binge drinking» est aujourd?hui devenu une priorité du gouvernement travailliste, du moins officiellement. Mais les crédits débloqués pour la lutte contre l?alcoolisme sont encore très insuffisants, avec «95 millions de livres par an (137 M EUR) contre 500 millions de livres par an (725 M EUR) pour le combat contre les drogues», s?insurge Lesley King-Lewis, de l?association Action on addiction. Le plus dur reste cependant de lutter contre les mentalités.
Ainsi, quand la police chercha à fermer l?Hacienda, un club très connu à Manchester, pour un problème de drogue, le leader du conseil municipal fit clairement part de son indignation, expliquant que ce club «est à Manchester ce que le David de Michel-Ange est à Florence».
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